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08/07/2008
Lundi 7 juillet 2008
Il y a sans doute déjà plus d’un an qu’un apprenti vétérinaire m’écrivait pour me dire à quel point il avait aimé les quelques sonnets que j’avais publiés dans ce blogue. En écrivant lui aussi, il voulait que, etc. Si ma mémoire est bonne (il faudrait que je relise notre correspondance, à condition qu’elle n’ait pas été effacée lors de mon récent petit accident informatique), il n’était pas loin de me dire que j’étais un nouveau Virgile, si du moins ce nom lui est familier ! Aujourd’hui, il en est à m’écrire que ce qu’il lit dans ces pages lui retourne l’estomac… Les quelques commentaires qu’il lui arrive de laisser ici, en signant d’un prénom qui n’est pas le sien, auraient tout de la lettre anonyme si je ne connaissais pas la réelle identité du garçon. Je crois qu’il ne me pardonne pas de lui avoir dit ce que je pensais vraiment de ses vers, dont on peut se faire une idée en lisant par exemple le sonnet qu’il m’a récemment adressé, dans lequel il me reprochait, entre autres choses, de lui déclarer la guerre, tiens-toi bien, mon blond lecteur (j’ai déjà dit que mon lecteur idéal était blond), « comme un vers affamé dans un silo de seigle » ! Et encore, ce sonnet est le moins mauvais de tous ceux que m’a fait lire notre poète. J’avais en effet fini par lui conseiller de se munir d’un quelconque traité de métrique, s’il tenait tant à écrire des alexandrins. J’aurais mieux fait de me taire, car il ne me pardonna jamais ce conseil. Dans son esprit, c’était à moi d’être son traité de métrique ! A-t-on jamais vu cela ? Un apprenti poète, ou disons un apprenti versificateur, qui ne daigne pas seulement lire les livres où les fondements de son arts sont exposés, c’est-à-dire qui ne sait pas lire ses illustres prédécesseurs, les Ronsard, les Racine ! Il est vrai qu’avant d’étudier la métrique, il aurait peut-être dû apprendre le calcul et l’orthographe. Comment faire, en effet, des alexandrins qui tombent juste, si l’on ne sait pas compter jusqu’à douze (ou disons jusqu’à six), et si l’on ignore où mettre les bonnes terminaisons, les s, les ées, les ent, dont la présence ou l’absence changent tout le rythme ? Le piètre rimailleur que je suis n’a qu’un enseignement à donner : la métrique française est, était fondée sur l’e muet. C’est tout. C’est le secret. Le secret du mètre, évidemment ; la poésie est ailleurs (mais pas très loin). Je dois cependant reconnaître que tout est ma faute. Je n’aurais jamais dû m’intéresser à ce lecteur, à cet internaute, dont j’avais vite deviné la médiocrité poétique. Mais je nourrissais l’espoir de coucher avec lui lors d’un passage à Paris. Je lui avais même proposé de réserver une suite, pour qu’il puisse dormir dans le salon ensuite, mais il n’avait pas voulu. Je ne dois pas être son type. Lui non plus n’est pas le mien, mais j’ai toujours pensé qu’on pouvait trouver du bon même chez ceux qui ne sont pas de son goût. Une fois que je sus que je ne coucherais pas avec mon bonhomme, je n’avais plus de raison de jouer la comédie du maître de poésie. (Notre rimailleur est un Monsieur Jourdain d’un genre spécial, qui fait de la prose même quand il fait des vers !) Je crois savoir, mais je n’en suis plus très sûr, que Jérémie (c’est son vrai prénom) tient beaucoup à l’anonymat. De mon côté, je n’aime pas que des anonymes se permettent de juger si mal quelqu’un qui, comme moi, écrit au grand jour, je veux dire sous son vrai nom, sans se cacher derrière un pseudonyme. Qu’on me juge mal, c’est la liberté de chacun, mais qu’on le fasse sans se dissimuler. J’ai la naïveté de croire que le fait d’écrire sous son véritable nom incite à plus de retenue, à plus d’égards envers la personne qu’on juge mal. On est sans doute moins tenté de se laisser aller à l’injure ou la diffamation. On est moins tenté par le style ‘‘lettre anonyme’’, en somme. Le nom rend plus responsable. On pourrait m’objecter que même en écrivant sous mon véritable nom, j’ai souvent dans ce journal des considérations peu respectueuses de mon entourage. Sans doute. Mais il y a une différence énorme entre un Jérémie et moi : j’écris sous mon véritable nom des horreurs sur des gens que je protège en leur donnant des pseudonymes ; il écrit sur moi des horreurs en se protégeant derrière son faux prénom ! Lui qui trouve que je tombe chaque jour un peu plus bas dans ce journal est tombé bien plus bas que moi, me semble-t-il ! Pour une fois, je connais le nom de l’auteur des lettres anonymes qui me sont envoyées. (Internet est le règne de la lettre anonyme, cela aussi, j’ai déjà dû l’écrire dans ces pages : la majorité des blogues, des commentaires dans les blogues, des interventions dans