31/05/2008

Vendredi 30 mai 2008

            J’ai appris aujourd’hui la mort de Dominique Autié. Hier encore, ou avant-hier, ayant fait tomber un livre en voulant en attraper un autre, je me suis dit : « Ah ! Si Dominique Autié me voyait ! ». Depuis que j’avais lu dans son blogue qu’il s’étonnait qu’il y ait des gens qui, étant généralement capables de prendre garde qu’un pot de confiture ne leur échappe des mains et n’aille se biser par terre, n’aient pas autant de précautions pour les livres, j’avais pris l’habitude de dire ou penser cette petite phrase quand il m’arrivait (car cela m’arrive) de maltraiter ainsi quelque volume un peu trop négligemment saisi. En réalité, les yeux de Dominique Autié s’étaient refermés dans la nuit de lundi à mardi dernier, comme j’ai pu lire dans le courriel que j’ai reçu tout à l’heure. Je n’avais plus de nouvelles depuis environ une quinzaine de jours suivant celui où il m’avait annoncé qu’il était probablement malade. Il n’avait pas encore les résultats des examens qu’il venait de subir, à ce moment-là, mais n’était guère optimiste. Je lui avais écrit deux fois par la suite, pour lui demander des nouvelles de son état, sans recevoir de réponse. Nous nous étions aperçus à plusieurs reprises, depuis que nous correspondions, que certains de nos courriels, à lui comme à moi, se perdaient tout bonnement dans l’immensité de la Toile sans jamais nous parvenir. Je me dis que, peut-être, un message de lui répondant à mes deux derniers s’est perdu, lui aussi, et que, suivant ma lamentable pente de procrastinateur invétéré, j’ai trop tardé à lui en envoyer un troisième, pour lui demander si, par hasard, il n’avait pas répondu aux deux précédents ; si bien qu’il a peut-être cru que j’avais négligé de répondre à une lettre qu’il ne savait pas qui ne m’était jamais parvenue. Comment ai-je pu à ce point tarder à lui faire signe, alors que j’étais sûr que quelque chose n’allait pas, à cause de l’inhabituelle irrégularité avec laquelle il publiait ses textes dans son blogue, depuis quelque temps, à cause surtout de son silence depuis le 8 mai ? Je me sens impardonnable. C’est étrange comme parfois le hasard semble se rejoindre : un accident informatique survenu il y a quelques jours, mais aussi la mauvaise tenue de mes archives et la négligence de leur sauvegarde, ont fait que j’ai perdu presque toute trace de notre correspondance. Je crois que je peux dire, un peu comme fait Juan Asensio dans son blogue, que je viens de perdre l’un de mes amis les plus chers, bien que nous ne nous soyons rencontrés qu’une fois lui et moi : c’était lors de mon passage à Toulouse pour l’inauguration de la ligne B du métro. J’étais d’ailleurs très mal accompagné ce jour-là, et s’ajoute à ma peine la pensée que Dominique Autié ne m’aura vu qu’encombré d’un garçon bête et laid. Il m’avait d’ailleurs écrit ensuite que le silence dudit garçon l’avait impressionné. Il avait cru y reconnaître une grande capacité d’écoute. J’avais dû le détromper. Ce silence n’était dû qu’à la prudente bêtise d’un psy, faux et froid, occupé sans doute à nous analyser pendant que nous parlions ! Nous avions bu du café, de ce café dont Dominique Autié faisait, je crois, une grande consommation, pour tenir le coup durant les heures qu’il passait assis à sa table de bureau, derrière l’écran de son ordinateur. Il me reste de lui quelques-uns de ses livres, qu’il m’avait offerts lors de ma venue à Toulouse, un exemplaire de La Couronne et la Lyre dans la collection blanche, recouvert de papier cristal et entre les pages duquel est glissée une feuille pliée en deux et pour moi pleine de mystère. S’agit-il simplement de l’une de ces pages sorties de son imprimante, mais comportant une faute, et dont il se servait pour prendre les notes que lui inspiraient sa lecture ? Ou est-ce une espèce d’ex-libris volant ? Le texte reproduit la page de titre de sa Galère espagnole, sous-titrée Bibliotheca Familiaris, avec le nom de Dominique Autié et la date de 1996 (alors que La Galère espagnole a été publié en 1998). Cet étrange 1996 pourrait être l’erreur qui avait fait écarter la feuille ; ou signifie-t-il autre chose, ayant un rapport avec le classement du livre dans la bibliothèque d’où il avait été tiré ? C’est d’autant moins probable que l’ouvrage ayant été trouvé chez un libraire d’anciens avait été acquis spécialement pour moi, pour m’être offert, et n’avait donc probablement jamais été rangé dans la bibliothèque de Dominique Autié. Sans doute ce feuillet s’est-il tout simplement retrouvé par erreur dans mon livre. Je n’ai jamais osé poser à la question à Dominique Autié : j’avais peur de passer pour un imbécile ! Il me reste enfin sa voix, enregistrée sur un CD, lisant la Présentation à Gargas de l’Homme-aux-liens. Dominique Autié ayant bien voulu publier dans L’ordinaire et le propre des livres deux textes de moi me présentait dans l’index de son blogue comme un écrivain : c’était me faire beaucoup d’honneur. (Je me suis parfois demandé si l’espèce de bienveillance qu’il avait pour moi ne s’expliquait pas par le fait que je portais le même prénom que son frère cadet, homosexuel lui aussi, mort mystérieusement écrasé par un train.) C’est lui qui m’avait conseillé de me ‘‘porter volontaire’’ pour ne pas être publié dans le numéro de la  Presse Littéraire consacré aux écrivains infréquentables lorsque Juan Asensio s’était trouvé à court de place. Dominique Autié ne savait sans doute pas qu’il était devenu pour moi une espèce de père spirituel, si l’expression ne fait pas trop sourire. Disons plutôt : un exemple à suivre. Je me sens très triste, ce soir.

Commentaires

Adieu l'ami. (pour vous qui etes athées, il n'y a pas grand chose à dire d'un deuil, mais c'est ainsi. Bon néant, si j'osais).

Ecrit par : iPidublue, toujours premier | 31/05/2008

Olivier le bon Dieu s'est encore trompé de personne : il voulait nous débarrasser d'iPidublue et il a envoyé le crabe à Dominique Autié ...

Ecrit par : iPidiblue Jack in the Box | 31/05/2008

Belle note, Olivier.
Amitiés.

Ecrit par : Stalker | 31/05/2008

Que Gandhi et toutes les vaches sacrées du Prophète (que la paix soit sur Lui) l'accueille. Cordialement. RC

Ecrit par : Renaud Cammus | 31/05/2008

Tu n'es plus le seul à rendre hommage à Dominique Autié, voici Patrice Beray qui fait de même :

http://www.mediapart.fr/club/blog/patrice-beray/310508/des-vivres-pour-dominique-autie

Ecrit par : iPidiblue marche funèbre | 02/06/2008

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