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31/10/2008

Jeudi 30 octobre 2008

            J’ai probablement déjà dit dans ce journal que Camille n’était pas très vif d’esprit. Corydon nous parlait tout à l’heure de godemichets : Camille participait à cette conversation en disant ‘‘gode Michelin’’ !

05:45 Publié dans 2008, Camille, Corydon, Journal | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

28/10/2008

Mardi 28 octobre 2008

            C’était presque prévisible. L’appartement qui doit être attribué à Camille n’est pas encore disponible, parce qu’il faut d’abord y faire des travaux, pour réparer les dégâts qu’y a faits l’ancien locataire, qui était probablement un jeune ou un étranger, comme sont tous ces ‘‘cas sociaux’’ qu’on couvre d’aides et d’or, autant dire des barbares, des vandales ! Camille est sorti promener sa chienne, qui pisse partout dans la maison. Ces promenades durent généralement fort longtemps. Je ne crois pas l’avoir encore dit dans ce journal, mais Camille est un grand marcheur. Il peut se promener pendant des heures, la nuit, pour se ‘‘vider la tête’’ comme il dit, c’est-à-dire sans doute pour penser, ce qui le rattache à tout une tradition qu’il ignore. Il connaît la plupart des rues d’Aire-sur-l’Adour, ou il a vécu quelques mois, et déjà presque toutes celles de Mont-de-Marsan, alors que je ne dois pas en connaître le dixième, prisonnier que je suis, depuis tant d’années, des itinéraires qui me sont familiers, à cause de ma névrose phobique. Mais je sais aussi, pour l’avoir accompagné un soir, avec la chienne Pélagie, qu’il rend visite à ses connaissances, lorsqu’il passe devant leur porte et qu’il n’est pas trop tard, comme par exemple à cette famille que j’évoquais hier, qui est d’une vulgarité que je croyais n’exister que dans les œuvres de fiction ! Cela dit, cette famille est aussi foncièrement gentille et, finalement, sympathique, qu’elle est sale et grossière. Et puis il y a chez ces gens un adorable chiot qui s’appelle Bandit et avec qui la chienne Pélagie s’entend très bien. Cette dernière est également devenue très amie avec Violette, qui reste encore un peu distante, très grande dame : elle ne ressemble pas du tout à son maître, qui n’est jamais qu’un cul-terreux avec un joli minois. Celui-ci a croisé Damis, cet après-midi, et s’est étonné d’apprendre, en parlant avec lui, qu’il connaissait aussi Trimalcion, qui passait d’ailleurs par là, et cette Féliciane qui est une lesbienne de ses amies. On s’imagine toujours que, parce qu’il est contraint de travailler la nuit dans sa boulangerie et de dormir quand il fait jour, ce pauvre Damis ne connaît personne. Au contraire, c’est un habitué de la rocade, ce baisodrome à ciel ouvert, par où passent tous les mâles de ce petit monde, qui sont donc sans doute aussi tous passés par le cul de Damis. Tout le monde l’a connu, même moi ! Trimalcion a dit à Camille que Nicandre avait quitté la ville. Il vit désormais à Bordeaux, chez son nouvel amant, qui est bien à plaindre, à mon avis, sans doute autant que je le suis.

23:04 Publié dans 2008, Bandit, Camille, Damis, Féliciane, Journal, Nicandre, Pélagie, Trimalcion, Violette | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

Lundi 27 octobre 2008

            Camille devrait quitter la maison demain. Il se fait aider par toutes sortes d’organismes et d’associations caritatives, grâce auxquels il a trouvé un appartement qui doit être libéré demain et qu’on lui réserve en priorité. A moins que quelqu’un de moins chanceux que lui ne se soit fait connaître au même organisme, c’est-à-dire quelqu’un qui n’aurait pas même un ami pour l’héberger en attendant qu’il ait trouvé un logement, l’appartement devrait revenir à Camille, et sans qu’il ait rien à payer, puisqu’il appartient à l’association qui l’aide. Camille a également droit, tous les mois, à 80 EUR pour faire ses courses dans l’un de ces supermarchés où les produits sont moins chers et à 150 EUR pour ses frais d’essence. Et son avocat, qu’il n’a pas à payer non plus, va poursuivre ses parents pour qu’ils lui versent une pension de 600 EUR ! Moi qui avais pitié de Camille, je ne suis pas loin désormais d’envier son sort ! Il est temps qu’il parte. J’ai de plus en plus de mal à le supporter. J’ai parfois l’impression que je l’aime. Je le désire seulement et souffre du fait qu’il ne m’aime pas plus. Il se sert de mes sentiments pour s’assurer un toit jusqu’à demain. Il n’était pas nécessaire d’en passer par là. J’ai déjà dit dans ce journal que même les personnes qui le mériteraient le moins pouvaient avoir besoin d’être secourues. Je ne crois pas que je l’aiderais moins s’il se montrait plus indifférent, moins (faussement) sensible à mes charmes. Il se montre caressant avec moi quand il croit qu’il le faut, me laisse le caresser quand j’en ai le désir, mais sans jamais s’impliquer plus qu’il n’est nécessaire à l’illusion. La plupart du temps, il considère cette maison comme un hôtel et un restaurant. Il passe énormément de temps dehors, chez des amis, sans même songer à me demander si je voudrais l’accompagner… « Pourquoi donc ne demandes-tu pas à ces amis chez qui tu passes tellement de temps de t’héberger à leur tour, puisque tu te plais tant chez eux ? » Ce soir, il allait chez ces amis que j’ai vus pour la première fois il y a quelques jours et qui sont d’une vulgarité à peine croyable. (Si j’en avais la force, je rapporterais les propos épouvantables que j’ai entendus chez ces gens-là, les manières que j’y ai observées. Comparée à eux, la famille du grand C passerait pour honnête et civilisée !) Mais voici le pire : Trimalcion devait l’y rejoindre. Trimalcion ! Je suis anéanti. Heureusement que Camille doit partir demain. S’il restait chez moi plus longtemps, je crois que la jalousie me ferait aussi mal agir que son père. Je serais bien capable de le chasser moi aussi ! Quelle honte ce serait d’en arriver là.

