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28/05/2008
Mardi 27 mai 2008
Le voyage en Grèce que nous voulions faire ensemble, Esteban et moi, tombe à l’eau. La somme d’argent que devait lui donner le plus gentil de ses frères lui sera finalement versée en deux fois, et trop tard de toute façon… A partir d’une certaine date, il se trouve que les prix des billets d’avion sont doublés : faute de moyens suffisants, Esteban se retrouve donc littéralement coincé sur sa maudite île paradisiaque ! Il me dit que c’est sans doute à cause de la mauvaise influence de son plus méchant frère (le bourgeois, comme il l’appelle) que le gentil (l’entomologiste) a pris cette décision catastrophique pour nous. Pire, il commence à croire que le bourgeois a tout bonnement détourné à son seul profit les parts de toutes la fratrie dans la vente d’un bien qui devait servir à financer notre installation aux Canaries. Si je n’avais pas la perspective d’emménager dans une nouvelle maison, dont il me faut concevoir la décoration, qui occupe à peu près toutes mes frivoles pensées, je serais effondré. C’est le désœuvrement de l’attente où je suis réduit, cette mort avant la mort, c’est le désespoir, qui m’ont fait acheter cette maison, autant que l’intolérable promiscuité de mon actuel voisinage. C’est encore l’ennui, ou plutôt la peur de ne pas vivre assez, qui me fait baiser plus qu’autrefois. On ne peut savoir l’heure de sa mort. Et si elle survenait avant qu’on ait eu le temps de baiser autant qu’on aurait pu ! Déjà, je me rends compte, malgré la fraîcheur que m’ont conservé le sommeil (auquel je me livre sans retenue) et la chance de n’avoir jamais vraiment travaillé de ma vie (pourvu que ça dure !), déjà, je vois qu’il n’est pas toujours possible de cueillir les plus jolies fleurs qui s’offrent à mes yeux mais se refusent à mes mains. C’est d’autant plus frustrant que j’ai la conviction que ces garçons qui m’échappent y perdent plus encore que moi, cela dit en toute modestie. Je ne voudrais pas passer, comme ils font, à côté de garçons qui, peut-être, recèlent plus de trésors qu’ils semblent en promettre. « On hasarde de perdre à vouloir trop gagner. » C’est pourquoi, dans le doute, je me laisse parfois connaître à des hommes qui sont loin d’être à mon goût, même à des gros ! Il est vrai que je suis souvent déçu. Esteban y voit du vice ! C’est la même espèce de sentiment qui m’a convaincu d’acheter la maison lorsque je me demandais si je n’étais pas un peu trop l’esclave de mes caprices. Je me suis dit que je ne voulais pas courir le risque de mourir, demain ou dans un an (qui sait ?), sans avoir réalisé, ou du moins sans avoir éprouvé la satisfaction que serait réalisé dans quelques mois un désir dont j’ai les moyens, ou même dont quelqu’un qui m’aime (ma mère, par exemple) a les moyens à ma place ! Ç’aurait été une folie. C’est pour cette même raison que je ne me résous pas à renoncer à Esteban, dont les promesses, qui n’en sont pas vraiment, sont toujours remises aux calendes grecques. Je ne puis m’empêcher de penser qu’on ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve. Peut-être Esteban sera-t-il un jour vraiment revenu de sa mauvaise passe. Et peut-être, alors… Mais en attendant, je ne peux pas me permettre de tout arrêter, moi qui vis déjà si peu, comme ne manquerait pas de me faire remarquer Pierre Driout. Le risque est trop grand de ne pas épuiser mon lot. C’est pourquoi je cueille et papillonne, pour me rendre compte, après coup, que c’est sur moi qu’on a papillonné, que c’est moi qu’on a cueilli, humé, puis laissé tomber par terre. Mon problème, j’en parlais récemment avec un internaute du site de pédés habituel, qui me confiait avoir le même défaut, c’est que je ne suis pas quelqu’un d’attachant. Peut-être cela s’explique-t-il d’ailleurs par le fait que, moi-même, je ne m’attache pas facilement. Même Esteban ne me trouve pas attachant. Il faut dire qu’il est le mieux placé pour savoir à quel point je ne le suis effectivement pas ! (Il est attaché à moi, bien sûr, mais à un moi que je ne veux pas connaître, que je ne reconnais pas, que je ne veux pas être et qui, en un sens, et pour ces raisons, n’est pas moi ; exactement comme je suis attaché à lui pour des raisons qui lui déplaisent et qui ne sont pas celles qu’il aurait voulues. J’imagine que lui non plus, il ne voudrait pas, à cause de mes défauts, qui sont très nombreux, à l’en croire, passer à côté de ce que je puis offrir, qui m’échappe totalement, je dois dire, mais qu’il a su trouver, apparemment, et dont il semble même se satisfaire.) L’un de mes ‘‘plans’’ réguliers m’envoyait hier encore ce SMS : « Je n’ai pas envie de toi ce soir. » En voilà un qui n’est pas très attaché, je pense. (A moi aussi il arrive d’avoir très envie d’une pizza, et pas du tout d’un hamburger…) Je suis toujours étonné de voir comme certains garçons se donnent entièrement pour disparaître ensuite sans plus jamais donner de nouvelles. On m’objectera que c’est précisément parce qu’ils disparaissent aussitôt qu’ils osent se livrer ainsi. Peut-être. Mais moi, cela me surprend toujours. Je repense par exemple à ce petit étudiant, beau comme un pompier volontaire (c’en était un !), qui s’est donné à moi il y a quelques jours avec une passion fort inattendue. Ses baisers étaient si intenses qu’à un moment, nos bouches, en se séparant, se sont trouvées reliées par un long filet de salive, comme le spaghetti de La Belle et le Clochard ! « ‘‘C’était romantique…’’ » Eh bien ! Je n’ai plus eu aucune nouvelle de ce garçon, qui avait pourtant l’air proprement désespéré, et faisait l’amour comme si c’était la dernière fois pour lui. Mais je m’avise maintenant que c’était bien la dernière fois, en effet : la première et la dernière fois avec moi. C’est bien triste.
01:23 Publié dans 2008, Journal | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Commentaires
Si, si, il est possible de connaitre l'heure de sa mort. Réfléchis.
Ecrit par : iPidublue, toujours de bon conseil | 28/05/2008
Il est con iPidublue ...
Bon, c'est pas le tout de faire du social dans le lit mon petit Olivier, mais le vaste monde t'attend, quand est-ce qu'on te présente à la Cour ?
Ecrit par : iPidiblue Office de Ténèbres | 28/05/2008
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