28/08/2008
Mercredi 27 août 2008
Cet après-midi, j’ai rendu visite à Fred, l’ancien actuel amoureux de ma sœur. Il m’a rapporté que lors de mon dernier passage dans sa boutique, l’un des plus beaux garçons qui la fréquentent, celui qui est coiffé ‘‘décoiffé’’ (mais ils le sont presque tous), ayant écouté notre conversation, dans laquelle il était question de mon petit boulanger, avait été fort surpris d’apprendre que j’étais homo. Comme si ça ne se voyait pas ! L’innocence (en un mot) de ces petits skateurs est telle que si, par bonheur, je réussissais à en coucher un nu dans mon lit, il croirait encore que c’est pour y dormir ! Fred m’a assuré que le garçon lui aurait dit ensuite qu’il me trouvait mignon (mignon… MIGNON !), s’empressant d’ajouter qu’il n’était pas lui-même homo pour autant. Ouais… Quant à moi, je ne puis m’empêcher de penser que s’il n’est peut-être pas homo pour autant, comme il tient à le préciser, il n’est pourtant sans doute pas uniquement skateur. Une autre passion lui couverait quelque part que ça ne m’étonnerait pas ! (Je me suis souvenu qu’un autre ancien amoureux de ma sœur avait eu à mon sujet une remarque du même ordre, mais je me suis abstenu d’en faire part à Fred, pour ne pas lui rappeler de mauvais souvenirs, car c’est à cause de leur amour commun pour Julie que les deux excellents amis avaient fini par couper tous les ponts entre eux, ce qui, bien sûr, avait valu à ma sœur une réputation de marie-salope et de briseuse de couples, de ces couples peut-être plus sacrés encore que sont ceux des meilleurs amis. Le temps a passé. Sa mauvaise réputation lui est restée, mais pas ses amants frères ennemis, puisque c’est aujourd’hui le grand con qu’il nous faut subir.) Parmi la jeunesse tribalisée de nos jours, le clan des skateurs est celui qui me plaît le plus, même s’il n’est sans doute pas le plus in-nocent qui soit, le skate étant tout de même un sport (si c’est bien le mot) quelque peu bruyant et qui a tendance à transformer la ville en un vaste terrain de jeu. Mais j’aime mieux qu’on la transforme en terrain de jeu plutôt qu’en champ de bataille et de rapines pour la ‘‘racaille’’, comme il ne faut pas la nommer, à moins d’en être, évidemment. J’aime les skateurs pour leur bon esprit et surtout pour le corps merveilleusement sec, dépourvu de toute graisse, que leur donne la pratique d’un jeu si sportif. Il est vrai que la ‘‘racaille’’ est souvent maigre elle aussi, mais l’on sent bien que c’est à cause de l’espèce de fièvre haineuse dont elle vibre et qui la dessèche et consume entièrement. C’est ainsi qu’elle brûle ses graisses. Il n’y a là rien de sain. Puisque j’en suis à parler de graisse, il me faut rapporter ici quelle fut ma surprise, l’autre jour, de voir qu’en cette époque où, puisque c’est presque un nouveau droit de l’homme, n’importe qui peut se dire français (même cette athlète chinoise dont je ne sais plus le nom, qui, parce qu’elle n’avait pas réussi à se classer parmi les meilleurs sportifs de son pays d’origine (j’ai oublié quel était le sport qu’elle pratiquait), en avait été réduite à se faire naturaliser française, pour avoir une chance de se qualifier pour participer aux Jeux olympiques, ce qui en dit tout de même long sur l’idée qu’elle se fait de la France (et de sa ‘‘grandeur’’), un pays à sa taille, en somme…), un traiteur fameux de Mont-de-Marsan avait eu l’idée, pour vanter son excellence dans la fabrication des foies gras et tourtières, de ce slogan somme toute assez peu dans l’air du temps, qui est à l’antiracisme, à ce que je crois savoir : « N’importe qui n’est pas landais ! ». Qu’on se le dise ! Et c’est d’ailleurs très vrai, car moi-même, par exemple, qui ne suis pourtant pas n’importe qui, j’ai le plus grand mal à me sentir vraiment landais, alors que j’en aurais bien le droit, puisque ma mère est une vraie vache