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31/03/2008

Dimanche 30 mars 2008

            Baisé hier après-midi avec un Russe d’une trentaine d’années, très mince et très viril. Il n’était pas du tout comme ces Russes instruits qui s’expriment dans un français tel qu’on n’en entend plus depuis longtemps en France, puisqu’il le parlait à peine, mais d’une voix incroyablement grave, mâle, russe, me suis-je surpris à penser ! Sa bite était énorme. On reconnaît généralement ces bites à ce qu’elles montent jusqu’au nombril, voire au-delà. Il avait l’air tellement mauvais garçon avec sa cicatrice au milieu du ventre que je me suis demandé s’il n’était pas un clandestin ! Mais non : il m’a raconté qu’il était en train de créer ici son entreprise. J’imagine que les clandestins ne peuvent pas faire ce genre de choses. Comment est-il donc possible qu’un Russe se retrouve à Mont-de-Marsan et veuille y faire sa vie ? Voilà bien quelque chose que je ne m’explique pas. A Paris, Marseille, Lyon, Bordeaux, je comprendrais, mais dans les Landes, au milieu des pins… C’est probablement le signe que l’immigration touche le pays plus en profondeur, plus totalement qu’il y paraît : les étrangers ne sont pas uniquement dans les grandes villes de la France : ils sont partout, jusque dans les petites villes de province, et sans doute aussi dans les campagnes. Même à Mont-de-Marsan, les bonnes âmes locales se sont récemment mobilisées pour empêcher l’expulsion de quelques Ukrainiens qui étaient venus s’installer dans la ville aux trois rivières, comme on l’appelle ici. Je ne sais ce qu’il est finalement advenu d’eux. (Cela me fait penser qu’il faudrait que je parle un jour d’un autre de mes plans, quasi régulier, celui-là, et qui paie sa cotisation à l’AGRIF (Agence Générale contre le Racisme et pour le respect de l’Identité Française et Chrétienne), dont j’ai trouvé la carte de membre en fouillant dans son portefeuille.) Puis, cette nuit, baisé avec un adorable Dacquois de dix-huit ans à peine, qui travaille dans le salon où l’ancienne coiffeuse de ma mère a trouvé une meilleure place à son goût. Le monde est tout de même petit. J’ai fait deux fois l’aller-retour entre nos deux villes : d’abord pour aller chercher le garçon, puis pour le reconduire chez lui. Il m’a fallu faire le plein d’essence à Dax, la seconde fois, avant de repartir, ce qui m’a fort contrarié : j’avais l’impression que cette deuxième partie de jambes en l’air m’avait coûté les 53 EUR d’essence que j’étais en train de payer, ce qui n’était que partiellement vrai, car sur la somme totale, les trajets entre Dax et Mont-de-Marsan ne devaient pas coûter plus d’une dizaine d’euros. Mais j’étais tout de même catastrophé de devoir faire le plein sans doute une semaine plus tôt que si je m’étais contenté de mon Russe. L’appétit venant en mangeant, baiser donne généralement envie de baiser davantage. D’où la nécessité de trouver un fuckbuddy sur place : par souci d’économie. Je suis encore très loin de l’autarcie des cyniques.

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27/03/2008

Mercredi 26 mars 2008

            La chienne Pélagie a été vaccinée hier. Depuis, elle se traîne comme une paralytique. Ces petits chiens sont de si grands comédiens qu’on les croirait doués d’autant de conscience que les hommes. Parce que la bête ne se bouge pas assez, le vaccin, qui se diffuse trop lentement sous sa peau, la fait souffrir. Pélagie est si consciente de la possibilité de la douleur (selon les mouvements qu’elle fait) qu’elle reste le plus souvent totalement immobile ou ne se déplace que très lentement et avec force précautions. La plupart du temps, il n’y a que son regard qui me suive, comme ceux d’une vieille impotente, qui voudrait que je me sente coupable de continuer à vivre sous ses yeux, pendant qu’elle serait murée vivante à l’intérieur d’elle-même ! Elle me rappelle la chienne Coccymèle, qui était, elle aussi, si consciente de disparaître, lors de sa lente et douce agonie, qu’elle en semblait devenue réellement humaine.

