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29/04/2008
Lundi 28 avril 2008
Il est arrivé en courant, hier soir, et tout effrayé, parce que son voisin, qui rentrait en voiture de je ne sais où, avait failli le surprendre au moment où il venait me rejoindre à notre point de rendez-vous. « Crois-tu vraiment que ton voisin irait te dénoncer à ta mère ? – Mais oui, bien sûr qu’il le ferait, ce n’est pas seulement un voisin, c’est comme un deuxième père ! Je ne vais pas pouvoir rester très longtemps. Imagine que le voisin m’ait vraiment vu et que ma mère soit maintenant partie à ma recherche. En plus, elle ne peut pas m’appeler sur mon téléphone portable, puisqu’il ne marche plus. Si ça se trouve, elle a prévenu la police et les recherches sont déjà lancées. – Mais non, ne t’inquiète pas. Même si elle a prévenu la police, il est encore trop tôt pour qu’on lance des recherches. Si tu avais cinq ans, peut-être qu’on te chercherait dès à présent, mais maintenant, tu es un grand garçon, tu sais. Moi, à ton âge, quand j’ai fugué, personne ne m’a cherché. On a d’abord attendu de voir si je rentrais tout seul, ce que j’ai fini par faire ! Mais rassure-moi, ta mère n’appellerait pas la police, quand même ? – Bah… je ne sais pas. Peut-être… – Mais si jamais on t’interroge, pour savoir où tu étais passé, et que tu finis par révéler que tu étais avec moi… Je vais avoir des ennuis ! On va m’accuser de détournement de mineurs et je serai jeté en prison ! – Mais non, ne t’inquiète pas, je ne dirai rien. » Plus tard : « Bon, il va falloir qu’on y aille, Olivier. – Oh ! Non ! Pas déjà ! – Mais si, il le faut. Si ça se trouve, ma mère est en train de me chercher. – Mais si elle s’est rendue compte de ton absence, on n’est plus à une heure près ! Le résultat sera le même. – Non, ne dis pas ça. Si elle s’est rendue compte de quelque chose, on ne pourra pas se revoir tous les deux. Je ne me sens plus tranquille, j’ai peur maintenant. » « J’ai peur maintenant » : qui n’a pas tenu dans ses bras un garçon qui a peur maintenant ne sait pas vraiment ce que c’est que jouir de l’instant, fragile, impossible, interdit. Qui n’a pas entendu de garçon faire si naturellement l’aveu de sa peur de ne plus appartenir n’a jamais vraiment possédé. « J’ai peur maintenant » : c’était la voix d’un enfant ! D’ailleurs, quand il s’est souvenu que je lui avais promis, la dernière fois, qu’il pourrait encore conduire ma voiture, sa peur s’est envolée. « Ah ! Tu n’es plus si pressé de rentrer, maintenant ! » Cette fois, je l’ai laissé conduire tout le long du chemin, jusqu’à la route. « T’as vu, Olivier, s’écriait-il, je me débrouille, hein ? T’as vu ? » A l’évidence, il aime les hommes pour les mêmes raisons que moi. Je suis homosexuel, parce que j’ai manqué d’un père. Je suis pédéraste, parce que j’ai manqué d’un frère. Il est mon éromène, parce que je manque à présent d’un fils. Il voulait que je revienne le voir ce soir, pour rattraper le temps perdu du week-end précédent et parce qu’il est en vacances. Mais il ne m’a pas laissé comme hier de message sur MSN, pour convenir de l’heure. Peut-être a-t-il été vraiment découvert et privé d’ordinateur ! Sur la route entre Bidache et Mont-de-Marsan, je conduis aussi lentement qu’il est possible, à l’aller comme au retour, pour économiser l’essence. Je ne suis pas loin de mettre deux heures pour parcourir les quatre-vingt-quinze et quelques kilomètres qui nous séparent l’un de l’autre ! Je me sers de cette durée pour me recueillir dans la nuit pleine de sa pensée et pour remonter le temps : je suis redevenu presque un adolescent quand j’arrive enfin près de ***-***, à qui je préfère rendre son nom dans ce journal.
