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14/06/2008

Samedi 14 juin 2008

            Les amis de Nicandre sont plutôt gentils : leur violence et leur méchanceté ne sont que celles de l’époque. Je les ai suivis jusque dans une discothèque, lieu que ma phobie sociale me fait tout particulièrement détester. Je leur avais expliqué plus tôt en quoi consistait ce genre de phobie, mais une fois que nous fûmes dans la discothèque, ils venaient tous me dire, à tour de rôle, de ne pas ‘‘me prendre la tête’’ et de m’amuser comme eux. Je leur avais parlé de phobie, ils me répondaient ‘‘prise de tête’’ ; c’est dire si la qualité d’écoute est grande chez ces gens. Les pédés qui ne veulent pas qu’on leur ‘‘prenne la tête’’ me sont toujours un peu suspects. Je ne peux m’empêcher de me faire à chaque fois cette réflexion qu’ils n’acceptent sans doute de se faire prendre que le cul ! Mais c’est moi qui étais le véritable suspect : Homo festivus est un véritable tyran, qui ne tolère pas qu’on ne s’amuse pas avec lui. Il incitera toujours le rabat-joie à faire la fête avec les autres, contre son gré, et sans se soucier du malaise ou de l’angoisse qu’il cause à sa victime. D’un autre côté, il est vrai que je n’étais pas obligé de suivre la troupe des fêtards… J’ai demandé à Nicandre s’il voulait passer avec moi la journée du solstice d’été, le jour le plus long. J’ai toujours désiré être accompagné d’un joli garçon pour cette belle occasion. Il m’a répondu qu’il ne pouvait pas, parce que c’était la fête de la musique, et qu’il voulait écouter chanter sa nièce, sur la place du commissariat. « Ah oui ? Et que chantera-t-elle, ta nièce ? – Du rap avec son copain. – Ah ! Parce que tu appelles ça chanter ! » (Je considère désormais Jack Lang comme un ennemi personnel.) C’est cela que j’appelle la méchanceté et la violence de l’époque. Une des filles à qui j’ai été présenté m’a répondu : « C’est donc toi, Olivier ! », ce qui pourrait vouloir dire que je suis assez important aux yeux de Nicandre pour qu’il ait parlé de moi à ses amis. Mais le fait qu’il ait répondu, quand je l’ai invité, qu’il ne pouvait pas passer la journée du solstice avec moi montre plutôt qu’il ne tient pas beaucoup à me faire une place dans sa vie, car je ne vois pas en quoi le fait d’assister à cette farce de fête de la musique est incompatible avec le fait de demeurer avec moi. Je suis bien allé dans une discothèque pour Nicandre, alors pourquoi pas à la fête de la musique ? Sans doute Nicandre a-t-il parlé de moi en mal à ses amis, car celui chez qui se passait le début de la soirée d’hier m’a tout à coup demandé s’il pouvait mettre les pieds dans le plat : « Ce n’est pas bien, a-t-il dit, d’avoir menti sur ton âge. – Oui, a poursuivi Nicandre, surtout que tu n’as pas à avoir honte, puisque tu fais plus jeune… » Comme si j’avais honte de mon âge ! Mais tout à mal commencé avec Nicandre. J’avais menti sur mon âge, sur le site où je l’ai rencontré, parce que, quelque temps plus tôt, je voulais coucher avec une personne qui ne s’intéressait qu’aux garçons ayant entre dix-huit et vingt-huit ans. Je m’étais dit que, pour une partie de jambes en l’air, je pouvais bien mentir sur mon âge à quelqu’un qui n’y verrait que du feu. Ensuite, ayant constaté que mon nouvel âge m’attirait beaucoup plus de prétendants, j’ai décidé de rester aussi jeune que j’en ai l’air, non pas dans mon propre intérêt, mais en pensant à celui de mon prochain qui, parce qu’il est trop soumis à la tyrannie du ‘‘jeunisme’’, risquerait bêtement de passer à côté de moi ! J’ai donc fait la connaissance de Nicandre en étant censé avoir vingt-cinq ans. Après, je n’ai plus su comment lui dire la vérité. Il est si susceptible, si tracassier… Et puis je savais qu’il avait compris que je lui avais menti, parce que le soir où nous avons couché ensemble, l’ivresse m’ayant rendu moins vigilent, je m’étais laissé aller à parler de l’année