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22/10/2008
Mardi 21 octobre 2008
J’ai lu tout à l’heure, dans le journal, que l’homme qui s’était occupé des peintures dans la maison venait de mourir. Il n’y a pas deux semaines que je lui ai parlé ! Il avait pris du retard dans les travaux dont je l’avais chargé parce qu’il s’était cassé une côte en bricolant chez lui. Il avait fini par faire reprendre le chantier à l’un de ses amis, qu’il était même venu aider les derniers jours, malgré la douleur, et maintenant, il est mort. Est-ce que sa mort a quelque chose à voir avec sa côte cassée ? La douleur causée par la fracture cachait-elle quelque chose de plus grave ? A-t-il eu un accident de voiture ? La rubrique nécrologique ne le disait pas. C’est à cause de cette côte cassée et du retard qu’elle a occasionné dans les travaux que j’y faisais faire que je n’ai pu emménager dans la maison que dimanche. Camille m’a été d’une grande aide. Il s’est occupé de faire la plupart des cartons et, avec Cyrille, il a porté les meubles les plus lourds. C’est incroyable de trouver autant de force dans un corps aussi frêle d’apparence. Ce n’est pas une question de force, m’explique-t-il, mais de nerfs. Il est un grand nerveux, je suis un lymphatique. J’aurais tellement de choses à dire que le plus simple serait sans doute de ne rien écrire. Je suis à la fois impatient de voir repartir Camille et, dans le même temps, je sais que son départ m’affligera. Je me suis trop vite habitué à son insupportable présence. Il fait beaucoup de bruit, parle pour ne rien dire, abîme tout ce qu’il touche. J’ai bien l’impression qu’il ne se lave pas tous les jours et je ne cesse de lui répéter, depuis une semaine qu’il vit avec moi, qu’il est possible de faire laver son peu de linge chez ma mère. Mais il n’y a rien à faire, il porte toujours les mêmes deux ou trois tenues qu’il a rapportées de chez lui. Il pue. Il dort avec la bouche ouverte et bave dans son sommeil sur les coussins du canapé qui lui sert de couche. J’ai dû lui donner un coussin de ma chambre pour empêcher qu’il ne laisse partout des traces douteuses en dormant, comme il fait au moment où j’écris ces lignes, juste à côté de moi, qui me sens pourtant si loin, si loin de lui… Tout est tellement différent de ce qu’il faudrait, de ce que je voudrais ! Je ne lis presque plus. Mes yeux ne cessent de se poser sur cet être si bête et si faux qui est entré dans ma vie, dont la joie maladive me donne l’air encore plus sombre, dont les soudains accès de désespoir font paraître si déplacés mes pénibles encouragements. Des mots sont écrits au stylo à bille dans la paume de sa main, qui repose sur l’oreiller, près de sa tête. Ils sont toute ma lecture. Son dos est constellé de taches de rousseur. L’apparition de cette charnelle voûte céleste m’a fait sombrer dans l’espèce de merveilleux mauvais rêve où je suis endormi. C’est comme s’il m’était devenu possible de toucher l’horizon, comme si, après des années de marche, j’étais enfin parvenu au pied de ce mur si lumineux, si vaste, si clair, si haut, si transparent, si bleu, si blanc, et qui continue de paraître si loin. Mais c’est un mur.
13:10 Publié dans 2008, Camille, Cyrille, Journal | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Commentaires
Oui ! le Truman Show a encore fait une victime ...
Ecrit par : iPidiblue et le goût des noisettes sauvages | 22/10/2008
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