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03/07/2008

Mercredi 2 juillet 2008

            Il me faut bien lui donner un nom, puisqu’il semble vouloir s’installer dans ma vie. Appelons-le Damis. Son visage est joli mais il a de mauvaises dents. Et puis il est trop gras ! Mais ce sont tous les Français qui sont de plus en plus gros. C’est à n’y rien comprendre : ils semblent grossir d’autant que baisse leur pouvoir d’achat, ce qui ne les empêche d’ailleurs pas de partir en vacances ! Je ne compte plus les garçons qui m’ont dit, comme si c’était une excuse, qu’ils avaient pris du poids depuis peu seulement, généralement parce qu’ils sont dépressifs. Ah ! Si je les avais connus avant leur dépression, je n’aurais pas été déçu, m’assurent-ils ! C’est tout de même quelque chose que ces dépressifs ! Ils n’ont plus d’appétit pour leur pauvre existence, mais ce qu’ils peuvent bouffer ! Bien qu’étant plus jeune que moi, Damis est déjà comme usé par la vie. Il a trop travaillé. Je l’ai néanmoins entendu me faire cette remarque fort désagréable qu’on pouvait voir que j’étais plus âgé que lui à mes pattes-d’oie. C’est sans doute que j’ai trop souri dans la vie. Le temps n’épargne personne, ni les fourmis ni les cigales. Damis me dit rechercher l’amour de sa vie. Comparé à lui, je suis un bien petit joueur avec mes amourettes ! Je lui explique que, par définition, il a la vie entière pour trouver l’amour de sa vie : en attendant de tomber sur lui, il peut bien s’adonner à de plus modestes amours avec moi. C’est un discours qui ne lui plaît guère. Il passe son temps à m’entourer de ses bras, comme s’il avait déjà compris qu’il ne me retiendrait pas. Il m’étouffe de ses baisers, comme à l’enterrement de ma grand-mère l’assaut des inconnus venus présenter leurs baveuses condoléances. Mais il pose sa tête sur mon épaule au cinéma et va dormir sur le canapé après l’amour, ce qui convient fort à la chienne Pélagie, qui tient beaucoup à ses privilèges avec moi. Ce soir, j’ai croisé de très près Hiéronymus (qui est toujours aussi maigre, lui), dans un endroit désert, où j’allais poster une lettre et lui retirer de l’argent. Nous sommes passés si près l’un de l’autre, en nous dévisageant, que j’aurais pu le toucher. Il s’attendait si peu à ce que je lui parle qu’il en a bafouillé quelque chose d’incompréhensible. Je crois pouvoir dire, sans me vanter, que je suis la personne au monde qu’il déteste le plus. Il a peur de moi, non d’une peur physique (de nous deux il est le plus fort, malgré sa maladie), mais bien d’une peur morale : il sait que je sais ; il est conscient que je pourrais lui nuire énormément. L’extrême tension de tout son corps, toutes les fois où nous nous croisons, l’intensité de son regard quand il ne peut m’ignorer, de sa haine, de sa peur, le rendent très beau. Il est comme une pierre vive. Il y a entre nous cet obscur désir de lapidation qui me fait me sentir plus vivant. C’est tout de même plus exaltant que mes amourettes.

Commentaires

Ah ! c'est de mieux en mieux ...

Ecrit par : iPidiblue tire-au-flanc | 03/07/2008

Mont-de-Marsan, ton univers impitoyable ! C'est pire qu'à OK Corral !

Ecrit par : Racam | 03/07/2008

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