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28/04/2008
Dimanche 27 avril 2008
« Oui, m’a-t-il répondu, viens, je serai là. »
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21/04/2008
Lundi 21 avril 2008
Après m’en être passé pendant tant d’années, j’ai fini par acheter, il y a quinze jours, mon tout premier téléphone portable. Il m’en fallait un pour pouvoir prévenir Emilien de mon arrivée dans son village quand je vais le voir. Pour notre première rencontre, j’avais emprunté celui de ma mère… Je ne pouvais donc pas décemment continuer ainsi. Il n’a fallu qu’un sourire pour qu’un garçon de dix-sept ans vienne à bout de mes derniers principes, auxquels il est vrai que je ne tenais pas tant que cela. Samedi après-midi, sur MSN, il m’a expliqué que je ne pourrais pas venir le soir, parce qu’il recevait chez lui des amis. Je lui ai répondu que je préférais venir le dimanche, de toute façon, où les gens se couchent tôt pour aller travailler le lendemain. Car, le samedi précédent, j’avais fait le trajet pour rien, à cause de ses voisines, qui avaient organisé une petite fête sur leur terrasse, devant laquelle Emilien devait nécessairement passer pour me rejoindre à notre lieu de rendez-vous. On l’aurait surpris et peut-être dénoncé à sa mère. Samedi dernier, je lui ai donc dit que j’aimais mieux venir le lendemain, c’est-à-dire hier dimanche. Je devais tout de même lui téléphoner avant de prendre la route, pour être sûr qu’il n’y avait pas d’empêchement de dernière minute. Après avoir composé son numéro de téléphone, j’ai entendu une voix féminine me dire qu’il n’était pas attribué ! Sur le moment, je ne me suis pas trop inquiété. Emilien m’avait déjà dit que sa mère n’avait pas payé son abonnement. Je me suis même fait cette réflexion que j’économiserais de l’essence. Puis je me suis mis à attendre un message d’Emilien, sur Internet, dans lequel il me dirait ce qu’il en était exactement. Evidemment, je n’avais toujours pas reçu ce message au moment d’aller me coucher. Entre temps, j’avais demandé à l’un de mes contacts MSN, qui connaît mieux que moi les téléphones portables, s’il était possible de faire croire uniquement à quelqu’un dont on ne veut plus avoir de nouvelles que son numéro est désormais hors service. Il m’a dit que c’était possible en effet et, bien sûr, je me suis immédiatement imaginé que c’était ce qu’Emilien avait fait avec moi ! Pourtant, la dernière fois que nous nous étions vus, il semblait très désireux de me revoir et de conduire encore ma voiture. Et puis il y avait quelque chose de si honnête et de si franc dans son regard et dans toute sa personne ! Est-il donc possible qu’un si doux, qu’un si gentil garçon ait déjà toute la lâcheté d’un homme pour me congédier de la sorte ? Finalement, le message m’est arrivé aujourd’hui. C’est bien son téléphone qui est hors service. Emilien dit qu’il essaiera d’arranger les choses avant la fin de la semaine. A moins qu’il ne soit plus fourbe encore que je ne l’ai imaginé et qu’il ne me fasse croire que son téléphone ne fonctionne pas le temps de ses vacances, parce qu’il logerait chez lui, par exemple, un camarade de classe, plus jeune, plus joli et donc plus désirable que moi. Si, comme je l’ai craint, Emilien m’avait ‘‘quitté’’ (je l’écris entre guillemets, parce qu’on ne peut pas vraiment dire que nous nous soyons engagé ni juré fidélité, grâce à quoi je ne me considère pas vraiment comme infidèle quand je rencontre d’autres garçons), si vraiment j’avais dû ne plus le revoir, je me rends compte que nous ne nous serions jamais trouvé debout côte à côte, nous qui ne nous connaissons qu’assis ou couchés dans ma voiture. Je sais qu’il est plus grand que moi de quelques centimètres et je n’aurais jamais connu la sensation que c’est d’être dominé en taille par cet être plus jeune, plus fin, plus léger, plus gracieux et moins grave que moi. Je regrette de l’avoir appelé dans ce journal Emilien, qui est bien l’un de ses prénoms, mais non pas celui, ceux, même, qu’il porte quotidiennement, car il s’agit d’un nom composé. Ce n’est pas Emilien que j’aime serrer dans mes bras, c’est ***-***. Ce n’est pas Ultraviolette que j’aime caresser, mais Pélagie. On s’attache aux mignons aussi vite qu’aux petits chiens. En un regard, ils vous font croire qu’ils sont à vous depuis toujours et vous n’imaginez plus la vie possible sans en être regardé ni sans pouvoir y porter la main. Car il faut être regardé pour exister, si ce n’est par Dieu, du moins par l’une de ses créatures. Il faut pouvoir toucher un être qui vous attache au monde pour tenir à la vie.