de mes vingt-huit ans, je ne sais plus à quel sujet. « Comment, m’avait-il dit, tu n’as donc pas vingt-cinq ans ? – Ah ! Euh… Je ne sais plus… Quel âge t’ai-je dit que j’avais, déjà, je ne dis jamais le même d’une rencontre à l’autre. » Mon mensonge, alors, n’avait pas eu l’air de le déranger. Mais Nicandre semble avoir décidé de me torturer. C’est pourquoi il m’a reparlé de mes faux vingt-cinq ans, il y a quelques jours, quand une connaissance que nous avons en commun lui a appris quel âge j’avais vraiment. Cette connaissance commune n’est autre que le ‘‘plan’’ dont je parlais tout à l’heure, celui qui ne s’intéressait qu’aux garçons ayant entre dix-huit et vingt-huit ans, et qui est d’ailleurs le frère de mon ancien voisin, qui avait pissé depuis sa fenêtre sur les vitres de ma véranda. Mont-de-Marsan n’est décidément pas bien grand ! Nous avions sympathisé, ce garçon et moi, et couché ensemble à plusieurs autres occasions. Je lui avais vite dit que j’avais en réalité trente-deux ans. Apprenant cela, Nicandre m’a donc téléphoné, uniquement pour le plaisir de me faire savoir qu’il avait découvert quelque chose que, pourtant, je ne cachais pas beaucoup. Il voulait me faire passer pour un plus grand coupable que je n’étais vraiment. C’est un jeune chat qui s’amuse du moineau qu’il n’a qu’à moitié tué. Il ne daigne pas mettre un terme aux souffrances qu’il inflige (en rompant, par exemple, mais il est vrai que nous ne sommes pas vraiment ensemble). Il joue. C’est le moment de raconter l’horrible mauvais tour qu’il ma fait l’autre jour, que je ne voulais pas rapporter dans ce journal. Nous avions eu une conversation difficile sur le fait que j’aie osé lui demander si je n’avais été pour lui qu’un vulgaire ‘‘plan cul’’, ce qu’il avait très mal pris, ne comprenant pas que je puisse le soupçonner d’avoir si peu de considération pour moi, alors qu’il continuait de me parler, même après nos ébats, ce qu’il ne faisait pas habituellement avec des ‘‘plans cul’’, qui étaient d’ailleurs fort rares et vite oubliés. Je me sentais profondément désespéré de m’y prendre si mal avec Nicandre et de le voir toujours réagir avec tant de cruauté. Par faiblesse, par habitude, par bêtise, je me suis mis à la recherche d’un autre garçon, sur le même site Internet, uniquement dans l’espoir d’être un peu consolé. C’était d’autant plus idiot que je n’aurais pas été en état de rien faire de sexuel, ayant eu rendez-vous dans la matinée chez le dentiste, pour un détartrage au cours duquel mes pauvres gencives avaient été blessées : j’avais mal et ma bouche était une plaie ouverte ! Malgré cela, j’ai chatté pendant un petit moment avec un certain Maxime, qui a fini par me donner rendez-vous devant le lycée Duruy, non loin de ma future maison. Ce Maxime n’est jamais venu à notre rendez-vous, comme il arrive assez souvent. Un peu plus tard, Nicandre s’est de nouveau connecté à MSN et s’est mis à me parler gentiment, pendant un petit moment, après quoi nous sommes allés nous coucher. Le lendemain, nous eûmes lui et moi une nouvelle conversation, très pénible, sur le sujet qui l’avait déjà rendu si furieux. Nicandre me faisait reproches sur reproches, jusqu’à ce qu’il me dise tout à coup qu’il m’avait fait passer un test, la veille, que je n’avais pas réussi. (C’est la grande affaire de Nicandre : il prétend tester les gens à leur insu, pour mieux les connaître…) « Un test ? Mais quand ça ? Je ne me suis rendu compte de rien… » Et Nicandre de répondre : « Maxime, ça te dit quelque chose ? » J’avais été piégé. S’étant fait passer pour un autre, il avait de nouveaux reproches à me faire. Je n’avais pas compris que nous nous étions déjà jurés fidélité, puisque nous n’étions pas encore vraiment ‘‘ensemble’’, faute d’une réelle volonté de sa part. Mais il affectait d’être profondément blessé (et peut-être l’était-il vraiment) de me voir chercher des ‘‘plans’’ alors que je prétendais le