01:07 Publié dans 2008, Camille, Cyrille, Journal, Trimalcion | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note

25/10/2008

Vendredi 24 octobre 2008

            J’héberge un réfugié de plus : c’est le dalmatien de Camille, qu’il a dû ramener avec lui, hier qu’il était allé chez son père chercher quelques affaires, parce que la pauvre bête se laissait mourir depuis son départ. C’est une femelle qui porte le nom de Violette. J’ai cru que c’était un signe. Le nom complet de ma chienne est Ultraviolette Pélagie. J’avais d’abord voulu l’appeler Violette, pensant qu’elle était née l’année des v, mais il avait fallu l’appeler Ultraviolette, parce qu’elle était du mois de décembre de l’année précédente, celle des u. Nos chiennes ont été les bornes de notre histoire. Le jour où nous nous sommes rencontrés,  Pélagie portait un ruban de la même couleur que la tenue de Camille ; le jour où j’ai appris que le nom de sa chienne était contenu dans celui de la mienne, je me suis aperçu que Camille n’aurait jamais autant d’amitié pour moi que pour elle. Depuis que nos chiennes se sont rencontrées, elles gardent leurs distances. Il faut dire qu’elles n’ont pas fait connaissance dans les meilleures conditions. La mienne ne se sent pas encore vraiment chez elle ici et craint que je ne l’abandonne dès que je fais un pas ; celle de Camille, qui a toujours vécu à la campagne, en toute liberté, est effrayée de se retrouver en pleine ville, enfermée dans une maison, attachée à une laisse quand on la promène dans la rue. Nous sommes allés rendre visite à Damis, avant-hier, dans sa boulangerie. Nous nous étions mis d’accord pour lui faire croire que nous étions ensemble. Damis m’a écrit plus tard que nous formions un beau couple, Camille et moi, mais qu’il était visible que ce dernier ne m’aimait pas. J’ai déjà dit que Camille était bête et illettré, ce qui va souvent de pair. Parce qu’il a devant lui plus de temps que de moyens de l’occuper, il va souvent chatter sur des sites de rencontre, chatter pour chatter, pas même pour rencontrer d’autres garçons. Pour tous ceux qui viennent lui parler, il a les mêmes réponses. On dirait un petit robot qu’on aurait programmé pour prononcer toujours les dix ou douze mêmes répliques en réponse aux quelques phrases (toujours les mêmes) qu’on lui aurait appris à reconnaître. Mais parfois, il survient une phrase inhabituelle et qu’il n’a pas comprise, pour l’avoir lue trop vite, c’est-à-dire encore très lentement, puisqu’il est illettré ! Et comme je suis assis à côté de lui, pour le plaisir d’être en sa présence et pour l’aider un peu dans sa lecture, j’ai souvent l’occasion de rire aux éclats. Ainsi tout à l’heure, comme un garçon lui posait l’inévitable question : « Que (re)cherches-tu ? », Camille a répondu de ce mot dont il ne saisira sans doute jamais vraiment le sens : « L’amour ! ». (Mais j’ai dit que Camille était d’une grande fausseté, tout bête et naturel qu’il est ! Il ne cherchait pas l’amour, mais seulement à passer le temps en faisant prendre à de pauvres internautes les vessies pour des lanternes…) « L’amour » ! Ayant lu cette réponse, l’internaute lui répliqua : « Longue quête… ». Il ne m’était même pas venu à l’esprit que ces deux mots pussent donner lieu à pareil quiproquo. Et pourtant, ils furent fort mal interprétés… Qu’on en juge donc à la réponse offensée que fit mon Camille : « Hein ??? », écrivit-il, « et la tienne, elle est longue ??? ». J’étais ‘‘mort de rire’’, comme ils disent.