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14/04/2008
Dimanche 13 avril 2008
Je me suis fait mordre par un chien, cet après-midi, pendant ma distribution dominicale. La bête a tout de même déchiré mon pantalon et laissé à l’arrière de ma cuisse droite une petite croûte de sang dont je ne me suis aperçu que ce soir, si bien que je me demande s’il ne faudrait pas que j’aille me faire vacciner contre la rage. Je n’ai pas voulu faire trop d’histoires, parce que les maîtres de ce chien avaient l’air de gens comme il faut et se sont platement excusés, mais j’ai fait recoudre à la femme la partie déchirée de mon pantalon, pour pouvoir continuer ma distribution sans exposer mon fondement au monde. C’était un peu gênant de voir cette dame à genoux derrière moi, qui pouvait presque compter les poils de ma cuisse ! Quant au mari, il a insisté pour me donner 30 EUR, en remboursement du pantalon déchiré. Du temps de ma gloire, je n’aurais pas accepté, mais maintenant que je n’ai plus le sou, ni honneur, ni dignité, je me suis dit que cette somme paierait l’essence pour deux allers et retours entre Mont-de-Marsan et Bidache. Car j’ai fait hier le trajet pour rien ! Emilien n’a pas pu sortir de chez lui, à cause de ses voisines, qui donnaient une espèce de dîner sur leur terrasse, devant laquelle il devait nécessairement passer pour me rejoindre. Le garçon craignait que celles-ci ne rapportent à sa mère qu’il découchait. Car mon petit seigneur de Bidache n’est pas encore aussi libre qu’on voudrait. Le blogueur Netromain précisait dans son billet d’aujourd’hui : « pour la maréchaussée et la magistrature, sachez qu’il a vingt ans ». Quant à moi, je ne devrais sans doute pas écrire que mon mignon n’est pas encore bachelier ! Quel accueil merveilleux il m’a fait tout à l’heure. C’était à peu près les mêmes démonstrations de joie que me fait la chienne Pélagie quand elle me retrouve après une heure d’absence. Je ne peux pas dire que je suis amoureux de ce garçon, mais j’y suis déjà très attaché. Il faut aimer les chiens pour comprendre un tel attachement. On sait que ce ne sont que des chiens, mais ils sont si caressants et si plein d’affection qu’on voudrait les avoir toujours avec soi. Et ils vous jugent si peu ou prennent si bien tout ce qui vient de vous qu’il n’y a que devant eux que vous sachiez vous mettre vraiment à nu. Je lui ai rendu une cigarette qu’il s’était roulé la semaine dernière, juste avant que nous ne nous rendions compte que la voiture était enlisée et qu’il n’en sorte pour la pousser, abandonnant sans y penser ladite cigarette dans un recoin du véhicule qu’il n’avait pas su retrouver ensuite. « Mince ! J’ai dû laisser tomber ma cigarette dehors », avait-il dit, une fois revenu dans la voiture. Je l’avais retrouvée à mon retour à Mont-de-Marsan et la lui avais gardée jusqu’aujourd’hui. Je peux dire que j’ai bien failli redevenir fumeur à cause d’Emilien, et de la salive qu’il avait laissée sur le papier de sa cigarette, pour le coller ! Il m’a semblé vivement impressionné par le fait que je lui rende cette cigarette, comme s’il s’agissait d’une attention extraordinaire. Je lui ai également rendu le linge qu’il avait bien voulu me confier le temps de notre séparation, Saint Suaire de son sexe. Je ne sais si Emilien pensait vraiment ce qu’il disait lorsqu’il a prétendu que je lui avais cruellement manqué durant la semaine écoulée, mais j’ai pris plaisir à l’écouter, comme j’ai beaucoup aimé l’entendre s’écrier, au moment de nous séparer : « Ah ! Quel dommage que tu