26/07/2008
Samedi 26 juillet 2008
La presse locale parlait hier de mon amie Laurence, qui se trouvait parmi les femmes qui, pour la première fois dans l’histoire des fêtes de Mont-de-Marsan, « étaient présentes, disait le journal, à la présidence des corridas de la féria ». Je puis donc désormais écrire dans ce journal que je compte parmi mes fréquentations un personnage historique : la première femme à avoir, etc. ! (Première année où des femmes, et dernière année pour l’alguazil Robert Soldevilla, qui exerça sa charge pendant soixante ans.) Je regrette d’autant plus, moi qui suis si pauvre, de ne pas avoir eu les moyens d’assister à ces corridas que, toujours selon la presse, elles semblent avoir été, après plusieurs mauvaises années, d’une très bonne qualité, puisqu’il y eut au moins un triomphe par jour et plus de vingt-cinq oreilles coupées. C’est le nouveau maire (une femme également) qui doit être heureux d’inaugurer sa magistrature sous de si bons auspices. Les fêtes de la Madeleine se sont terminées dans la nuit de jeudi à vendredi. Ces fêtes sont pour moi la période de l’année où je me rappelle le plus à quel point je ne suis décidément pas de ce monde ni vraiment de cette ville. Mon caractère m’empêcherait d’apprécier ce que ma névrose phobique me fait fuir, de toute façon ! Je ne suis pas de ce monde, pour ne pas aimer la fête, ni de cette ville, pour le peu d’entregent de ma famille ou de moi. Ce n’est pas moi qui, comme Patrick D***, l’ancien patron du Dix-bis, rencontré par hasard l’autre jour, me verrais proposer par un ami qui se serait disputé avec sa femme, des places gratuites pour toutes les corridas ! Quand même de mes familiers auraient de telles places, dont ils ne sauraient que faire, ce n’est certainement pas à moi qu’ils songeraient à les offrir ! J’ai déjà dit que je n’étais pas quelqu’un d’aimable. J’ai cru que Damis m’inviterait à la corrida à cheval, comme il me l’avait laissé espérer, mais il a préféré se rendre, sans moi, avec un autre ami à lui, à une fête privée, avant que d’aller à la fête proprement dite, dans les rues, vêtu de la tenue blanche et rouge du festayre, que je ne l’ai même pas vu porter (il n’y a rien de plus beau), puisqu’il ne l’a mise que chez la personne qui donnait cette première fête, une personne que je connais d’ailleurs depuis longtemps, mais qui, bien sûr, ne m’avait pas invité, non tant parce qu’elle me trouve mal aimable, que parce qu’elle a renoncé à me fréquenter depuis belle lurette, sans doute à cause, il est vrai, du peu d’amabilité qu’elle me trouve ! Non seulement on ne m’aime pas, mais on finit par m’oublier ! Je suis bien malheureux ! Malgré ma phobie, je nourrissais le secret espoir de passer avec Damis un soir de ces fêtes dans les rues de la ville, pour me donner l’illusion, grâce à l’alcool, d’être comme tout le monde. Hélas ! Ce ne fut pas possible : parce que j’ai, semble-t-il, un peu trop durement réagi à son retard à l’un de nos rendez-vous, Damis, qui dit avoir été fort refroidi par la glace de mes yeux, ne veut plus que se poursuive notre mignonne relation. C’est d’autant plus regrettable qu’il était celui par qui j’ai fait la connaissance du bel Alcide, que j’aimerais justement connaître davantage et bibliquement. Comment reverrai-je Alcide, maintenant, à moins de lui téléphoner ? Mais si je l’appelais, je lui montrerais trop le désir qu’il m’inspire et ce serait mauvais pour mes affaires. La désaffection de Damis me blesse plus que j’aurais cru. Je l’aimais sans l’aimer. Je n’aimais pas qu’il mette tant de temps et d’énergie à m’embrasser, mais j’aimais qu’il en ait le désir. Tous les soirs, j’entendais dans le silence de la chambre chez ma mère la rumeur de la fête en ville. C’était le fracas du temps qui passe au loin, sans moi…
22:10 Publié dans 2008, Journal | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Commentaires
Oui c'est compliqué la vie à Mont-de-Marsan ! Que de fêtes, de corridas, de beaux garçons, de piscines et d'habits de lumière !
Je viendrais bien faire le taureau dans ta chambre pour te consoler un peu mais j'aurais peur que tu ne me coupes je ne sais quoi ....
Ecrit par : iPidiblue fait son Minotaure | 27/07/2008
D'un autre côté on n'attrape pas les mouches avec du vinaigre ...
Ecrit par : iPidiblue au Oliver's Bar Club | 27/07/2008
Que tout cela est petit, égoïste, mesquin et nombriliste!
Amateur de corrida en plus, le sud-ouest est une terre d'alcoloos et de barbares.
Ecrit par : erwan | 02/08/2008
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