11:23 Publié dans 2008, Camille, Damis, Pélagie, Violette | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note

22/10/2008

Mardi 21 octobre 2008

            J’ai lu tout à l’heure, dans le journal, que l’homme qui s’était occupé des peintures dans la maison venait de mourir. Il n’y a pas deux semaines que je lui ai parlé ! Il avait pris du retard dans les travaux dont je l’avais chargé parce qu’il s’était cassé une côte en bricolant chez lui. Il avait fini par faire reprendre le chantier à l’un de ses amis, qu’il était même venu aider les derniers jours, malgré la douleur, et maintenant, il est mort. Est-ce que sa mort a quelque chose à voir avec sa côte cassée ? La douleur causée par la fracture cachait-elle quelque chose de plus grave ? A-t-il eu un accident de voiture ? La rubrique nécrologique ne le disait pas. C’est à cause de cette côte cassée et du retard qu’elle a occasionné dans les travaux que j’y faisais faire que je n’ai pu emménager dans la maison que dimanche. Camille m’a été d’une grande aide. Il s’est occupé de faire la plupart des cartons et, avec Cyrille, il a porté les meubles les plus lourds. C’est incroyable de trouver autant de force dans un corps aussi frêle d’apparence. Ce n’est pas une question de force, m’explique-t-il, mais de nerfs. Il est un grand nerveux, je suis un lymphatique. J’aurais tellement de choses à dire que le plus simple serait sans doute de ne rien écrire. Je suis à la fois impatient de voir repartir Camille et, dans le même temps, je sais que son départ m’affligera. Je me suis trop vite habitué à son insupportable présence. Il fait beaucoup de bruit, parle pour ne rien dire, abîme tout ce qu’il touche. J’ai bien l’impression qu’il ne se lave pas tous les jours et je ne cesse de lui répéter, depuis une semaine qu’il vit avec moi, qu’il est possible de faire laver son peu de linge chez ma mère. Mais il n’y a rien à faire, il porte toujours les mêmes deux ou trois tenues qu’il a rapportées de chez lui. Il pue. Il dort avec la bouche ouverte et bave dans son sommeil sur les coussins du canapé qui lui sert de couche. J’ai dû lui donner un coussin de ma chambre pour empêcher qu’il ne laisse partout des traces douteuses en dormant, comme il fait au moment où j’écris ces lignes, juste à côté de moi, qui me sens pourtant si loin, si loin de lui… Tout est tellement différent de ce qu’il faudrait, de ce que je voudrais ! Je ne lis presque plus. Mes yeux ne cessent de se poser sur cet être si bête et si faux qui est entré dans ma vie, dont la joie maladive me donne l’air encore plus sombre, dont les soudains accès de désespoir font paraître si déplacés mes pénibles encouragements. Des mots sont écrits au stylo à bille dans la paume de sa main, qui repose sur l’oreiller, près de sa tête. Ils sont toute ma lecture. Son dos est constellé de taches de rousseur. L’apparition de cette charnelle voûte céleste m’a fait sombrer dans l’espèce de merveilleux mauvais rêve où je suis endormi. C’est comme s’il m’était devenu possible de toucher l’horizon, comme si, après des années de marche, j’étais enfin parvenu au pied de ce mur si lumineux, si vaste, si clair, si haut, si transparent, si bleu, si blanc, et qui continue de paraître si loin. Mais c’est un mur.

13:10 Publié dans 2008, Camille, Cyrille, Journal | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

18/10/2008

Vendredi 17 octobre 2008

            Nous avons eu hier soir, Camille et moi, la visite de Corydon et du marchand de couronnes (il faudrait vraiment que je lui trouve un nom, à celui-là). Tout le monde doit donc savoir désormais que Camille est installé chez moi. Corydon m’a confié qu’il s’attendait à cette situation, même si, dans le même temps, il ne pensait pas que le père de Camille mettrait ses menaces à exécution ! Il se dit très déçu du père mais me conseille de me méfier du fils, qui n’est selon lui qu’un profiteur. C’est bien possible. D’ailleurs je n’ai pas une grande confiance en Camille, que je soupçonne de me mentir encore parfois. Mais il est vrai que j’ai pour habitude de soupçonner tout homme d’être aussi faux qu’il peut m’arriver d’être. Quand bien même Camille profiterait de ma trop grande bienveillance, de ma crédulité, de ma gentillesse (enfin quelqu’un me donne l’occasion d’être gentil, de bien agir !), est-ce que les profiteurs, les sans scrupules, ne peuvent pas avoir besoin d’être aidés, eux aussi, d’être secourus ? Que Camille abuse de ma naïveté ou qu’il en ait appelé sincèrement à ma générosité, cela change-t-il quelque chose à la nature de l’aide, du secours que j’ai voulus lui porter ? C’est plutôt moi qui dois veiller à ne pas profiter de la situation. Je ne me sens plus trop le droit de lui faire de nouvelles avances, même si je ne puis m’empêcher de lui toucher la nuque, de le caresser, de scruter chaque pore de sa peau. Il veut être seul pour dormir. Je dors donc seul dans mon lit. Mais le matin, je vais le rejoindre dans le sien, avec cette peur absurde de l’y trouver mort, comme j’avais toujours la crainte que Coccymèle ou Pélagie ne mourussent dans leur sommeil, quand elles étaient encore des chiots. Et d’ailleurs, ce matin, comme j’avais dit quelque chose d’incroyable et que l’incrédulité de Camille, qui s’était comme figé, le faisait me fixer du regard, j’ai cru l’espace d’une seconde qu’il venait de mourir sous mes yeux, sans un bruit ! La journée, nous vaquons chacun à nos occupations. Il me laisse des petits mots remplis de fautes d’orthographes, quand il a dû s’absenter plus longtemps que prévu, dans lesquels il écrit souvent des « merci » ou « merci à toi » qui sont presque toujours hors sujet ! Je les prends pour des preuves soit de sa sincérité, soit de sa mauvaise conscience ! Il fait mes cartons et aidera au déménagement, qui est prévu pour dimanche. Et il a fait cet après-midi de grandes courses : avec son propre argent ! Pourtant, il mange très peu, c’en est même inquiétant. Hier, par exemple, il ne s’est nourri que de deux tartines de pain brioché à la confiture de myrtille, au petit déjeuner, et d’un croissant le soir ! Et pourtant, ce matin, il avait une glycémie à plus de trois ! C’est à n’y rien comprendre !

