18/06/2008

Merdredi 18 juin 2008

            Je croyais bêtement, je croyais sincèrement, quoique en dépit de tout bon sens, être guéri de cette phobie sociale qui m’a gâché la vie pendant tant d’années. Je m’étais seulement habitué à une existence entièrement réglée pour ne pas avoir à revivre les nombreuses situations qui m’étaient et qui me sont encore insupportables. Vendredi soir, dans cette discothèque, je me suis retrouvé comme dans les pires années de mon adolescence, quand même aller dans une bibliothèque publique était un supplice : parce que le silence y était de rigueur, j’osais à peine respirer, ou même déglutir, persuadé que tout le monde me regardait et m’entendait être là, dans ce corps incontrôlable et figé. Mais c’est bien à cause de cette névrose phobique que je n’ai toujours pas de travail aujourd’hui, que je n’ai plus d’amis ni d’avenir. Paradoxalement, c’est aussi grâce à elle que, sans travail, je jouis de toute cette liberté, de tout ce temps libre et si mal employé. C’est à cause d’elle, surtout, que les plus beaux garçons m’échappent. Nicandre m’a rapporté les pensées qui se cachaient sous les sourires que me faisaient ses amis, vendredi soir, et les jugements qui ont été portés sur moi après mon départ : j’ai fait très mauvaise impression, comme je m’y attendais. A présent, j’imagine que je me sens dans le même état qu’un obèse ou qu’un bègue dont on aurait cruellement moqué la disgrâce, ou que ces garçons à qui je dis que je ne veux pas coucher avec eux, seulement parce qu’ils sont circoncis. (Et j’ai sans doute tort d’agir ainsi, car Nicandre, qui ne m’avait rien dit, se trouve justement l’être. Cette imperfection de son corps vient comme s’ajouter au tatouage qu’il a sur la hanche gauche ou aux deux piercings qu’il porte aux coins des lèvres et qui, de loin, lui donnent l’air d’un vampire : ces petites laideurs rehaussent l’éclat de sa beauté.) Que vais-je faire, maintenant que je sais que je n’ai pas changé, que je suis le même qu’à quinze ans ? Depuis lors, quinze années n’ont pas été vécues. De l’adolescence et du premier âge adulte, je n’ai connu que les peurs et les angoisses, exacerbées par la névrose. Esteban me dit que déjà le démon de midi s’est emparé de moi, qui me fait courir les garçons : comme si je voulais vivre aujourd’hui les joies et les bonheurs d’un âge que je n’ai pas su quitter, faute d’en avoir épuisé toutes les ressources.

Commentaires

Je suis persuadé que ca ira mieux avec le temps.

Ecrit par : iPidublue, aie confiance en toi ! | 19/06/2008

Tiens Maître Yfig !

Ecrit par : iPidiblue maître Yoda | 19/06/2008

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