landaise, comme elle le dit elle-même, dans ses moments de lucidité. Je serais d’autant plus en droit de me dire landais que je ne le suis pas entièrement, et qu’il faut venir au moins un peu d’ailleurs, de nos jours, pour avoir le droit de se dire de quelque part. Un Français qui ne serait que de France et qui aurait l’outrecuidance de se dire français s’entendra toujours répondre par quelqu’un : « Mais je suis aussi français que vous, moi, môssieur », ce qui, de fait, est une repartie typiquement française ! Mais il ne suffit pas d’être en partie d’ailleurs, comme c’est mon cas, par mon père, qui est un peu chinois et un peu vietnamien, pour pouvoir se dire de quelque part, de France, en l’occurrence, sans danger. Encore faut-il en avoir l’air, en être conscient, l’expérimenter, le ressentir ‘‘dans sa vie de tous les jours’’, et le revendiquer comme une chose dont on est fier. Si l’on a le malheur, comme moi, de ne pas avoir l’air d’un métis (mes yeux sont bleus et j’ai une grosse bite, c’est dire si je parais peu chinois !), et si l’on a ‘‘mes idées’’ (car les gens croient que j’ai des idées, alors que, pour avoir été élevé par des femmes, je n’ai que des humeurs !), dans ce cas, on n’a pas tout à fait le droit de se dire français, au sens nouveau du terme, parce qu’on est suspect de l’être au sens ancien ! L’antiraciste prête à la race unique (celle des métis) dont il rêve de voir et promeut l’avènement un certain type d’idées (les siennes) comme le raciste est persuadé que le nègre court vite. D’autres idées ne peuvent pas être celles d’un véritable métis, qui n’a pas tout à fait, comme on voit, la liberté de conscience ! C’est du racisme ! Qu’on ne s’y trompe donc pas, l’antiracisme n’est pas moins raciste que le racisme. Il l’est différemment. Et puisqu’il prétend faire du métissage l’avenir de l’homme, si j’osais, je dirais que l’antiracisme est un eugénisme, ce qui n’est pas nécessairement une mauvaise chose en soi : cela peut donner d’excellents taureaux de combat comme d’adorables caniches ! Le phénomène est récent. Anecdote : Lorsque j’étais enfant, pendant un ‘‘voyage scolaire’’ à la montagne, un garçon avait vomi son petit déjeuner sur le pare-brise de l’autocar. Stupeur dans la classe : le petit déjeuner de notre camarade était essentiellement composé, comme nous pouvions le constater, de grains de riz ! Comment était-ce possible ? Est-ce que les enfants chinois ne prenaient pas de petit déjeuner, comme tout le monde ? Les malheureux n’avaient-ils donc dans l’estomac que leur dîner de la veille ? « Bien sûr que non, nous avait expliqué la maîtresse, mais les Chinois, pour le petit déjeuner, préfèrent les bols de riz à nos bols de café ou de lait, un peu comme vos grands-pères aiment mieux se nourrir le matin de vin rouge, d’œufs frits et de ventrèche. » Et notre malheureux camarade s’était alors écrié, provoquant l’hilarité générale : « Mais je ne suis pas chinois, Madame, je suis vietnamien ! » Mon camarade de classe ne serait pas plus chinois aujourd’hui : mais il se dirait sans doute plutôt français. Et bien sûr, il le serait, ce n’est pas moi qui dirai le contraire. Mais convenons tout de même que son petit déjeuner, lui, ne serait pas plus français que landais !
02:12 Publié dans 2008, Damis, Fred, Journal, Ma mère, Ma soeur, Mon père | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Commentaires
Bravo mon petit, ta tirade sonne très bien. Tu mérites presqu'autant qu'Orimont Bolacre et Rogemi de faire partie du clan des anti-anti-racistes.
Renaud Cammus.
Ecrit par : RC, l'Esprit qui Demeure | 28/08/2008
ah ! c'est beau ... "touche pas à mon Olivier", c'est le pin's que je vais créer pour mon usage personnel et que je vais accrocher sur mon coeur !
Ecrit par : iPidiblue l'esprit qui meurt | 28/08/2008
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