10/06/2008
Lundi 9 juin 2008
J’ai reçu cet après-midi la visite de Laurent, qu’accompagnait son nouveau petit ami, un Chinois de Macao, qui ne parlait que l’anglais et le cantonnais, comme ma grand-mère. Nous avons dîné ensemble. J’ai voulu inviter Nicandre à se joindre à nous, qui m’a répondu qu’il était nourri, pour reprendre l’expression qui avait tant impressionné la famille de Renaud Camus. Après le dîner, l’ami a joué avec la chienne Pélagie pendant que Laurent le dévorait des yeux. Au moment de partir, ce dernier à voulu m’embrasser sur la bouche, ce qui m’a paru très déplacé, surtout devant l’autre garçon. Je suis ensuite allé retrouver Nicandre sur MSN, qui m’a dit qu’il avait faim et voulait se préparer quelque chose à manger. « Comment ? Mais je croyais que tu avais déjà dîné. – J’ai bien dîné, mais j’ai encore faim. – Est-ce que je peux venir te tenir compagnie ? J’aimerais voir le lieu où tu vis. Je peux t’apporter des crêpes de ma mère, si tu veux. – Non, je n’ai pas besoin de crêpes. C’est des cigarettes qu’il me faut. Dommage que les bureaux de tabac soient fermés. – Mais non ! Je suis sûr que je vais pouvoir te trouver des cigarettes ! Si j’en trouve, me laisseras-tu venir ? – Oui, mais tu n’en trouveras pas. – Mais si j’en trouve malgré tout, tiendras-tu parole ? – Oui. » J’en ai trouvé bien sûr, dans le bar le plus mal famé de la ville, où toute la gitanerie locale semblait s’être donné rendez-vous. J’ai donc retrouvé Nicandre chez lui, dans sa tenue de sport, qu’il avait remise à la hâte avant mon arrivée. Il ne s’était pas non plus douché depuis ses exercices de musculation de l’après-midi. Il était plus beau que la dernière fois, parce que moins apprêté, sans autre parfum que celui de sa légère sueur. La peau de ses fins bras était légèrement collante lorsque j’y passais la main. J’ai pu voir la couleur naturelle de ses cheveux, sans gel, plus clairs. Il m’a fait voir le blogue de l’ami chez qui nous devons aller vendredi. C’est un de ces Skyblogs hideux où l’on ne trouve que des photos des fêtes auxquelles participent la bande d’amis de l’auteur. Pauvre de moi ! Que je suis malheureux d’être tombé, peut-être pas encore amoureux, mais déjà si bas ! Nicandre volette autour de moi comme un bel oiseau sans cervelle, en me regardant toujours d’un peu trop haut. D’habitude, c’est moi qui ai de ces regards. Je ne me suis jamais senti plus à la merci d’un garçon depuis Augustin. Nicandre est un cruel, qui veut faire croire qu’il n’a pas de cœur, de ce cœur qui s’emballe à chacune de ses crises de panique ! Sa seule passion semble être d’emporter la victoire sur les cœurs des autres, sur le mien, en ce moment. C’est un vainqueur impitoyable. Je me suis retrouvé tout à l’heure agenouillé devant lui, ma main touchant ses genoux, à lui demander, d’une voix implorante, de me répondre franchement, pour en avoir le cœur net : n’avais-je été pour lui qu’un vulgaire ‘‘plan’’, l’autre nuit ? « Non », a-t-il évidemment répondu, c’est-à-dire ce que je voulais entendre, pour me soumettre davantage encore, par l’espoir. J’aurais fait de même, à sa place. Je l’ai déjà fait si souvent… Mais quelque chose m’émeut dans ce méchant petit guerrier, cet Eros inflexible, amusé. Voir son misérable logis m’a bouleversé. Je sais qu’il y a des larmes, profondément enfouies sous les roches de son apparence. Je voudrais être le sourcier de Nicandre. Et le peu qu’il m’a déjà donné est un tel nectar. Il y a eu ce moment, chez moi, où la main de Nicandre, que je caressais, s’est lentement animée, pour saisir la mienne. Et plus tard, dans l’obscurité de ma chambre, une ou deux gouttes de lait, légèrement plus tièdes que ma joue…
02:14 Publié dans 2008, Journal | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
Commentaires
Attention, les chinetoques en ont une toute petite !
Cordialement.
Ecrit par : iPidublue, préfère prévenir. | 10/06/2008
Il parle cantonais, mais est-ce qu'il rit cantonais ?
Ecrit par : Hasdrubal Chapougnac | 10/06/2008
Olivier est un délicat, il lui en faut peu dans le bouche ...
Ecrit par : iPidiblue mandarin exquis | 10/06/2008
"Je sais qu’il y a des larmes, profondément enfouies sous les roches de son apparence. Je voudrais être le sourcier de Nicandre. Et le peu qu’il m’a déjà donné est un tel nectar."
Je donnerais beaucoup pour avoir votre talent. Me permettez-vous de vous citer dans ma prochaine lettre d'amour à mon Nicandre ?
Ecrit par : Racam | 10/06/2008
C'est vrai que ces lignes sont belles. Et c'est vrai que les Skyblogs sont hideux. Encore un texte que j'ai pris beaucoup de plaisir à lire.
Ecrit par : czyk | 10/06/2008
Citez autant que vous voudrez, cher Racam, d'autant que d'autres l'ont sûrement dit avant moi. Sunt lacrima rerum disait déjà Virgile. Tout est dit, disait La Bruyère.
Ecrit par : Olivier Bruley | 11/06/2008
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