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10/10/2008
Jeudi 9 octobre 2008
Je craignais tellement une trahison de Camille qu’il me semblait trouver des raisons de la soupçonner dans tous les propos qu’il me tenait. J’en étais arrivé au point que je désirais presque en avoir une preuve, pour me sortir enfin des sables mouvants du doute où je me sentais étouffer. Car je trouve plus doux de me noyer dans mes larmes que de connaître la suffocation de l’incertitude, ce rien qui devient tout, ce vide qui prend la place de tout l’air dans la poitrine. Je m’en suis donc allé à la recherche de cette preuve, avant-hier soir, en me rendant sur un site de rencontre que je savais fréquenté par Camille. Je l’y ai facilement retrouvé, malgré le changement de son pseudonyme. Je fus sûr qu’il s’agissait bien de lui quand il me donna son adresse électronique pour continuer notre conversation sur MSN. Je m’étais quant à moi créé une nouvelle adresse, une fausse identité pour l’occasion. J’appris ainsi que Camille cherchait un nouvel amoureux, qui le servît durablement. ‘‘Durablement’’, c’est le grand mot des Camille, qui ne veulent pas qu’on les prenne pour des marie-couche-toi-là ! Quand je lui ai demandé pour quelle raison il n’était plus avec son ancien ami, il m’a répondu qu’il ne savait pas pourquoi, comme il m’avait dit, quelques jours plus tôt, qu’il ne savait pas si c’était vraiment ce qu’il voulait, mais qu’il valait mieux nous séparer. J’ai cru que j’allais mourir en l’entendant me demander si j’avais des animaux. Je le reconnaissais tellement dans cette question ! Tout lui semblait contenir dans cette simple préoccupation. Les animaux tiennent une telle place dans sa jeune vie, une place bien plus grande que celle que j’occuperai jamais dans son cœur ! Avait-il donc déjà oublié la chienne Pélagie, témoin de nos amours, qui portait sa couleur, le soir de notre rencontre ? J’ai fait croire à Camille que je ne cherchais quant à moi que des relations d’une nuit, espérant ainsi l’effrayer et lui faire mettre un terme à notre conversation. Au contraire, il accepta de me rencontrer le soir même ! J’apprenais donc que son père lui avait rendu sa liberté, si vraiment il la lui a prise un jour, et qu’il préférait en jouir pour rencontrer des inconnus plutôt que moi ! Je lui ai ensuite donné rendez-vous sur un parking de Mont-de-Marsan où, bien sûr, je ne me suis pas rendu : je n’avais pas besoin de plus de preuves de la trahison de Camille. Je me suis contenté de lui écrire une lettre hier matin, dans laquelle je lui demandais si sa rencontre de la veille avec ce Tityre pour lequel je m’étais fait passer s’était déroulée aussi bien qu’il l’avait espéré. Sa réponse me surprit. Après m’avoir dit toute la colère qu’il avait contre moi, qui aurais dû savoir d’autant mieux ce que c’était que d’être abusé de la sorte, prétendait-il, que je lui avais moi-même raconté, lors de son séjour à l’hôpital, l’avoir été pareillement de Nicandre, Camille me jura qu’il était innocent, qu’il n’était pas allé au rendez-vous, qu’il m’avait d’ailleurs reconnu dès la veille dans ce Tityre inventé et qu’il avait voulu voir si je finirais par me démasquer. Il ne comprenait pas que je ne lui reprochais pas de m’avoir trompé, mais d’en avoir eu l’intention. Car il ne pouvait pas m’avoir déjà reconnu lorsqu’il confia à Tityre qu’il cherchait un amant pour l’aimer durablement. Or nous nous étions séparés, quelques jours plutôt, dans l’espoir de mieux nous retrouver ensuite ! Je n’en reviens toujours pas de trouver autant de fausseté dans le cœur d’un être aussi simple que Camille. C’est à désespérer du genre humain. D’un autre côté, je ne suis pas loin d’être attendri par les explications désespérées et désespérantes de ce pauvre grand enfant, qui ment comme mentent tous les enfants, c’est-à-dire comme il respire. Mais le plus terrible n’est pas là. Ce qui m’achève, c’est la pensée que ce chien de Trimalcion, cette créature atroce, cette hyène hideuse, basse du cul, à peine pourvue d’une queue, mais dont les oreilles toutes rondes entendent tout, se repaîtra de ma déconvenue. Lui qui n’aura jamais la chance de connaître autant qu’il voudrait les Camille et les Nicandre, il doit se contenter de regarder un Olivier les dévorer de ses baisers, pour pouvoir se jeter ensuite sur les miettes qu’il reste de lui quand il les a perdus. Il se contente fort bien de ce régime. Je le vois déjà repu.
01:03 Publié dans 2008, Camille, Journal, Nicandre, Pélagie, Trimalcion | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Commentaires
Rémond de Saint-Mard, dans les Réflexions sur l'Opéra (oeuvres mêlées, 1742). prétend avoir connu un des fils de Sainte-Colombe. Il le décrit comme "un homme simple qui n'avait pas assez d'imagination pour mentir". Ce n'est assurément pas le cas de Camille !
Ecrit par : Racam | 10/10/2008
Camille ne ment pas, il se défend des entreprises amoureuses d'un certain Olivier qui lui colle au cul ...
Ecrit par : iPidiblue et la Vénus Anadyomène | 10/10/2008
Quand je la croisai l'autre soir, c'était à minuit rue d'Athènes
La voyant seule qui se promène, je lui dis : " Mon enfant, bonsoir. "
J'ajoutai : " A cette heure indue, que faites-vous donc dans la rue ? "
Naïvement, et sans savoir, elle me dit : " Je fais le trottoir "
C'est une gamine charmante, charmante, charmante,
Qui possède une âme innocente, innocente.
En elle tout est poésie, poésie,
Elle répond au joli nom d'Aspasie.
Devant la blancheur et l'éclat de son cou plus blanc que l'albâtre
Je lui dis : " Quel coup de théâtre, quel coup du ciel, quel coup d'état ! "
" Oh ! ", fit-elle d'un p'tit air honnête, " Vous n'connaissez que mon coup d'tête,
Mais vous serez chipé, je l'crains, quand vous connaîtrez mon coup de rein ! "
C'est une gamine charmante, charmante, charmante,
Qui possède une âme innocente, innocente.
En elle tout est poésie, poésie,
Elle répond au joli nom d'Aspasie.
Ecrit par : iPidiblue et la Vénus des carrefours | 10/10/2008
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