02:29 Publié dans 2008, Camille, Coccymèle, Corydon, Journal, Pélagie | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note

16/10/2008

Mercredi 15 octobre 2008

            Alexis et Ménalque se sont offert une très grosse voiture, il y a quelques mois, la plus grosse qui se puisse trouver dans la marque qu’ils ont choisie. Mais parce qu’elle leur coûtait une fortune en essence, ils ont décidé d’en acheter une seconde, beaucoup plus petite et d’une autre marque, qu’on fabriquait il y a sans doute plus de cinquante ans et qui était, je crois, souvent conduite par des bonnes sœurs. Il fallait aller chercher cette deuxième voiture à l’autre bout de la France. Or Alexis n’ayant pas le permis de conduire, tout passionné qu’il est de mécanique et d’automobile, on avait besoin d’un second conducteur pour ramener à Mont-de-Marsan la plus grosse des voitures, tandis que le premier serait au volant de la plus petite. Corydon était ce second chauffeur. J’ai remarqué qu’il était toujours partant pour conduire la voiture des autres ! Mais sachant qu’Alexis préférerait faire le voyage du retour avec Ménalque, Corydon voulait qu’un quatrième fût de la partie, pour ne pas se retrouver seul dans la grosse voiture au moment de faire le trajet dans le sens inverse. Je ne me sentais vraiment pas la force pour un tel voyage. J’ai l’impression de n’avoir pas eu une minute à moi ces derniers temps, à cause des travaux de la maison, qu’il me fallait organiser et surveiller, mais qui devraient justement être enfin terminés ce soir. J’aurais eu le temps d’accompagner Corydon, mais je préférais le passer à ne voir personne et me reposer. Paradoxalement, j’ai remarqué que mon besoin de solitude était devenu plus grand depuis que j’ai pris goût à la fréquentation d’un plus grand nombre de gens. Comme je n’étais pas disponible, Corydon s’est dit qu’il pourrait peut-être se faire accompagner de Camille. Il lui téléphone donc, pour lui demander s’il peut se libérer. Camille lui dit qu’il le peut, qu’il lui faut juste prévenir ses infirmières de ne pas venir inutilement chez lui le jour prévu pour le voyage. A ce moment, je le tiens de Camille et de Corydon, qui m’ont rapporté tous deux des versions concordantes de leur entretien, celui-ci a décidé qu’il serait sans doute plus sage de demander d’abord la permission au père de celui-là, un garçon qui a tout de même déjà vingt ans ! Et sans doute parce qu’il n’a pas confiance en la parole de Camille, Corydon, s’en rendant ainsi le complice à mes yeux, s’est chargé lui-même de téléphoner au père, dont il est vrai qu’il est un ami ou, si ce n’est un ami, du moins une relation sexuelle. C’est dire s’ils sont étroitement liés ! Les propos qu’a tenus le père sur le fils étaient si durs et si inquiétants que Corydon a renoncé de lui-même à demander la permission de se faire accompagner de Camille. Pire, il n’a pas voulu rapporter à ce dernier la teneur de la conversation qu’il avait eue avec son père, pour ne pas l’inquiéter, m’a-t-il dit ! Pourtant, ce méchant père avait confié à Corydon qu’il envisageait de chasser son fils de chez lui, si celui-ci ne changeait pas son comportement, qu’il jugeait fort mauvais. Le fait qu’un père qui aimerait cloîtrer chez lui son fils pense à l’en chasser prouve assez, me semble-t-il, que la situation est plus grave que Corydon veut bien le croire ! C’est pourquoi j’ai pris sur moi de dire à Camille ce que Corydon m’avait rapporté des intentions de son père, pour lui permettre, en s’amendant, de s’éviter de tomber dans une situation qui pourrait lui sembler plus pénible que celle où il est en ce moment. Car le confort d’une prison peut être parfois préférable aux misères de la liberté. J’ai pu dire tout cela de vive voix à Camille hier, dans l’après-midi, que nous avons passé ensemble. Il m’avait en effet écrit le matin, dans une lettre électronique, qu’il avait absolument besoin de me voir, pour me demander si je pouvais lui rendre un service de la plus grande importance. Comme je me lève rarement avant onze heures ou midi, il s’était un peu affolé de ne pas recevoir de réponse de ma part et avait envoyé plusieurs SMS, avant de se résoudre à me téléphoner et laisser un message très poignant sur mon répondeur, dans lequel il me disait, comme avait fait avant lui ce fourbe de Damis, que j’étais le seul à m’être montré si gentil avec lui, qu’il ne savait pas vers qui se tourner et qu’il n’avait que moi ! Sa sœur lui avait en effet emprunté sa voiture quelques jours plus tôt, mais l’avait laissée en panne à Saint-Paul-lès-Dax. La voiture était enfin réparée, mais personne ne voulait conduire Camille jusqu’à Dax pour la récupérer. Il avait donc besoin de moi pour aller retrouver sa voiture et recouvrer ainsi sa liberté déjà si précaire, disait-il dans son message. Heureux de m’être un peu fait désirer, j’ai fini par le retrouver vers deux heures sur MSN. « Mais bien sûr que je vais t’aider, Camille. – Merci beaucoup de ta part, me répondit-il. En plus, il faut que je te parle. » Ah ! Il fallait qu’il me parle… Cela m’inquiétait un peu, mais je me suis vite aperçu qu’il avait besoin de me parler de lui. Il en avait gros sur le cœur et me raconta donc ses misères, toujours de ce ton plein de joie qui lui est propre. Il ne s’entend pas du tout avec sa grand-mère ni sa sœur, qui est revenue s’installer chez eux depuis peu, avec son jeune fils de deux ans. Ces deux femmes auraient une grande influence sur le père, qu’elles pousseraient à être si dur avec Camille. Tous semblent passer leur temps à crier sur lui, à lui jouer de mauvais tour. Ils font tout pour lui être le plus désagréable possible. Sa sœur est même allée jusqu’à résilier leur abonnement à Internet, uniquement parce qu’elle trouvait que Camille passait trop de temps derrière l’écran