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26/03/2008

Trois mots sur les mises à mort

            « Fondateur du cynisme et sans doute, de tous les élèves de Socrate, celui qui lui ressemblait le plus par la manière de vivre (c’est-à-dire à peu près comme un clochard !), Antisthène, se mourant d’une grave et douloureuse maladie, reçut un jour la visite de Diogène, qui lui demanda s’il n’avait pas besoin d’un ami, à ce que rapporte Diogène Laërce… »

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24/03/2008

"Modernité du cynisme, actualité de Diogène" !


            « De nos jours, les auteurs du passé ne semblent plus avoir d’intérêt pour nous que dans la mesure où ils sont modernes et les sujets dont ils traitent  actuels. C’est si vrai que je me surprends parfois à plaindre sincèrement les contemporains d’Aristophane, de Virgile, de Corneille ou de Racine (je cite ces noms au hasard et sans aucune arrière-pensée) qui, n’ayant pas eu la chance de vivre à notre époque, ne soupçonnaient évidemment pas tout ce qu’il y a de modernité et surtout d’actualité dans Le Cid ou Les Géorgiques… »


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22/03/2008

Vendredi 21 mars 2008

            Quelqu’un dont je n’ose plus écrire le nom, c’est-à-dire le faux nom, le pseudonyme, de peur de passer encore à ses yeux pour un délateur (ce que je ne suis d’ailleurs finalement pas loin d’être, si l’on considère ce que j’écrivais avant-hier sur ma mère), quelqu’un me disait tout récemment que c’était peut-être moi qui, à force de traiter injustement mes amis, avais fini par faire le vide autour de ma pauvre personne. Bien sûr que c’est moi qui ai fait fuir ceux qui croyaient m’aimer, mais certainement pas en me montrant injuste avec eux. Comme Diogène, j’étais un chien qui mordait, non pas ses ennemis, mais ses amis : pour les sauver ! Le résultat est que je les ai perdus. Sans doute ne me méritaient-ils pas. Au fond, la philosophie de Diogène est celle que je pratique le plus naturellement. Comme lui, je suis prompt à mépriser les autres. J’aime son franc-parler. Le peu d’attachement que j’ai pour les êtres et les choses me semble être conforme au cynisme le plus orthodoxe, s’il est possible de parler de l’orthodoxie d’une philosophie de ‘‘faux-monnayeurs’’, c’est-à-dire d’hommes qui renversent les valeurs ! Moi non plus, je n’aurais jamais voulu fonder une famille : il est déjà bien assez difficile de trouver la liberté en étant encombré de soi seul ! Bien sûr, mon incorrigible mollesse m’empêche d’avoir la discipline de ces enfants de Lacédémone qu’admire tant Diogène, pour leur grande ressemblance avec cet homme qu’il cherche mais ne trouve pas. Ce n’est certes pas moi qui me roulerais l’été dans le sable brûlant pour fortifier mon corps, qui aurait pourtant bien besoin de l’être. Mais le cynique connaît aussi des moments de paresse. Qu’on songe à la réponse de Diogène quand Alexandre lui demande ce qu’il peut faire pour lui : s’ôter de son soleil ! Le cynique, qui a le sang froid d’un lézard, aime à passer des heures à ne rien faire en se chauffant au feu du jour. Je ne rêve depuis peu que d’une maisonnette et d’un jardinet. Rêve de petit-bourgeois, pensera-t-on. Que non ! Aspiration parfaitement cynique. Diogène Laërce rapporte que si Diogène finit par habiter dans un tonneau, c’est parce qu’un ami à qui il avait demandé de lui chercher une maisonnette avait trop tardé à la trouver. J’ai choisi de vivre pauvrement, je n’en suis que plus libre. Quand Michaëlle dit m’admirer de ne rien vouloir faire de ma vie, c’est la liberté du cynique, son détachement qu’elle considère en moi. Faire quelque chose de sa vie, c’est risquer jusqu’à la mort de le voir défait. Plutôt qu’Un jardin d’Adonis, j’aurais tout aussi bien pu intituler ce blogue Journal d’un chien ou d’un cynique, tant l’impudeur avec laquelle j’y exhibe mon ‘‘ego qui sent le pipi’’ est digne de Diogène qui, après tout, se branlait dans la rue, à la vue de tous, comme un chien qu’il était, ce qui choquait beaucoup les Athéniens ! Il est aisé de ne voir dans mes petits textes qu’une minable masturbation pas même intellectuelle. Mais la masturbation publique de Diogène était une leçon de philosophie : « Si seulement, disait-il, si seulement on pouvait faire cesser la faim de la même manière, en se frottant le ventre ! » Toute la discipline cynique tend à cela : ne plus être sensible à la faim. Dans ce monde de goinfres toujours affamés où l’on parle de la baisse du pouvoir d’achat comme d’un très grand malheur, je trouve que mes petites faims me rendent assez digne, toutes proportions gardées, de porter le beau titre de cynique. Je sais qu’il y a des lecteurs qui trouvent honteuse l’impudeur avec laquelle je laisse voir dans ces pages ce qu’il me reste de faim, même la plus mesquine ; je prétends quant à moi que ce n’est pas la pudeur mais bien la honte qui devrait les inciter à cacher leur insatiabilité ! Qui est le plus méprisable ? Celui qui, comme Diogène, se masturbe à la vue de tous, ou celui qui, le regardant avec dégoût, s’empresse de rentrer chez lui pour s’adonner à de plus grands vices à l’abri des regards ? Et puis il y a ces vices qu’on ne voit plus, comme l’insatiabilité de l’époque, qui fait se désespérer les hommes de voir baisser leur pouvoir d’achat ! « Qu’ils mangent de la brioche », disait (ou ne disait pas) Marie-Antoinette ! « Qu’ils mangent moins », voilà ce que dirait Diogène… Oui, je suis une espèce de cynique. Enfin, un cynique propre sur lui, évidemment… Et un cynique d’intérieur, car je ne déteste rien tant que la rue. Comme il y eut, en d’autres temps et d’autres lieux, des ermites d’ornementation, disons que je suis un cynique d’agrément.

