13/09/2008

Vendredi 12 septembre 2008

            Je devrais avoir honte d’éprouver de tels sentiments, mais je suis un peu triste de savoir Camille sorti de l’hôpital. Je m’étais habitué à lui rendre visite là-bas pour passer auprès de lui l’après-midi. Finalement, rien ne vaut l’hospitalisation d’un garçon pour apprendre à le connaître. Il m’a manqué de ne pas le voir de la journée. J’ai décidé de venir accompagné de lui, demain, chez ma sœur, à l’anniversaire du grand C. Après tout, puisque ma sœur ne s’en prive pas, j’ai bien le droit, moi aussi, de faire subir au reste de la famille mon propre grand con. Mon amie Myriam, qui a lu ce journal, me demandait cette nuit, lors d’un échange de SMS, si j’étais amoureux de Camille. Apparemment, ce que j’en écrivais mercredi pouvait le laisser croire. Si je suis amoureux ? Je ne sais. Mais j’avais oublié de dire que la bêtise de mon Camille est proprement abyssale. Il a vingt ans, mais c’est comme s’il en avait quinze. Et comme il est pédé, c’est encore pire que tout ce qu’on pourrait craindre. Seulement, il est d’une bêtise joyeuse, légère, il est, en quelque sorte, d’une lourdeur pleine de grâce. Est-il possible d’aimer de bêtes personnes ? Peut-être que oui. Après tout, il doit bien y avoir quinze ans que mon père vit avec son amie : c’est la seule femme qu’il ait gardée si longtemps (ma mère étant la seule qu’il ait épousée) ! Camille et moi, nous avons souvent du mal à nous comprendre. Son élocution est des plus sommaires. C’est un vrai petit paysan ! Il faut dire que son père gave des canards et élève des poulets… Camille a quelques expressions charmantes. L’autre jour, par exemple, comme nous nous trouvions un peu à l’écart, dans l’espèce de parc de l’hôpital, mais parc est un bien trop grand mot, disons plutôt que nous étions sur un petit bout de pelouse, difficilement cachés par de rares buissons, regardant je ne sais plus quel détail du côté de la grande porte d’entrée, il a dit ces mots : « De là étant, on croirait que etc. ». Mais il peut dire aussi des choses épouvantables et qui me font beaucoup rire. Une fois, en me décrivant son déjeuner, il a dit qu’il avait mangé des côtes de porcque ! Et avec des zharicots verts ! D’ailleurs, il faut le voir manger ! Il est aussi vorace que Sappho, la chienne de ma mère ! Il se jette littéralement sur les plateaux qu’on lui sert, renversant souvent une partie du potage, qu’il aime beaucoup, m’a-t-il confié : « Ça n’a pas l’air bon du tout, mais c’est délicieux ! ». Quand j’ai fini de rire, je pose ma main sur sa nuque, et comme ferait un père, j’essaie de le reprendre, de le corriger. Evidemment, il ne retient rien de mes leçons. Camille est un grand enfant. Et j’ai l’impression que c’est le mien. Il a la passion des animaux. Son père, pour fêter sa sortie de l’hôpital, vient de lui offrir un quatrième chien. Il a des poissons rouges, des tortues, des cochons nains et des chevaux. Les regards qu’il porte sur moi ressemblent beaucoup à ceux de ma chienne Pélagie, particulièrement son regard en biais, lorsque, comme la chienne, il se demande ce que je pense, si je vais bouger ou dire quelque chose. Et cet autre regard aussi, un regard fixe, patient, qui a le temps, un regard pour rien, pour le seul plaisir de me regarder, comme j’en trouve parfois à Pélagie, quand je me réveille et que je me demande depuis combien de temps elle était en train de me regarder ainsi, sans bouger, tout simplement contente de m’avoir à regarder. Hier après-midi, trop occupé que j’étais à être avec Camille, je n’avais pas entendu le petit bruit que fait mon téléphone portable pour signaler l’arrivée d’un nouvel SMS. C’était Damis, ce fou, qui m’écrivait qu’il avait envie de sexe à trois ! Camille et moi nous sommes amusés à lui répondre le soir, pendant le dîner. Nous lui avons fait croire que j’avais justement trouvé un troisième, et j’ai donné juste assez de renseignements sur ce troisième pour que Damis reconnaisse en lui Camille, qui est son ancien voisin. Quand, après un échange de plusieurs SMS, Damis fut tout à fait décidé à partager Camille avec moi, je lui ai répondu que ce dernier n’avait d’abord pas compris que le garçon à qui j’écrivais était son ancien voisin et qu’il n’était désormais plus d’accord pour une partie à trois avec lui, parce qu’il le trouvait un peu trop rembourré à son goût. C’était le mot de Camille, comme d’ailleurs était de lui l’idée de jouer ce petit tour à Damis, qui a dû être d’autant plus frustré de ne pas trouver son bonheur qu’il s’était probablement cru sur le point de le faire ! Adorable Camille : il est bête et méchant ! Mais d’une méchanceté légitime, car il estimait que Damis méritait d’être puni de m’avoir pris pour son chauffeur et son banquier.

Commentaires

Finalement toi aussi tu es le pape pour un petit pécheur dont je ne doute pas que tu vas essayer de lui apprendre à différencier les vices et les vertus du gay amor !

Ecrit par : iPidiblue de Saint-Benoît | 13/09/2008

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