désirer lui. Mais c’est moi qui étais le plus blessé de nous deux. Lors de la gentille conversation que nous avions eue avant de nous coucher, la veille, et qui m’avait fait tant plaisir, Nicandre était en réalité venu mesurer l’étendue de ma fourberie : il m’écoutait lui parler comme si de rien n’était, alors qu’il savait que je rentrais d’un rendez-vous raté avec une personne qui n’était pas censée être lui. Il faut être un monstre pour se jouer à ce point de quelqu’un pour qui l’on prétend avoir de la considération ! Mais c’était aussi une belle leçon. D’ailleurs, je suis sûr que mes lecteurs se diront qu’en me comportant aussi mal, j’ai bien mérité de subir la vengeance de Nicandre. Comme on voit, je ne suis pas très doué pour la duplicité. Je me laisse prendre facilement, parce que je ne me cache pas sérieusement. Peut-être Nicandre avait-il raison d’attendre une plus grande fidélité de la part du prétendant que je dis être. Mais aussi, qu’est-ce que c’est que cette jeunesse qui boit, qui se drogue, qui fréquente les discothèques et qui veut des prétendants exemplaires ? Et Nicandre dit lui-même qu’il recherche des ‘‘plans’’, parfois, même si c’est sans doute pour me blesser encore un peu davantage. Et d’ailleurs, comment donc a-t-il pu rencontrer mon délateur, si ce n’est à l’occasion d’un ‘‘plan’’ ? Cette fiente parmi les fiottes, qui a été le ‘‘plan’’ de tous les ‘‘plans’’, s’est tellement fait élargir le cul que c’est à peine si j’en touche les bords, moi qui n’ai pourtant pas à me plaindre des proportions qu’a voulu me donner la nature, cela dit en toute modestie ! Nicandre m’a profondément blessé. Il se comporte très mal avec moi. Pourquoi donc ai-je besoin de parler de lui, alors qu’il ne pense probablement pas à moi, en ce moment ? C’est à peine s’il m’a adressé la parole plus de deux fois hier soir et cette nuit. Quand je me suis retrouvé seul dans mon lit, ce matin, blessé, épuisé, désespéré, je me suis mis à pleurer, pour la première fois depuis longtemps. Je ne savais plus comment il fallait faire. J’avais mis les mains sur mon visage (pour le cacher à qui ?), et les larmes coulaient entre mes doigts. C’était si difficile qu’on aurait pu croire que je riais. Il me semble que j’essaie de tourner une page, depuis quelque temps. Tout le problème est que je ne sais pas exactement quelle est la page que je veux tourner. Et d’ailleurs, depuis quand exactement le veux-je ? Est-ce depuis que je sais que la venue d’Esteban est devenue fort improbable ? Depuis que je dois bientôt vivre dans un nouvel endroit ? Depuis la mort de Dominique Autié ? J’ai voulu trouver quelqu’un à aimer pour ne pas avoir à regarder la mort en face. Mais je me demande si, en tombant sur un Nicandre, et en m’attachant à lui, je ne cherchais pas à me donner de nouvelles chances de faire venir les larmes à mes yeux toujours si secs. Pleurer est une purge. Mais je n’ai pas encore le sentiment d’être assez purgé. Je n’ai pas réussi à pleurer totalement. Je me sens vraiment très mal.

Commentaires

Vous passez par tous les affres de l’amour comme c’est le cas quand l’amour n’est pas assuré de son objet. Cela me rappelle le cas du jeune Vladimir Pétrovith, héros du "Premier Amour" d'Ivan Tourgueniev. Aussi, je ne puis que citer à propos ce conseil que le père de Vladimir lui donna un jour :« Prends ce que tu peux, mais ne te laisse jamais prendre ; ne s’appartenir qu’à soi-même, être son propre maître, voilà tout le secret de la vie ».

Ecrit par : Racam | 15/06/2008

Et le 21 juin c'est la Fete de la musique ! Tiens toi pret !

Ecrit par : iPidublue, fetard invétéré | 15/06/2008

"fiente parmi les fiottes, qui a été le ‘‘plan’’ de tous les ‘‘plans’’" , je ne cite pas le reste !

C'est comme cela qu'on parle des petits camarades ? Ce n'est pas très galant ...

Ecrit par : iPidiblue et les rets de la gloire | 15/06/2008

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