vives dans ce trou perdu de Mont-de-Marsan, si loin de moi ! – Comment ça ? Mais c’est toi qui vis dans un trou perdu ! Je n’avais jamais entendu parler de *** avant de te rencontrer ! », *** étant cet endroit non loin de Bidache où j’ai trouvé ce mignon d’Emilien. Comme celui de Netromain, le mien a de nombreux côtés petit garçon. Par exemple, il a voulu conduire lui-même la voiture sur le chemin de terre menant à la maison abandonnée, refuge de nos amours clandestines. Plus j’hésitais à le laisser faire et plus il ressemblait à un enfant capricieux, mais conscient de la nature de caprice de sa demande, et jouant avec, cherchant à voir où était la limite de son empire sur moi. Il me prenait les mains, me touchait le genou, me caressait, m’embrassait, me suppliait. Je l’ai laissé conduire un peu. « Allez ! Ça suffit maintenant. Tu conduis tellement mal que si je te laisse faire, tu vas me vider le réservoir d’essence. Et si je n’ai plus d’essence, je ne pourrai plus venir te voir ! » Je suis d’un romantisme à toute épreuve. Il m’a ensuite demandé s’il pourrait conduire ainsi toutes les semaines. Toutes les semaines, comme s’il était évident que je reviendrai si souvent… En aurai-je les moyens ? Rien n’est moins sûr… Je lui ai néanmoins promis de revenir la semaine prochaine. Comme je lui demandais si sa grande beauté n’inspirait pas des passions aux filles de son lycée, il m’a fait lire les SMS que celles-ci lui envoient. Elles sont d’une invraisemblable impudeur ! Toutes ne rêvent que de le faire venir chez elles, le mercredi après-midi, pour réviser le bac et faire bien d’autres choses, qu’elles disent en des termes fort crus. Il y en a même une qui l’appelle « ma grosse bite pleine de poils » ! O tempora ! O mores !
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10/04/2008
Mercredi 9 avril 2008
Méchanceté des hommes. L’odelette de mon fragile bonheur, que j’ai publiée tout à l’heure sur mes deux blogues, a inspiré à un membre du site de pédés habituel un commentaire ordurier que j’ai vite effacé, dans lequel il demandait si le garçon fraîchement rencontré me ferait oublier Laval, le collabo, dont il me prête les idées, par reductio ad Hitlerum. Il y a peut-être plus d’un an déjà que je n’ai pas eu maille à partir avec cet internaute, qui saisit pourtant cette occasion de me rappeler qu’à ses yeux, qui sont les yeux de toutes les bonnes âmes, les seuls à se remplir de larmes pures, les seuls à refléter de bons et généreux sentiments, quand les miens, toujours secs, regardent de haut s’ils ne se détournent pas de dégoût ; à tous ces yeux : je ne suis qu’un salaud ! Moi qui ai eu toutes les peines du monde à me guérir (partiellement) de ma phobie sociale, à me protéger « contre l’averse d’yeux qui tombe des nuées » (qui me semblait tomber des nuées), je continue de me soigner en me faisant voir, mal voir, sur ce site de bons et braves pédés. C’est très efficace. Ils n’en conviendraient sans doute pas, mais je me demande tout de même si les détenteurs de la vérité actuelle n’ont pas le plus grand mal à reconnaître à ceux qui ne pensant pas comme eux sont nécessairement mauvais comme moi le droit d’être heureux. C’est ce que me semble signifier le sarcasme si déplacé de mon internaute bien-pensant. Comment donc un homme qui passe pour ne pas avoir de cœur pourrait-il aimer ? Comment peut-il l’être en retour, lui qui le mérite si peu ? Voilà sans doute ce qui a scandalisé l’internaute. Car ceux qui ont du cœur voient du scandale partout. Il leur en faut pour montrer qu’ils