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20/06/2008
Jeudi 19 juin 2008
J’ai sans doute abdiqué toute ma dignité pour Nicandre. Les plus beaux garçons le méritent bien. Et puis il est sans doute ma punition, pour toutes les fois où je me suis comporté avec d’autres comme il fait avec moi. Peut-on rien imaginer de plus ridicule de nos jours : j’en suis à lui écrire des vers qu’il ne comprend probablement pas, étant comme tous ses semblables, et comme moi, à un degré à peine moindre, la victime de l’Education nationale. Il faudrait pendre tous ces professeurs de français, ou de lettres, comme je crois qu’ils veulent qu’on les appelle, qui, préférant enseigner le rap comme si c’était de la poésie ou faire du tourisme à Auschwitz, ont fait de la jeunesse française une belle illettrée, incapable de comprendre les mots de l’amour et de la mort. Ces gens sont des criminels : en les rendant sourds et muets, incapables de lire et d’entendre, ils ont tué l’homme qu’ils avaient la mission de faire naître dans leurs élèves. Ils ont réussi à faire disparaître de l’homme ce qui n’existait nulle part ailleurs dans la nature : la richesse de sa voix, de ses intonations, reflets des sentiments humains. En fabriquant des illettrés, l’école n’a pas seulement rendu les grands textes inaccessibles aux hommes, mais aussi la profondeur, la complexité ou même la vanité des sentiments. A quoi donc sert l’amour, ce sentiment inutile, si ce n’est à écrire de mauvais petits vers sur la nécessité de son inutilité ? Comment se faire aimer de quelqu’un qui ne sait pas lire ? Comment le séduire ? L’amour est un sentiment qui rend bête. Mais les illettrés sont incapables même de cette heureuse bêtise ! La bestialité est leur lot. Ma chienne Pélagie est mieux éduquée qu’un homme d’aujourd’hui ! J’ai réussi à lui inculquer la honte de faire ses besoins dans la rue, sur le trottoir. Quand elle n’a pas su résister à sa bestialité et qu’elle me voit ramasser ce qu’elle a fait, la honte et la peur de moi se lisent sur son visage (car les chiens ont un visage). Pendant ce temps, autour de nous, des jeunes et des étrangers éructent et crachent par terre. Peut-être suis-je un peu sévère avec les professeurs. C’est l’école, l’institution, qui est coupable, en n’enseignant plus les humanités, de ce crime inouï qu’est la déshumanisation de la jeunesse et de l’avenir, un peu comme l’Etat s’était rendu coupable de crimes plus grands encore pendant la guerre. Mais il a bien fallu des collabos pour que le crime une fois ordonné soit commis ! L’école s’est rendue coupable d’enseigner la tolérance avant la grammaire, qui est pourtant indispensable à l’intelligence de la tolérance, de ce qui la fonde, et à sa bonne pratique. Le résultat est que quelques jeunes gens (et quelques autres personnes de mon âge et même d’autres plus âgées), à qui j’avais tenté d’expliquer ma phobie sociale, se sont montrés si compréhensifs, si tolérants avec moi, le différent (et c’est bien le nec plus ultra que de l’être), qu’ils se sont tous moqués de moi, une ou deux fois ouvertement, et beaucoup plus dans mon dos. Et pourtant, c’étaient des pédés, quelques filles (dont des lesbiennes) et un arabe (en situation régulière, mais non français). Je les aurais crus plus concernés par la difficulté d’être différent, d’avoir à subir le regard des autres, etc., etc., cf. la rhétorique habituelle… C’est bien la preuve que tous ces discours sur la tolérance ne sont qu’une sinistre farce, de belles paroles que personne n’écoute, ou du moins que personne n’entend. La tolérance n’est pas plus enseignée à l’école que la lecture ou la grammaire, puisqu’on n’y apprend absolument rien. C’est une honte de voir tant d’argent dépensé en pure perte. L’Education nationale et ses collèges et lycées flambant neufs, ces temples du temps perdu, du rabaissement des élèves et de la vanité vaniteuse des professeurs, sont un gouffre dont l’argent serait infiniment mieux employé à la construction de prisons plus spacieuses et plus humaines, pour recevoir aussi bien les responsables de cette gabegie que la partie de la jeunesse gaspillée par eux et qui, sans doute, ne manquera pas de commettre à son tour bien des crimes, par défaut de sentiments et d’humanité, celle-ci étant la victime de ceux-là, qui se sont ainsi rendus coupables de rien moins que le crime des crimes. Heureusement que le soleil semble enfin s’être installé sur la ville : j’en avais grand besoin, pour me reconstituer. Je vais me baigner chez ma mère et passe des heures à ne penser à rien au bord de la piscine.
