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04/10/2008
Samedi 4 octobre 2008
Camille passait de nouveau la journée de jeudi à l’hôpital. Comme l’un de ses petits cochons était mort deux jours plus tôt et que son père voulait lui offrir un nouvel animal, selon ce qui est apparemment son habitude, pour faire en sorte que la journée d’hospitalisation de son fils se termine plus gaiement, Camille m’a téléphoné le soir pour me demander si je voulais l’accompagner à Parlebosq, dans le Gers, où il allait chercher la bête. Sa voiture était réparée et son père lui laissait quelques heures de liberté pour aller prendre possession du petit cochon chez l’éleveur. J’ai rejoint Camille sur un parking et nous sommes partis ensemble en direction du Gers. Il faisait nuit, il faisait froid, la pluie s’était mise à tomber plus tôt dans la journée et, dans une série de virages un peu serrés, perdant le contrôle du véhicule, Camille a failli nous tuer tous les deux. Nous nous réjouissions presque d’avoir été si près de mourir ensemble. « Mais il manquait Pélagie pour pouvoir vraiment mourir ensemble ! » Car pour Camille, être ensemble, c’était être avec ma chienne et moi. Pendant le trajet, Camille m’a parlé comme il pouvait de sa maladie, c’est-à-dire sans y comprendre grand-chose. Tous les jours, entre six heures du matin et neuf heures du soir, une infirmière vient trois ou quatre fois lui faire des piqûres. Ses médecins voudraient l’envoyer se faire soigner qui à Pau, qui à Bordeaux, mais lui ne veut pas. C’est son cœur qui est malade. Il doit passer ses journées à se reposer et dormir. Il a dit qu’il était très fatigué, ce qui me semble incroyable, tant était grande sa bonne humeur, son impatience à voir le nouveau petit cochon et l’énergie folle avec laquelle il s’agitait au volant de sa voiture. A Parlebosq, l’éleveur était un Hollandais dont on comprenait mal les paroles. Sa fille parlait à sa place. C’était déchirant de voir Camille s’attendrir sur le petit cochon qu’il tenait dans les bras pour la première fois, tout contre sa joue. C’était donc à cela qu’il passait ses journées, pensais-je, à aimer ses bêtes, à les éduquer, à tenter de les faire se reproduire, comme il en a le projet pour ses petits cochons. J’étais jaloux, jaloux de Camille, jaloux de ses animaux. Sur le chemin du retour, il a téléphoné à son père pour lui dire sa joie et le remercier du cadeau. Puis, entendant que son père n’était pas seul, et comprenant qu’il ne se trouvait pas chez eux, Camille s’est comme transformé en mari jaloux : il criait dans le téléphone, exigeant de savoir où était son père. « Tu es chez ton amant ? Tu es chez ton amant, c’est ça ? », hurlait-il, comme un fou. C’était affreux. Mes soupçons sur les relations coupables qu’ont peut-être le père et le fils en ont été ravivés. Mais je me suis forcé à garder ma bonne humeur, pour ne pas projeter plus d’ombre sur Camille. De retour sur le parking où je l’avais rejoint, nous avons pris des photos du petit cochon dans nos bras. Camille a décidé de l’appeler Arthur. Puis nous sommes retournés nous réchauffer à l’intérieur de la voiture. Je lui caressais les cheveux, la nuque, la joue, sa jeune barbe rousse, que je ne parvenais pas à voir dans l’obscurité de l’habitacle et que j’aime tellement. Finalement, la fatigue se faisait sentir à Camille. Nous nous tenions par les mains quand nous avons décidé de nous séparer. « Puisque je suis enfermé chez moi, puisque tu es malheureux de ne pas savoir si toutes mes pensées te sont consacrées, quittons-nous ici, ce soir, en attendant des jours meilleurs pour nous. – C’est vraiment ce que tu veux ? – Je ne sais pas ce que je veux. C’est mieux. – Mais si tu rencontres quelqu’un d’autre ? – Je ne sors pas de chez moi ! Où veux-tu que j’en rencontre un autre ? Et puis je ne suis pas quelqu’un de facile. Il se passera du temps avant que je rencontre la bonne personne. – Mais je croyais que c’était moi, le bon ? – Je n’ai pas dit que tu étais le mauvais ! – Embrassons-nous une dernière fois, alors… » Je ne comprends pas mes sentiments. Je ne suis pas moins malheureux, depuis que nous nous sommes quittés, mais je souffre moins. Et puis il nous reste l’espoir de jours meilleurs. En me rendant sur le parking, ce jour-là, pour rejoindre Camille, dans mon empressement, j’ai oublié d’emporter la peluche au ruban bleu. Lui sera-t-elle jamais offerte ? Adieu Camille. Adieu, jusqu’au revoir.
18:49 Publié dans 2008, Camille, Journal, Pélagie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Commentaires
Finalement, tu vois il n'est pas si bête qu'il en a l'air, il ne veut pas te faire souffrir !
Ecrit par : iPidiblue grand sage | 05/10/2008
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