ont du cœur ! Comme s’il en fallait beaucoup pour s’en prendre à quelqu’un comme moi, qui n’ai jamais été si seul que depuis que je me suis mis à chercher un homme… Cela me fait penser à ce reportage que j’ai vu il y a quelques jours à la télévision, consacré à une espèce de festival du rire qui avait été organisé pour lutter contre le racisme. Un amuseur célèbre, interviewé, expliquait, sans rire du tout, que le rire était le propre de l’homme, mais qu’il était aussi le propre des antiracistes ! Pourtant, s’il est le propre de l’homme, il me semble qu’il devrait être aussi le propre des racistes, à moins qu’ils ne soient pas des hommes. Mais comment accepter qu’un raciste puisse rire, exactement comme un antiraciste ? Cette vérité a quelque chose d’insupportable, surtout mise à côté de la contrevérité du rire des antiracistes : car il me semble justement que ceux-ci ne rient plus du tout, quand il est question du racisme. Je crois que l’amuseur continuait en nous démontrant que la possibilité de rire publiquement était le signe de la bonne santé de notre démocratie. A condition, bien sûr, de rire dans le bon sens : l’amuseur ne disait pas s’il était permis de rire de lui, de son antiracisme, de ce qu’il y a de risible dans son antiracisme comme en toute chose. Il y a quelques années, encore à la télévision, j’avais entendu Claude Chabrol, à qui l’on demandait ce qu’il pensait de Jean-Marie Le Pen, dire que, l’ayant connu au lycée comme un « type très rigolo », il en gardait un excellent souvenir. Cela n’avait pas plu à l’assistance. Jean-Marie Le Pen ne pouvait évidemment pas avoir été bon camarade puisqu’il était Jean-Marie Le Pen ! Mais que les bonnes âmes se rassurent, mon bonheur sera sans doute de courte durée. Je n’ai absolument pas les moyens de cette liaison qu’il est d’ailleurs peut-être trop tôt pour appeler ainsi. Emilien vivant dans le Pays Basque, les trajets qu’il me faudrait faire pour le voir me coûteraient une fortune en essence, fortune que je n’ai pas, moi qui suis pauvre comme Job. Depuis quelque temps, je ne me nourris plus que de sardines à l’huile et de pain. Je ne vois pas comment je pourrais manger moins pour empêcher l’argent de s’évaporer. Il me faudrait travailler plus, ce qui est contre ma religion, comme dirait Esteban. Par souci d’économie, j’en suis même arrivé à m’hydrater le corps avec de l’huile d’olive. Ce qui était bon pour les Grecs ne peut pas être mauvais pour moi ! D’ailleurs, de nos jours encore, les Polynésiens d’Esteban ne semblent s’oindre que d’huile de monoï. Bref, je ne me fais guère d’illusion sur la pérennité de ma frêle aventure. D’où, peut-être, la nécessité que j’ai ressentie de la ‘‘graver’’ dans mes petits vers, pour lui donner un peu plus de poids qu’elle n’a vraiment.
01:16 Publié dans 2008, Journal | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
09/04/2008
Le feu déjà couvait...
Le feu déjà couvait avant que je l’y mette :
Sur les mignons un souffle est comme une allumette !
16:57 Publié dans 2008, Rimes et vers | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Je veux que chacun sache...
Je veux que chacun sache
Que non loin de BidacheJ’ai trouvé mon mignon.
C’est sur les verts rivagesD’un plus proche Lignon
Qu’il passe son jeune âge.
Une fatale lettre
Sépare nos deux êtres :
Il vit sur un versantDes bords de la Bidouze ;
Moi dans Mont-de-Marsan,Où coule la Midouze.
Entre nous, Peyrehorade,
Fatidique bourgade,Borne nos deux pays.
Lui touche la Navarre,
Et moi, trop loin de lui,
J’en deviens son avare !
