30/09/2008

Mardi 30 septembre 2008

            Enterrement, ce matin, de M. B***, un voisin de ma mère et surtout le père de Katia, une amie de jeunesse, l’amoureuse de Matio du temps qu’il ne pratiquait pas encore l’homosexualité. Aperçu la petite Céline D***, une autre amie de la même époque, qui est toujours aussi jolie. Il y avait une telle foule à cette cérémonie que nous n’avons pas pu tous entrer dans la salle du funérarium où étaient prononcés les différents éloges funèbres, qui ne parvenaient donc à nos oreilles que par bribes. C’étaient, déjà, les paroles des vivants qu’on n’entendait presque plus. Je ne m’attendais pas à être si surpris et ému de trouver à Katia, après tant d’années, une voix manifestement plus assurée, malgré les nombreux sanglots qui la faisaient trembler. C’était la voix d’une jeune femme. J’avais gardé le souvenir d’une grande enfant. Elle a conclu son discours par ce lieu commun qu’il ne faut jamais remettre au lendemain ce qu’on peut faire le jour-même. Ces paroles ont ravivé la douleur que j’ai de n’avoir pu donner à Camille le cadeau que je voulais lui faire le jour où je pensais pouvoir le retrouver à l’hôpital. J’avais demandé à Corydon quelle sorte de présent il pensait pouvoir faire plaisir à Camille. « Une peluche, m’avait-il répondu sans rire du tout, une peluche : c’est neutre, et ça fait toujours plaisir » ! Je m’étais vite rendu à cette évidence que Camille était en effet le genre de personne à se trouver heureuse de recevoir un tel cadeau. J’avais donc acheté un petit chien en peluche, noir comme Pélagie, au cou duquel j’avais noué du même ruban bleu que portait ma chienne le jour où Camille et moi nous étions vus pour la première fois, d’un bleu qui est devenu notre couleur, parce que c’était aussi celle que mon ami portait ce jour-là, et celle enfin, depuis toujours, de mes yeux pleins de son souvenir. La peluche est encore chez moi, dans les mains de personne. C’est une espèce de petit cadavre, un jardin d’Adonis d’un genre nouveau, inspiré par un amour qui n’est pas vraiment mort, mais qui ne renaîtra peut-être jamais. Camille me dit qu’il passe ses journées à dormir et se reposer, à cause de son mauvais cœur et de sa mélancolie. Je ne sais absolument pas quand nous pourrons nous revoir, lui et moi, sa maladie l’ayant apparemment fort affaibli et son père étant depuis le début contre notre liaison. C’est à la mort de Dominique Autié, je crois, que, par une espèce de sursaut vital, je m’étais mis à connaître plus de garçons, pour me distraire d’un chagrin plus grand que ce à quoi je m’étais attendu, pour vivre davantage, pour ne pas penser à la mort. Finalement, je la sens qui rôde autour de mon amour et je suis plus malheureux que je ne l’étais auparavant. Se peut-il que Camille se repose en vain, et que sa maladie, dont il n’est même pas fichu de me dire le nom, si elle en a, ou l’exacte gravité, s’il en est conscient, finisse par l’emporter malgré tout ? Un cancer a emporté M. B***, dont la fin fut, paraît-il, des plus pénibles. C’est le destin de l’homme de ne connaître jamais de repos, puisque l’épuisement le tue, puisque la maladie le laisse à bout de forces au seuil de la mort, qui ne peut être le dernier repos, puisqu’on ne sera plus là pour en jouir. Moi qui ne souffrais jusqu’alors de dormir avec personne, aujourd’hui je donnerais ma vie pour pouvoir reposer une nuit entière contre le grand corps pâle de mon petit Camille.

Commentaires

Je ne sais pas si c'est le chagrin qui t'égare, mais ce billet a un ton très peyrefittien, je trouve.

L.

Ecrit par : L. | 01/10/2008

Camille n'est pas un agneau ! C'est un mouton de vingt ans ....

Ecrit par : iPidiblue et le mauvais oeil | 01/10/2008

Même un mouton a plus d'esprit que Camille !

Ecrit par : Olivier Bruley | 01/10/2008

Finalement Olivier, tu es très berger des Landes ...

Ecrit par : iPidiblue et l'esprit des Landes | 01/10/2008

Oui, autre ton ! Qui rejoint bien évidemment mes préocuppations de ces jours, la mort, la mort, toujours recommencée, si j'ose dire en pensant à "la mer". Je suis dans une grande phase de douleurs d'arthrose, ce que mon vieux grincheux n'accepte pas : il n'y a que lui qui peut souffrir, pas question de se plaindre, il faut que je sois toute à son service, d'abord infirmière, nourrice (mais pas du tout au sein !!!), mère, je dois être sa mémoire, je dois même lui rappeler le nom de ses anciennes maîtresses, des souvenirs de famille (qui n'était en rien la mienne), le nom de ses amis et diverses connaissances. Je n'en peux plus. Je suis convaincue que Don Esteban, mon ange gardien préféré, m'a laissée tomber. Mais peut-être quelque part, avec amour, est-il le tien, et va-t-il mettre tout en oeuvre, en tant qu'ange, pour que tu retrouves ton Camille : ce serait la plus grand d'amour qu'il puisse t'octroyer. Interviens auprès de lui et demande lui son aile protectrice, pour toi et pour moi, que je puisse encore vivre encore un peu avec plaisir. Je t'embrasse.

Ecrit par : maola | 01/10/2008

Camille revient ! Olivier est en manque ...

Ecrit par : iPidiblue et petit corps malade | 02/10/2008

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