de son ordinateur au lieu de s’occuper de son neveu, comme elle voudrait. Il était prévu que l’abonnement prenne fin hier soir, à minuit, et c’est en effet ce qui s’est passé, comme je m’en suis aperçu ce matin, en me réveillant (c’est-à-dire à midi), puisque Camille, qui n’éteint jamais son ordinateur, est d’habitude toujours connecté à MSN, même s’il est le plus souvent inactif, comme il est généralement indiqué à côté de son nom. Cette fois, Camille était hors-ligne. Avant de nous conduire à Dax, j’avais pu constater par moi-même qu’il n’inventait rien et qu’on ne lui rendait vraiment pas la vie facile. Il fallait en effet qu’il passe d’abord par sa banque, pour retirer l’argent nécessaire au paiement de la réparation de la voiture. A cette banque, on ne voulut bien lui donner que l’argent qu’il avait prévenu plut tôt qu’il lui fallait pour cette réparation, ni plus ni moins, comme s’il était un enfant, ou sous la tutelle de son père, qui était d’ailleurs peut-être celui qui avait téléphoné. Je lui ai demandé s’il était conscient qu’il n’était pas normal qu’à son âge, on ne le laisse pas disposer librement de son argent. Il m’a répondu que c’était ainsi dans les campagnes, où tout le monde se connaît, où chaque personne est un parent plus ou moins éloigné. Son banquier devait être un cousin de son père, dont il suivait les instructions ! Après s’être épanché (nous nous étions installés à la terrasse d’un café de Dax), Camille est rentré chez lui au volant de sa propre voiture. Il m’a téléphoné deux heures plus tard, pour me demander s’il pouvait venir me voir de nouveau, à Mont-de-Marsan cette fois, parce que l’accueil qu’on lui avait fait chez lui avait été si mauvais qu’il avait besoin de s’échapper, comme il me dit. Nous sommes d’abord allés à l’hôpital, dans le service de diabétologie, où Camille voulait demander à son médecin si l’état de son cœur et de son diabète permettait de mettre fin aux nombreuses visites des infirmières à son domicile (trois ou quatre fois par jour entre six heures du matin et huit ou neuf heures du soir), qui lui sont très pénibles et l’empêchent de vivre au rythme qu’il voudrait. Bien sûr, il était trop tard pour espérer trouver encore un docteur dans le service. Une infirmière a bien voulu l’écouter et jeter un œil aux relevés de sa glycémie, qui n’étaient pas complets, parce que Camille, qui ne tient pas en place, est souvent absent lors du passage des infirmières, dont l’une des missions est précisément de relever correctement ces données dont lui ne se soucie pas assez. J’ai donc compris, en écoutant sa conversation avec l’infirmière, que Camille n’était pas si cloîtré que cela ! Quant à l’état de son cœur, celle-ci ne pouvait rien dire. Il fallait que Camille revienne plus tôt le lendemain, pour prendre l’avis du docteur, une petite femme toute jolie, mais avec laquelle il est un peu en froid, parce que, lors du dernier passage de Camille dans le service, ai-je également appris en écoutant ce qui se disait devant moi, il avait été question de l’hospitaliser, probablement pour plusieurs semaines, et que Camille avait si mal pris cette nouvelle qu’il avait préféré signer une décharge pour ne pas avoir à rester plus longtemps dans les lieux. Evidemment, la doctoresse était furieuse. Nous sommes ensuite allés voir l’état de la maison, dont les travaux de peinture étaient presque terminés. Puis nous avons dîné ensemble. Il est reparti vers dix heures, un peu fatigué. Je l’ai revu cet après-midi. Il revenait de l’hôpital, où il avait vu ses médecins, la diabétologue et le cardiologue. Ce dernier ne savait pas vraiment s’il était guéri (guéri du cœur) et voulait donc arrêter le traitement, pour voir si la machine arriverait à fonctionner normalement sans cela. Hier soir, en s’apercevant qu’il ne pouvait plus se connecter à Internet, Camille, qui était furieux qu’elle ait effectivement résilié l’abonnement, a parlé un peu durement à sa sœur. Celle-ci l’a si mal pris qu’elle en est venue aux mains : le père a dû s’interposer entre eux pour les séparer ! Sa sœur avait eu le temps de mettre en pièce le t-shirt de Camille. Il m’a confié que s’il l’aime si peu, c’est parce qu’elle est aussi violence que leur mère, qui a tout de même tenté de le tuer quand il était adolescent. Tout le monde était d’accord, dans le service de diabétologie, où Camille est assez connu, pour dire qu’il ferait mieux de quitter sa famille, m’a-t-il rapporté tout à l’heure, dont l’influence sur son humeur est des plus mauvaises, ce qui n’est bon ni pour son cœur ni pour son diabète. « Elles sont marrantes, les infirmières ! Quitter ma famille ? Et pour aller où ? – Chez moi, si tu veux. Je suis là, si tu as besoin d’aide. – Oui, je sais que tu es là pour moi. » (Quand nous nous voyons, je m’arrange toujours pour lui dire que je suis là pour lui, en cas de besoin.) Il est reparti de chez moi vers sept heures, en retard pour la visite de l’infirmière. J’étais tout heureux d’avoir pu si bien effacer, en l’aidant hier, en l’écoutant aujourd’hui, la désastreuse impression que je pensais lui avoir faite en lui jouant l’autre jour ce mauvais tour. Il ne m’en tenait pas du tout rigueur. Au contraire, il était plutôt amusé, même s’il avait d’abord été furieux de ne trouver personne au faux rendez-vous du parking, auquel, d’ailleurs, il prétendait n’être pas allé, car il n’est pas à une contradiction près ! Pendant que je faisais ce récit, Camille à encore une fois sonné chez moi, à plus d’une heure du matin. Il était à la rue. Son père vient de le chasser de chez lui. Il a été obligé de prévenir la gendarmerie pour qu’on force sa famille à lui ouvrir la porte, le temps pour lui de prendre quelques affaires. Je l’ai installé dans le salon, où il est en train de dormir avec la chienne Pélagie.