16:52 Publié dans 2008, Rimes et vers | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
07/04/2008
Dimanche 6 avril 2008
« C’est quand que tu t’es branlé pour la dernière fois ? » « Je vais peut-être me branler avant que tu viennes, sinon je risque de jouir trop vite. » Etc. Il me semble que ces sortes de phrases sont le reflet de préoccupations et d’inquiétudes typiquement garçonnières. Même des amis qui aimeraient l’autre sexe, mais qui seraient assez intimes pour n’avoir pas entre eux d’excessive pudeur, pourraient les dire. Je ne pense pas qu’il en existe d’équivalentes chez les filles et j’imagine mal des hommes faits les prononcer encore, même s’il est probable que leurs préoccupations soient les mêmes : seulement, ils ont sans doute fini par en rougir et appris à les taire ; à moins qu’ils n’aient trop de mal à trouver où baiser (cf. Michel Houellebecq) pour avoir encore vraiment de telles inquiétudes. Mais je me trompe peut-être… J’aimerais me tromper ! J’ai rencontré ce soir le plus beau garçon du monde. Il vit au fin fond du Pays Basque et est interne à Bayonne, pendant la semaine. C’est un métis : moitié Français de France, moitié Martiniquais. Il y a, parmi ses nombreux prénoms, celui de Pierre, qui est éminemment rinaldo-camusien. Les mots de notre langue sont passés par trop de bouches pour pouvoir dire encore la beauté d’Emilien. D’ailleurs, c’est une beauté qui m’est encore pleine de mystère, car si je ne compte pas les quelques photos que j’avais reçues du garçon avant de le rencontrer physiquement tout à l’heure, je n’ai pu le voir que dans le noir ou dans la brève et aveuglante lumière du plafonnier de ma voiture. Les photos prises sans art sont rarement fidèles à la vérité de l’être : je ne me suis aperçu qu’en rouvrant la portière, pour le regarder mieux, qu’il ressemblait beaucoup au garçon qui se fait assassiner dans La Loi du désir. Il avait la même abondance de cheveux bouclés et noirs comme la nuit dont il était sorti un peu plus tôt pour me retrouver. Il ressemblait aussi, m’a-t-il semblé, au jeune Astro, le petit serveur de Delphes. Nous n’avions pas d’endroit où nous aimer, c’est pourquoi nous sommes restés dans la voiture, que je suis allé garer au bout d’un long chemin forestier, près d’une maison en ruine. Il existe bien encore des endroits où la nuit est totale. Les étoiles nous épiaient. Comme je regrettais la tournure que prenait notre rencontre, qui commençait à ressembler à un vulgaire ‘‘plan’’, il a proposé qu’on n’aille pas jusqu’à la jouissance, si bien que c’est le sperme fabriqué pendant que j’étais avec lui qui coule encore dans mes couilles au moment où j’écris ces lignes. Son corps s’enroulait autour de moi. Je plongeais mon nez dans sa chevelure, en me disant que j’étais peut-être en train d’éprouver la même sensation que celle qu’ont pu connaître les amants d’Hervé Guibert en faisant le même geste. Toute la barbe qu’il avait aux joues, c’était la mienne ! Emilien m’a semblé se livrer entièrement à moi, recherchant son plaisir et s’y adonnant sans aucune retenue, que celle de ne pas aller jusqu’au bout, comme nous étions convenus. Il allait dans ma bouche ou dans ma main comme si elles avaient été les siennes. Il était dans ces parties de mon corps comme dans son propre corps. Il voulait que je l’encule. Je lui ai dit que je le ferais peut-être la prochaine fois que nous nous verrions. C’était son caleçon préféré qu’il portait, m’a-t-il appris, quand je lui ai demandé de me le donner jusqu’à notre prochaine rencontre. « Si tu veux revoir ton caleçon, il faudra me revoir aussi ! » Au moment de retourner à l’endroit où nous nous étions donné rendez-vous, nous nous sommes aperçus que la voiture était enlisée. Je n’aurais pas cru que cette frêle brindille aurait la force de pousser ainsi à l’arrière du véhicule. « Je perds mon pantalon et je n’ai même plus de caleçon en dessous ! », criait-il entre deux tentatives. C’est un Emilien couvert de boue qui est revenu s’asseoir à côté de moi. Je n’ai peut-être pas encore trouvé d’homme, pour parler comme Diogène, mais j’ai vu un garçon non loin de Bidache, Lacédémone de mon cœur ! Je ne sais si je le reverrai, même si j’ai son linge le plus intime avec moi. L’aime-t-il autant qu’il l’a prétendu ? Je plonge mon nez dedans, et je retrouve le parfum de ses cheveux.
