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10/04/2008

Mercredi 9 avril 2008

            Méchanceté des hommes. L’odelette de mon fragile bonheur, que j’ai publiée tout à l’heure sur mes deux blogues, a inspiré à un membre du site de pédés habituel un commentaire ordurier que j’ai vite effacé, dans lequel il demandait si le garçon fraîchement rencontré me ferait oublier Laval, le collabo, dont il me prête les idées, par reductio ad Hitlerum. Il y a peut-être plus d’un an déjà que je n’ai pas eu maille à partir avec cet internaute, qui saisit pourtant cette occasion de me rappeler qu’à ses yeux, qui sont les yeux de toutes les bonnes âmes, les seuls à se remplir de larmes pures, les seuls à refléter de bons et généreux sentiments, quand les miens, toujours secs, regardent de haut s’ils ne se détournent pas de dégoût ; à tous ces yeux : je ne suis qu’un salaud ! Moi qui ai eu toutes les peines du monde à me guérir (partiellement) de ma phobie sociale, à me protéger « contre l’averse d’yeux qui tombe des nuées » (qui me semblait tomber des nuées), je continue de me soigner en me faisant voir, mal voir, sur ce site de bons et braves pédés. C’est très efficace. Ils n’en conviendraient sans doute pas, mais je me demande tout de même si les détenteurs de la vérité actuelle n’ont pas le plus grand mal à reconnaître à ceux qui ne pensant pas comme eux sont nécessairement mauvais comme moi le droit d’être heureux. C’est ce que me semble signifier le sarcasme si déplacé de mon internaute bien-pensant. Comment donc un homme qui passe pour ne pas avoir de cœur pourrait-il aimer ? Comment peut-il l’être en retour, lui qui le mérite si peu ? Voilà sans doute ce qui a scandalisé l’internaute. Car ceux qui ont du cœur voient du scandale partout. Il leur en faut pour montrer qu’ils ont du cœur ! Comme s’il en fallait beaucoup pour s’en prendre à quelqu’un comme moi, qui n’ai jamais été si seul que depuis que je me suis mis à chercher un homme… Cela me fait penser à ce reportage que j’ai vu il y a quelques jours à la télévision, consacré à une espèce de festival du rire qui avait été organisé pour lutter contre le racisme. Un amuseur célèbre, interviewé, expliquait, sans rire du tout, que le rire était le propre de l’homme, mais qu’il était aussi le propre des antiracistes ! Pourtant, s’il est le propre de l’homme, il me semble qu’il devrait être aussi le propre des racistes, à moins qu’ils ne soient pas des hommes. Mais comment accepter qu’un raciste puisse rire, exactement comme un antiraciste ? Cette vérité a quelque chose d’insupportable, surtout mise à côté de la contrevérité du rire des antiracistes : car il me semble justement que ceux-ci ne rient plus du tout, quand il est question du racisme. Je crois que l’amuseur continuait en nous démontrant que la possibilité de rire publiquement était le signe de la bonne santé de notre démocratie. A condition, bien sûr, de rire dans le bon sens : l’amuseur ne disait pas s’il était permis de rire de lui, de son antiracisme, de ce qu’il y a de risible dans son antiracisme comme en toute chose. Il y a quelques années, encore à la télévision, j’avais entendu Claude Chabrol, à qui l’on demandait ce qu’il pensait de Jean-Marie Le Pen, dire que, l’ayant connu au lycée comme un « type très rigolo », il en gardait un excellent souvenir. Cela n’avait pas plu à l’assistance. Jean-Marie Le Pen ne pouvait évidemment pas avoir été bon camarade puisqu’il était Jean-Marie Le Pen ! Mais que les bonnes âmes se rassurent, mon bonheur sera sans doute de courte durée. Je n’ai absolument pas les moyens de cette liaison qu’il est d’ailleurs peut-être trop tôt pour appeler ainsi. Emilien vivant dans le Pays Basque, les trajets qu’il me faudrait faire pour le voir me coûteraient une fortune en essence, fortune que je n’ai pas, moi qui suis pauvre comme Job. Depuis quelque temps, je ne me nourris plus que de sardines à l’huile et de pain. Je ne vois pas comment je pourrais manger moins pour empêcher l’argent de s’évaporer. Il me faudrait travailler plus, ce qui est contre ma religion, comme dirait Esteban. Par souci d’économie, j’en suis même arrivé à m’hydrater le corps avec de l’huile d’olive. Ce qui était bon pour les Grecs ne peut pas être mauvais pour moi ! D’ailleurs, de nos jours encore, les Polynésiens d’Esteban ne semblent s’oindre que d’huile de monoï. Bref, je ne me fais guère d’illusion sur la pérennité de ma frêle aventure. D’où, peut-être, la nécessité que j’ai ressentie de la ‘‘graver’’ dans mes petits vers, pour lui donner un peu plus de poids qu’elle n’a vraiment.

Commentaires

Tu es trop compliqué pour eux et tu leurs fous des complexes à défaut de les foutre en nature !


Vois-tu c'est l'erreur commune des hétéros que tu dénonces, ils croient que tous les pédés sont des Oscar Wilde, des Robert de Montesquiou, des Marcel Proust alors qu'ils ressemblent plutôt au portrait de Dorian Gray, étincelants à l'extérieur mais rongés aux mites de l'intérieur - et surtout, surtout, si peu subtils qu'ils n'ont rien à envier à des gros beaufs !

Ecrit par : iPidiblue gros rouge à la plage | 10/04/2008

Excuse-moi Olivier, mais je n'ai pas pu m'empêcher de rire ! A te lire, on a l'impression que tu vis sous les ponts. Tu ne manges plus que des sardines ? C'est très bon pour la santé. Je te conseille également un oignon cru avec du pain ou encore -plus nourrissant et peu onéreux- une platée de filets de harengs avec des pommes de terre.
Chercherais-tu à apitoyer sur ton sort ?

Ecrit par : tinou | 10/04/2008

C'est une grande vérité que vous nous dites là, cher Pierre. Les pédés sont souvent des Dorian Gray, en effet.

Tinou, je n'essaie d'apitoyer personne, mais de faire sourire, si ce n'est tout à fait rire comme vous faites. J'ai parfois l'impression que ce qu'il y a d'ironie dans ce journal vous échappe !

Ecrit par : Olivier Bruley | 10/04/2008

Oui sans doute, mais l'ironie est dans les deux sens, ce qui semble t'échapper totalement !

Ecrit par : tinou | 10/04/2008

Vous avez raison, d'ailleurs, Esteban me l'a déjà souvent dit. Sur MSN également, l'ironie passe mal. On lit vite, on écrit comme on parle, mais les intonations de la voix manquent. Au fond, Internet a rendu le point d'ironie indispensable. Je ne comprends pas pourquoi il n'est pas encore entré dans les moeurs.

Ecrit par : Olivier Bruley | 10/04/2008

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