02:50 Publié dans 2008, Journal | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
Commentaires
Certains rap sont excellents: tape "Da Mystery Of Chess Boxin" sur youtube. les paroles sont pas mal en plus, mais faut comprendre l'argot US.
"Here I go, deep type flow...."
Ecrit par : iPidublue, old dirty bastard | 20/06/2008
Il faut aussi lire ce très bon article d'Alain BENTOLILA, professeur à l’université Paris-V René-Descartes, qui dresse un portrait terrifiant du système éducatif actuel.
http://www.liberation.fr/rebonds/321631.FR.php
Ecrit par : Racam | 20/06/2008
Mais heureusement Mr Bruley, vous êtes là pour y remédier, vous enseignez les lettres comme personne.
L’intransigeant
Vous dévorez ma vie dans un sourire espiègle,
Vous qui probablement fîtes aussi naguère
Ces fautes qui vous font me déclarer la guerre
Comme un vers affamé dans un silo de seigle ;
Au lieu de m’expliquer simplement quelques règles,
Vous déversez sur moi vos insultes grégaires
Dans un flot continu de plus en plus vulgaire…
Ô le piètre vautour qui se prend pour un aigle !
J’écrivais avant vous d’amour et de désir,
Seule vraie poésie, vous l’aurez bien compris ;
Le reste n’est qu’un jeu, au plus un mot d’esprit.
D’avoir tant étudié pour votre bon plaisir,
Outre un peu de rigueur, j’aurai surtout appris
Qu’on peut écrire aussi de haine et de mépris !
Ecrit par : david | 20/06/2008
Je ne parle pas l'anglais ni le dirty english prôné par Mister iPudu ! Tu as tout de suite noté la différence de nos styles respectifs, n'est-ce pas Olivier ? A moi la finesse de l'autocritique, à lui les gros sabots du contentement de soi ...
Ecrit par : iPidiblue maître Yoda | 20/06/2008
J'ai rencontré peu d'humains, même éduqués par cette école de la République que vous décriez, qui fissent leur besoins dans la rue coram populo : ils ne sont donc pas moins bien élevés que ne l'a été, par vous, ladite Pélagie. Quant aux enseignants de lettres, comme on disait déjà de mon temps qui précéda de beaucoup le vôtre, et que vous voulez incarcérer à Sainte-Pélagie, je n'en connais point qui enseignent le rap en lieu et place de Baudelaire, Molière ou Voltaire. La vérité est que la partie est trop rude pour être massivement gagnée, fût-ce par les plus intègres des hussards noirs, contre les jeux vidéo, le MP3, voire cet internet où vous brûlez votre temps. Le dessus du panier, toutefois, reste d'un bon niveau, tant grammatical que moral : vous-même n'êtes point si âgé, ce me semble, et pourriez tenir à beaucoup la dragée haute sur le premier chapitre.
Ecrit par : Arpad | 21/06/2008
Oui, voilà, c'est la faute à Internet ! Et moi qui croyais, imbécile que je suis, que la mauvaise qualité générale du Web était due à l'illettrisme des internautes, ce que je peux être bête, quand même ! Je vous invite à vous promener dans les rues de Mont-de-Marsan : on y voit souvent des hommes de tous les âges pisser en plein jour contre les murs ; la nuit, ils font des choses encore bien pires, que je préfère ne pas écrire. Je vous assure que ma chienne a plus d'humanité que vous : je ne l'ai jamais entendue me demander quand je serai guéri de moi-même, comme vous avez osé faire ailleurs, parce que j'avais écrit que j'étais enfin guéri de Nicandre. Comment donc peut-on se montrer aussi odieux en si peu de mots ? Même moi, je n'y arrive pas ! Je suis un homme d'une grande moralité, figurez-vous, seulement, ma morale n'est pas la vôtre. Par exemple, il ne me viendrait pas à l'esprit de vous demander si vous envisagez de vous guérir de vous-même ! Ma méchanceté, contrairement à la vôtre, est rarement gratuite. Au contraire, elle est purement morale. Mais comment pourriez-vous comprendre cela ? je vous soupçonne d'être un de ces "profs" pleins de bonne volonté. Prenez donc exemple sur ma chienne et taisez-vous. Ou bien allez parler à d'autres. Me guérir de moi me prend trop de temps et d'énergie pour que je puisse en plus m'occuper de me guérir de vous ! "Me guérir de moi" ! Et pourquoi pas m'ouvrir les veines, tant que vous y êtes ! Salaud.
Ecrit par : Olivier Bruley | 21/06/2008
"de plus en plus vulgaire…"
Ecrit par : david | 23/06/2008
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