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05/04/2008
Vendredi 4 avril 2008
Le danger ne vient pas tant des mauvaises rencontres que l’on pourrait faire que de la situation dans laquelle on s’est volontairement mis de se rendre compte qu’il est impossible d’en faire de bonnes. La vérité est qu’autrui est presque toujours inoffensif. Mais comment échapper au piège qu’on s’est tendu à soi-même ? J’avais commencé par écrire, en poseur, en cynique, peut-être, dans le mauvais sens du terme, que je cherchais un homme, ce que faisant, j’ai vite constaté que je n’en trouvais pas. Tant que je n’en cherchais pas, la solitude m’était douce. A présent que je sais qu’on n’éprouve aucun désir de me revoir, une fois le plaisir consommé, je m’aperçois que je me sens bien seul. C’est horrible à dire, mais je ne me rappelle déjà plus pourquoi je me suis mis à baiser davantage. Est-ce seulement parce que l’appétit vient en mangeant ? Etait-ce pour me divertir de l’attente où je suis d’Esteban ? Pourquoi, d’ailleurs, rechercher le commerce d’un homme, quand il y a tant de corps mis à disposition ? Et qui suis-je, au fond, pour espérer trouver plus qu’un corps ? Moi-même, si je me rencontrais, je ne suis pas sûr que je reconnaîtrais un homme en moi ! Je me conduis souvent très mal avec les garçons qui sont trop gras à mon goût ou dont les queues sont circoncises. Esteban ne me cache plus son mépris, qui dit que baiser avec des inconnus est digne d’« un grand malade » ! Je sens qu’il se détourne de moi. C’est à peine s’il répond à mes courriels, quand je lui en envoie. Il ne se connecte plus jamais à MSN, comme autrefois. Si je veux lui parler, c’est à moi de me connecter à Seconde Life, qu’il fréquente assidûment, où je fais ensuite tapisserie pendant qu’il bavarde avec ses nouveaux amis ‘‘virtuels’’ qui, je le crains, n’ont pas beaucoup de sympathie pour moi, ne serait-ce que parce que je connais Esteban ‘‘en RL’’ comme ils disent, c’est-à-dire ‘‘dans Real Life’’, ce qui me rend suspect à leurs yeux. L’un d’eux, à qui il arrive de lire ce blogue, me disait trouver dans mon journal une vision provinciale et chabrolienne du monde ! Il m’aura sans doute mal lu, même si je me considère en effet comme un provincial ! Si j’ai parfois le sentiment de m’abaisser, c’est d’avoir à fréquenter les ombres de SL pour entrapercevoir Esteban, beaucoup plus que de baiser avec des inconnus au corps bien réel dans l’espoir de trouver un homme. Qui est le plus égaré ? L’homme des ombres ou celui du nombre ?
03:47 Publié dans 2008, Journal | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
01/04/2008
Lundi 31 mars 2008
Depuis qu’un garçon d’Internet m’a dit qu’il aimait cette chanson, je ne peux plus m’arrêter de l’écouter. La chanson, le chanteur, ses cheveux, les instrumentistes et l’appartement lui ressemblent. Comme à la corrida ceux de la fanfare, les cuivres me mettent dans tous mes états. Ils m’évoquent un corps en mouvement : la danse du torero, la grâce de mon frileux petit internaute en train de gigoter ou de s’étirer sous son bonnet et sa couverture, comme me le montre la caméra. Il me rappelle cet autre garçon, d’une quinzaine d’années, qui avait sonné à la porte de la maison, quand je n’avais que douze ou treize ans, et qui prétendait vendre les pâquerettes qu’il venait de cueillir, pour se faire de l’argent de poche. Il en avait accroché jusque dans les cheveux ! Le petit marchand de fleurs, que je n’ai jamais revu depuis, est probablement l’un de ceux, l’un de celui, même, s’il est possible de s’exprimer ainsi, dont le fantôme me poursuit, dont je recherche l’ombre. J’ai l’impression de m’être lancé dans une quête impossible. Les cuivres sont le son du souvenir, de l’éphémère, de ce qu’on ne peut toucher ni tenir dans les mains, de ce qui échappe, de l’impossible.
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