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20/03/2008

Mercredi 19 mars 2008

            Finalement, Esteban s’est excusé ! Paradoxe de ma mère, qui fut avec moi une femme libérale et néanmoins castratrice. C’était une espèce de Révolution française à elle seule : parce qu’elle me voulait libre, elle me coupa, non la tête, mais les couilles ! Elle tenait tant à me voir jouir de la liberté qui m’était laissée de sortir le soir avec des amis que je n’avais pas que je suis devenu phobique social. Elle avait pressenti si tôt que je serais homosexuel que je me demande parfois si je ne le suis pas devenu pour lui faire plaisir. Elle était si heureuse de pouvoir se montrer libérale et tolérante avec ce fils qu’elle détestait néanmoins, pour ce qu’il ressemblait encore trop aux hommes, qu’elle a en horreur, tout efféminé et homosexuel qu’il était. C’est sans doute pourquoi elle me terrorisait à la maison, en me giflant plusieurs fois par jour, prétextant de tout et de n’importe quoi, de ma paresse, de mes mauvaises notes, de la mauvaise tenue de mes cahiers, du bruit que je faisais. C’est sans doute aussi pour cette raison que lorsque je fus devenu trop grand pour être battu elle m’incita tellement à sortir le soir : parce qu’elle ne supportait pas de me voir. Pourtant, je ne mettais jamais le nez hors de ma chambre… J’eus une mère injuste et libérale, sévère et tolérante. Et pendant qu’elle était occupée à être avec moi tout cela, pendant qu’elle œuvrait à me rendre libre parce qu’elle ne savait pas comment se débarrasser de moi, ma sœur avait la paix. Elle était vraiment libre, fréquentait de nombreux amis, sortait le soir, se soûlait, rencontrait des garçons. Elle finit par s’amouracher d’un hémophile que tout le monde soupçonnait d’être séropositif, ce qui, aux yeux de ma mère, était la preuve de l’éducation réussie de sa fille, qui n’avait que faire de la rumeur, mais était capable de s’éprendre d’un infirme et n’avait pas une peur irrationnelle de la contagion. En somme, loin de préserver ses enfants d’un monde dont ils auraient à souffrir bien assez tôt, cette mère libérale et tolérante leur promettait des vies/vits avec préservatifs ! Il a fallu que ma sœur attrape malgré tout le sida pour que ma mère commence à avoir mauvaise conscience. C’est cette mauvaise conscience qui me permettra peut-être de lui soutirer un peu plus d’argent, pour l’ajouter au produit de la vente de cet appartement où j’aime de moins en moins vivre. Je pourrais aussi lui rappeler les deux voitures qu’elle a offertes à ma sœur, sans que me fût donné la somme équivalant à leur prix, contrairement à ce qui avait été fait en faveur de cette dernière, au moment de l’achat de mon appartement, que j’ai payé avec l’argent qui m’avait été donné. Esteban, qui est le centre de son univers, comme tout le monde, est persuadé que si je ne lui ai jamais présenté ma mère, c’est parce que j’ai honte de lui. Il ne lui vient pas à l’esprit que je pourrais avoir honte d’elle. Ou plutôt, que je préfère nous préserver d’elle. Je ne tiens pas à ce qu’elle vienne entacher notre relation déjà peu reluisante de sa merveilleuse ouverture d’esprit. La différence d’âge la mettrait dans tous ses états : car elle a le culte de la différence ! Elle est d’ailleurs très satisfaite que je sois un peu ‘‘pute sur les bords’’, comme elle en est persuadée. Elle y voit en effet une façon différente de me mener ma vie ! Le pire est qu’Esteban pourrait s’enticher d’elle. Déjà, mes camarades de classe trouvaient que j’avais la mère la plus ‘‘sympa’’ de l’école, la plus jolie, la plus ‘‘jeune’’ même : je me rappelle qu’on me disait souvent qu’elle faisait jeune ! Moi qui savais, je trouvais ça très injuste.