02:40 Publié dans 2008, Alexis, Camille, Corydon, Damis, Journal, Ménalque, Pélagie | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note

11/10/2008

Samedi 11 octobre 2008

            « Camille se défend des entreprises amoureuses d’un certain Olivier qui lui colle au cul », m’écrivait hier Pierre Driout. Je me demande d’où peut connaître de telles expressions un homme au fondement de qui ne doit pourtant pas adhérer grand monde ! J’essaie bien de me détacher de Camille, mais comment faire, quand tout le monde veut que je sois toujours avec lui ? Tout à l’heure encore, Corydon me téléphonait pour m’avertir qu’il l’avait surpris sur un site de rencontre, qui refusait coupablement de reconnaître qu’il était bien notre Camille ! De quoi donc Corydon se mêle-t-il ? A cause de lui, Camille va croire que je continue de l’espionner, alors même que j’ai fait l’effort de m’excuser hier de lui avoir joué ce mauvais tour, l’autre jour. Même si tout avait bien commencé entre nous, Camille aura désormais un mauvais souvenir de moi ! Le meilleur moyen de laisser un Camille en paix, c’est encore d’en trouver un autre, même si ce n’est que pour la nuit. J’ai fait mieux qu’en trouver, hier soir : j’en ai retrouvé un, que je pensais ne plus jamais revoir. C’était le garçon dont je parlais le 27 mai dernier, celui qui faisait l’amour comme si c’était la dernière fois pour lui. « Mais je m’avise maintenant, écrivais-je alors, que c’était bien la dernière fois : la première et la dernière fois avec moi. » Eh bien non. Il y eut une seconde fois ! Je connais maintenant le nom du garçon, pour l’avoir lu sur la sonnette de sa porte, ayant préféré cette fois aller moi chez lui, plutôt que lui chez moi. Donnons-lui le nom qu’il s’était inventé pour notre première rencontre : appelons-le Maxime, même si je doute qu’il y en ait une troisième, c’est-à-dire une nouvelle occasion de parler de lui dans ce journal. Je ne sais comment il a fait pour me verser un peu de sa semence dans l’œil. Ce serait tout de même amusant d’avoir attrapé le Sida par les yeux, cette autre paire de couilles, comme je crois que racontent les psychanalystes !