les forums ont pour auteurs des corbeaux.) J’ai donc demandé son conseil à don Esteban. Et si, lui ai-je dit, si je rétablissais la vérité, si je remplaçais (cela est possible) le faux prénom de l’auteur de ces lettres anonymes par son véritable nom, qu’il tient tellement à cacher ! Peut-être cela le ferait-il taire à la fin. « Que non, m’a répondu Esteban, ne fais surtout pas cela. Je ne sais pas ce qu’il t’est arrivé, a-t-il poursuivi, mais tu as bien changé. (Don Esteban s’étonne que j’aie changé depuis plus de deux ans que nous ne nous sommes pas vus !) Je t’ai toujours connu méchant, mais je ne te pensais pas capable d’une telle bassesse. » A l’entendre, c’est le bon droit de ce Jérémie que de parler si mal de moi publiquement mais sans se dévoiler ! Esteban me conseillait d’effacer plutôt le commentaire ordurier et de traiter du fond de la question avec Jérémie par lettres électroniques. (Comme s’il y avait un fond de la question !) Je me suis alors souvenu du conseil que Dominique Autié (dont j’ai retrouvé une partie des archives de sa correspondance avec moi) m’avait dit avoir donné à Juan Asensio croisant le fer avec les membres de la société des lecteurs de Renaud Camus lors de la ‘‘Scigalomachie’’ : « Vous êtes écrivain, traitez à votre rang ». Je ne mérite certes pas ce beau titre d’écrivain que Dominique Autié voulait bien me donner dans l’index de son blogue, mais je suis tout de même Olivier Bruley : j’ai mon rang à tenir et n’ai plus rien à dire à ce Jérémie. (Ce qu’entendant, Esteban me répond que je ne suis qu’un pompous ass !) Je n’ai plus rien à lui dire, mais je pourrais très bien, s’ils ne se sont pas perdus lors de mon accident informatique, je pourrais très bien publier ses ridicules petit sonnets ou même notre correspondance ou, pourquoi pas, sa photo, qui doit traîner quelque part dans la mémoire de mon ordinateur. Je ne crains pas de m’abaisser davantage, malgré le rang que j’ai à tenir : ma ‘‘grandeur’’ est ailleurs. Je me rappelle d’ailleurs que Dominique Autié m’avait écrit un jour, dans une de ses lettres, que cette sollicitude qu’il savait chez moi légitimait ma cruauté par ailleurs ! C’est dire si je me sens dans mon bon droit ! Si vraiment tu tiens à ton anonymat, Jérémie K***, je te prie de me laisser tranquille à l’avenir. Si tu n’y tiens pas, tu ne m’en voudras pas de révéler ton nom la prochaine fois que tu te manifesteras dans ces pages, n’est-ce pas ?
01:26 Publié dans 2008, Journal | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note
Commentaires
Pour paraphraser Georges Moinaux, on pourrait dire qu'il est regrettable d'être traité de métrique par quelqu'un qui l'est encore plus que soi...
Ecrit par : Arpad | 08/07/2008
On va pas en faire un sonnet quand même ...
Ecrit par : iPidiblue le corbeau qui tient en son bec un fromage | 08/07/2008
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Ecrit par : xxxxxxx | 08/07/2008
Réflexion faite, je préfère mettre mon ardeur à malaxer le scrotum, même non fripé, de Jérémie, qu'Olivier n'a qu'à peine effleuré. Avec un peu de chance, j'aurai peut-être droit à un sonnet ?
Ecrit par : Prosper Dugommier | 08/07/2008
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Ecrit par : xxxxxxx | 08/07/2008
Ce n'est pas raisonnable, Olivier, de te fâcher avec un futur vétérinaire qui aurait pu te soigner avec dévouement dans tes vieux jours.
Ecrit par : Arpad | 09/07/2008
Quel dommage d'avoir caviardé le commentaire du futur vétérinaire qui montrait qu'il a, non seulement une plume, mais aussi des couilles.
Ecrit par : Pierre | 09/07/2008
Ah ? Je ne l'ai pas lu. Que disait-il ? J'ai juste aperçu le mot "connard" en lettres capitales. J'ai préféré effacer le tout.
Ecrit par : Olivier Bruley | 09/07/2008
Il faut tailler la plume et malaxer les couilles. Ecoutez Prosper Dugommier, ardent malaxeur de scrota fripés, c'est la voix de la sagesse.
Ecrit par : Edouard Balladur | 09/07/2008
On ne partage ni la couche, ni le blog d'Olivier Bruley si facilement que cela !
Ecrit par : iPidiblue avis aux apprentis vétos ! | 09/07/2008
La couche, ça serait déjà pas mal de la lui changer une fois de temps en temps.
Ecrit par : Max du Veuzit | 09/07/2008
Je me disais aussi, il y a une drôle d'odeur à Mont-de-Marsan !
Ecrit par : Guy des Cars | 10/07/2008
Vous allez me le déprimer mon Olivier, il est comme les chats il ne supporte pas la moindre odeur et ne partage pas son territoire, on vous l'a déjà dit !
Ecrit par : iPidiblue le fou chantant | 10/07/2008
J'attends avec impatience que le nettoyage de son scrotum fripé soit fini, pour pouvoir le malaxer ardemment sans m'en mettre partout.
Ecrit par : Prosper Dugommier | 10/07/2008
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