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19/07/2008
Vendredi 18 juillet 2008
Je n’avais pas dit que Damis est boulanger. Il est charmant dans sa tenue de mitron ! Il m’avait invité, le soir de notre rencontre, à le rejoindre dans la boulangerie où il travaille et dans laquelle il est seul jusqu’à six heures du matin, deux fois par semaines. Sa grande inquiétude était qu’un garçon qui habite en face de la boulangerie ne m’aperçoive à mon arrivée. Damis m’avait dit beaucoup de mal de ce petit pédé qui, selon lui, avait tout d’une commère et lui tournait un peu trop autour, passant souvent lui tenir compagnie, les nuits où il se trouvait seul dans la boulangerie. J’ai été de nouveau invité, avant-hier soir, à rejoindre mon petit mitron sur les lieux de son travail. Peu de temps après mon arrivée, nous eûmes la visite du garçon tant redouté, que nous appellerons Alcide. C’était un vrai petit Alcibiade, qui faisait tout seul son cômos. Il nous est arrivé complètement ivre, avec une bouteille de vodka parfumée au caramel, que je l’ai aidé à vider, pendant que Damis pétrissait ses pâtes. J’ai vite compris que ce dernier m’avait menti sur les raisons qui lui faisaient redouter une rencontre entre Alcide et moi. Damis est bien loin de trouver cet Alcide aussi détestable qu’il a voulu me faire croire. Au contraire, ce garçon est très à son goût, comme d’ailleurs au mien, ce qui était la véritable peur de Damis, qui savait que j’étais moi-même le type de garçon qui plaît au bel Alcide. Sa grande angoisse était que nous nous tombions dans les bras l’un de l’autre, ce qui, bien sûr, a fini par arriver. Mais comment résister aux charmes du merveilleux Alcide ? Il chantait et dansait sur la musique qu’il avait apportée avec lui. Il enlevait le peu de tissu qui couvrait son étroite poitrine et se frottait au pauvre Damis en me regardant dans les yeux. Il me resservait des verres de vodka ou me faisait boire directement au goulot de la bouteille. Il s’amusait avec la farine, s’en barbouillant le torse et la figure, et laissant de grandes empreintes de mains à l’endroit de ses fesses et de son sexe, comme s’il avait été harcelé sexuellement, disait-il. Ce sont probablement l’inquiétude, la mauvaise humeur et la réticence de Damis à l’égard des minauderies d’Alcide qui m’ont jeté dans les bras de ce dernier ! Nous avons fini par laisser le rabat-joie fabriquer son pain et sommes allés terminer la nuit chez moi. Dans la véranda, tandis que le jour se levait, comme j’avais passé mon bras autour de la taille du garçon qui fumait une cigarette, il a jeté son mégot par la fenêtre où nous étions appuyés et m’a embrassé d’une bouche plus humide que celle de Damis. Toutes les parties de son corps, même les plus intimes, avaient un délicieux parfum de lessive et de savon. Plus tard, dans la chambre, après m’avoir fait couler sur son ventre, il est venu se pencher sur moi. Alors, j’ai senti mon propre sperme, déjà froid, goutter lentement du ventre du garçon sur le mien, comme si Alcide s’était mis à pleuvoir sur moi des mêmes gouttes fraîches et lourdes qui précèdent parfois ces menaçants orages d’été qui vont éclater plus loin. Ou bien l’orage, c’était la propre éjaculation d’Alcide, toute chaude sur moi. Damis a très mal pris tout cela. Il se sent trahi par Alcide, dont il est beaucoup plus intime que je pensais ; il est déçu par moi, qu’il voulait garder pour lui seul : dont il se contentait, en réalité, faute de mieux, c’est-à-dire en attendant, en espérant Alcide, avec qui il a déjà couché une fois, mais qui m’a confié s’être offert à Damis, qu’il trouve trop gros, pour la même raison peut-être qu’il s’est offert à moi, c’est-à-dire parce qu’il était ivre ! Je ne suis pas quelqu’un qu’on aime, ni d’amour, ni d’amitié. On aime celui qu’on croit que je suis. Dès qu’on me connaît mieux, on est généralement horrifié. C’est pourquoi j’ai le plus grand mal à résister, comme Damis voudrait que je fasse, qui m’exhorte à lui être fidèle, aux garçons qui se croient sous mon charme uniquement parce qu’ils ont envie de baiser, comme c’était par exemple le cas d’Alcide avant-hier, qui ne l’avait plus fait depuis un mois. Le désir de ces garçons est une forme d’amour très éphémère, mais intense et, me semble-t-il, sincère. Finalement, il n’y a rien de plus sincère qu’un sexe qui veut cracher ce qu’il doit. Je ne veux pas avoir à choisir entre l’amour d’un Damis et le désir d’un Alcide, parce que je voudrais toujours me sentir aimé davantage. On ne m’en aime généralement que moins ! En réalité, Alcide m’a fort impressionné. Il n’a qu’un an de plus que Nicandre, mais il a déjà vécu beaucoup plus que moi. C’est un garçon qui a souffert dans son corps et dans son âme et qui connaît peut-être le prix de la vie. Il semble être d’une grande sagesse et parle d’ailleurs très lentement, comme s’il avait appris à prendre la mesure de l’instant présent, de tout instant présent, pour mieux en jouir, pour mieux l’habiter, pour être sûr d’exister constamment, même entre les moments : dans sa bouche, chaque mot devient un petit instant à lui seul. A côté de lui, c’était moi l’enfant !
02:37 Publié dans 2008, Journal | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Commentaires
et la boulangère, elle a de belles miches ?
Ecrit par : iPidublue, beau batard | 19/07/2008
Ah ! ces amours ancillaires et nocturnes qui se passent dans un pétrin, comme c'est charmant !
Désolé de déposer mon hommage à ces pastorales de Mont-de-Marsan après les basses trivialités de iPidublue !
Ecrit par : iPidiblue berger de ces messieurs | 19/07/2008
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