20:58 Publié dans 2008, Camille, Corydon, Journal, Maxime, Pierre Driout | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note

10/10/2008

Jeudi 9 octobre 2008

            Je craignais tellement une trahison de Camille qu’il me semblait trouver des raisons de la soupçonner dans tous les propos qu’il me tenait. J’en étais arrivé au point que je désirais presque en avoir une preuve, pour me sortir enfin des sables mouvants du doute où je me sentais étouffer. Car je trouve plus doux de me noyer dans mes larmes que de connaître la suffocation de l’incertitude, ce rien qui devient tout, ce vide qui prend la place de tout l’air dans la poitrine. Je m’en suis donc allé à la recherche de cette preuve, avant-hier soir, en me rendant sur un site de rencontre que je savais fréquenté par Camille. Je l’y ai facilement retrouvé, malgré le changement de son pseudonyme. Je fus sûr qu’il s’agissait bien de lui quand il me donna son adresse électronique pour continuer notre conversation sur MSN. Je m’étais quant à moi créé une nouvelle adresse, une fausse identité pour l’occasion. J’appris ainsi que Camille cherchait un nouvel amoureux, qui le servît durablement. ‘‘Durablement’’, c’est le grand mot des Camille, qui ne veulent pas qu’on les prenne pour des marie-couche-toi-là ! Quand je lui ai demandé pour quelle raison il n’était plus avec son ancien ami, il m’a répondu qu’il ne savait pas pourquoi, comme il m’avait dit, quelques jours plus tôt, qu’il ne savait pas si c’était vraiment ce qu’il voulait, mais qu’il valait mieux nous séparer. J’ai cru que j’allais mourir en l’entendant me demander si j’avais des animaux. Je le reconnaissais tellement dans cette question ! Tout lui semblait contenir dans cette simple préoccupation. Les animaux tiennent une telle place dans sa jeune vie, une place bien plus grande que celle que j’occuperai jamais dans son cœur ! Avait-il donc déjà oublié la chienne Pélagie, témoin de nos amours, qui portait sa couleur, le soir de notre rencontre ? J’ai fait croire à Camille que je ne cherchais quant à moi que des relations d’une nuit, espérant ainsi l’effrayer et lui faire mettre un terme à notre conversation. Au contraire, il accepta de me rencontrer le soir même ! J’apprenais donc que son père lui avait rendu sa liberté, si vraiment il la lui a prise un jour, et qu’il préférait en jouir pour rencontrer des inconnus plutôt que moi ! Je lui ai ensuite donné rendez-vous sur un parking de Mont-de-Marsan où, bien sûr, je ne me suis pas rendu : je n’avais pas besoin de plus de preuves de la trahison de Camille. Je me suis contenté de lui écrire une lettre hier matin, dans laquelle je lui demandais si sa rencontre de la veille avec ce Tityre pour lequel je m’étais fait passer s’était déroulée aussi bien qu’il l’avait espéré. Sa réponse me surprit. Après m’avoir dit toute la colère qu’il avait contre moi, qui aurais dû savoir d’autant mieux ce que c’était que d’être abusé de la sorte, prétendait-il, que je lui avais moi-même raconté, lors de son séjour à l’hôpital, l’avoir été pareillement de Nicandre, Camille me jura qu’il était innocent, qu’il n’était pas allé au rendez-vous, qu’il m’avait d’ailleurs reconnu dès la veille dans ce Tityre inventé et qu’il avait voulu voir si je finirais par me démasquer. Il ne comprenait pas que je ne lui reprochais pas de m’avoir trompé, mais d’en avoir eu l’intention. Car il ne pouvait pas m’avoir déjà reconnu lorsqu’il confia à Tityre qu’il cherchait un amant pour l’aimer durablement. Or nous nous étions séparés, quelques jours plutôt, dans l’espoir de mieux nous retrouver ensuite ! Je n’en reviens toujours pas de trouver autant de fausseté dans le cœur d’un être aussi simple que Camille. C’est à désespérer du genre humain. D’un autre côté, je ne suis pas loin d’être attendri par les explications désespérées et désespérantes de ce pauvre grand enfant, qui ment comme mentent tous les enfants, c’est-à-dire comme il respire. Mais le plus terrible n’est pas là. Ce qui m’achève, c’est la pensée que ce chien de Trimalcion, cette créature atroce, cette hyène hideuse, basse du cul, à peine pourvue d’une queue, mais dont les oreilles toutes rondes entendent tout, se repaîtra de ma déconvenue. Lui qui n’aura jamais la chance de connaître autant qu’il voudrait les Camille et les Nicandre, il doit se contenter de regarder un Olivier les dévorer de ses baisers, pour pouvoir se jeter ensuite sur les miettes qu’il reste de lui quand il les a perdus. Il se contente fort bien de ce régime. Je le vois déjà repu.

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04/10/2008

Samedi 4 octobre 2008

            Camille passait de nouveau la journée de jeudi à l’hôpital. Comme l’un de ses petits cochons était mort deux jours plus tôt et que son père voulait lui offrir un nouvel animal, selon ce qui est apparemment son habitude, pour faire en sorte que la journée d’hospitalisation de son fils se termine plus gaiement, Camille m’a téléphoné le soir pour me demander si je voulais l’accompagner à Parlebosq, dans le Gers, où il allait chercher la bête. Sa voiture était réparée et son père lui laissait quelques heures de liberté pour aller prendre possession du petit cochon chez l’éleveur. J’ai rejoint Camille sur un parking et nous sommes partis ensemble en direction du Gers. Il faisait nuit, il faisait froid, la pluie s’était mise à tomber plus tôt dans la journée et, dans une série de virages un peu serrés, perdant le contrôle du véhicule, Camille a failli nous tuer tous les deux. Nous nous réjouissions presque d’avoir été si près de mourir ensemble. « Mais il manquait Pélagie pour pouvoir vraiment mourir ensemble ! » Car pour Camille, être ensemble, c’était être avec ma chienne et moi. Pendant le trajet, Camille m’a parlé comme il pouvait de sa maladie, c’est-à-dire sans y comprendre grand-chose. Tous les jours, entre six heures du matin et neuf heures du soir, une infirmière vient trois ou quatre fois lui faire des piqûres. Ses médecins voudraient l’envoyer se faire soigner qui à Pau, qui à Bordeaux, mais lui ne veut pas. C’est son cœur qui est malade. Il doit passer ses journées à se reposer et dormir. Il a dit qu’il était très fatigué, ce qui me semble incroyable, tant était grande sa bonne humeur, son impatience à voir le nouveau petit cochon et l’énergie folle avec laquelle il s’agitait au volant de sa voiture. A Parlebosq, l’éleveur était un Hollandais dont on comprenait mal les paroles. Sa fille parlait à sa place. C’était déchirant de voir Camille s’attendrir sur le petit cochon qu’il tenait dans les bras pour la première fois, tout contre sa joue. C’était donc à cela qu’il passait ses journées, pensais-je, à aimer ses bêtes, à les éduquer, à tenter de les faire se reproduire, comme il en a le projet pour ses petits cochons. J’étais jaloux, jaloux de Camille, jaloux de ses animaux. Sur le chemin du retour, il a téléphoné à son père pour lui dire sa joie et le remercier du cadeau. Puis, entendant que son père n’était pas seul, et comprenant qu’il ne se trouvait pas chez eux, Camille s’est comme transformé en mari jaloux : il criait dans le téléphone, exigeant de savoir où était son père. « Tu es chez ton amant ? Tu es chez ton amant, c’est ça ? », hurlait-il, comme un fou. C’était affreux. Mes soupçons sur les relations coupables qu’ont peut-être le père et le fils en ont été ravivés. Mais je me suis forcé à garder ma bonne humeur, pour ne pas projeter plus d’ombre sur Camille. De retour sur le parking où je l’avais rejoint, nous avons pris des photos du petit cochon dans nos bras. Camille a décidé de l’appeler Arthur. Puis nous sommes retournés nous réchauffer à l’intérieur de la voiture. Je lui caressais les cheveux, la nuque, la joue, sa jeune barbe rousse, que je ne parvenais pas à voir dans l’obscurité de l’habitacle et que j’aime tellement. Finalement, la fatigue se faisait sentir à Camille. Nous nous tenions par les mains quand nous avons décidé de nous séparer. « Puisque je suis enfermé chez moi, puisque tu es malheureux de ne pas savoir si toutes mes pensées te sont consacrées, quittons-nous ici, ce soir, en attendant des jours meilleurs pour nous. – C’est vraiment ce que tu veux ? – Je ne sais pas ce que je veux. C’est mieux. – Mais si tu rencontres quelqu’un d’autre ? – Je ne sors pas de chez moi ! Où veux-tu que j’en rencontre un autre ? Et puis je ne suis pas quelqu’un de facile. Il se passera du temps avant que je rencontre la bonne personne. – Mais je croyais que c’était moi, le bon ? – Je n’ai pas dit que tu étais le mauvais ! – Embrassons-nous une dernière fois, alors… » Je ne comprends pas mes sentiments. Je ne suis pas moins malheureux, depuis que nous nous sommes quittés, mais je souffre moins. Et puis il nous reste l’espoir de jours meilleurs. En me rendant sur le parking, ce jour-là, pour rejoindre Camille, dans mon empressement, j’ai oublié d’emporter la peluche au ruban bleu. Lui sera-t-elle jamais offerte ? Adieu Camille. Adieu, jusqu’au revoir.

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