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18/03/2008

Lundi 17 mars 2008

            Si j’étais un délateur, comme ose m’appeler Esteban dans un commentaire délicieusement intitulé L’Adieu aux carnes, je révèlerais son véritable nom dans ce journal ! Je suis sûr qu’il en ferait une jaunisse, même si les internautes ne se soucient probablement pas beaucoup plus de connaître son identité que la mienne ! Il verrait alors ce que c’est qu’un délateur ! Je ‘‘dénonce’’ dans ce blogue (encore que dénoncer soit un bien grand mot), je relève ce qui me semble être les travers et la bêtise de quelqu’un que je connais, et que j’appelle ici Esteban. Mais je ne le dénonce pas lui. A qui, d’ailleurs ? A la police ? Je ne le désigne pas à la vindicte populaire ni ne le livre nu à la bêtise et aux moqueries du monde qu’il a fui. Je préserve cet anonymat auquel il tient tant (car le nom est sans doute une autre forme de la nudité). Mais lui m’appelle un délateur. C’est digne d’un commentateur de mon autre blogue ! A pompous ass, un crétin prétentieux, un cafard, je veux bien. Un indiscret, peut-être. Mais un délateur, vraiment… Est-ce que les mots n’ont plus de sens ? Est-ce donc l’un de ces faux-monnayeurs de la langue que j’attends depuis si longtemps ? Le Littré définit ainsi le mot délateur : « 1° Terme d’histoire romaine. Celui qui, sous les empereurs, faisait métier de dénoncer auprès du prince les actes ou les paroles des personnages considérables : métier qui, ne servant que les passions du prince, était flétri par l’opinion publique. 2° Délateur, délatrice, s. m. et f. Celui, celle qui accuse et fait métier de dénoncer ; ce qui implique aussi une idée défavorable. 3° Terme de législation pénale. Celui qui porte à la connaissance de la justice un crime ou un délit ; ce qui, dans ce sens, est exempt de toute idée déshonorante [C’était vrai du temps de Littré, ce ne le serait plus nécessairement de nos jours]. On dit plutôt aujourd’hui dénonciateur. » Définition du Robert : « Celui, celle qui dénonce pour des motifs méprisables. » Il donne cet exemple : « Les délateurs sont utilisés par les régimes tyranniques » et renvoie à la citation 1 s. v. Abjection. Voici ladite citation, de Chateaubriand : « Lorsque, dans le silence de l’abjection, l’on n’entend plus retentir que la chaîne de l’esclavage ou la croix du délateur ; lorsque tout tremble devant le tyran, et qu’il est aussi dangereux d’encourir sa faveur que de mériter sa disgrâce, l’historien paraît, chargé de la vengeance des peuples. C’est en vain que Néron prospère. Tacite est déjà né dans l’empire ; il croît inconnu auprès des cendres de Germanicus, et déjà l’intègre Providence a livré à un enfant obscur la gloire du maître du monde. » Définition du mot délation cette fois-ci, dans le Trésor de la langue française : « Dénonciation, généralement secrète, dictée par des motifs vils et méprisables. » Comme on voit, Esteban me tient en haute estime. J’ai déjà dit qu’on finissait toujours par me quitter, que ce n’était jamais moi qui partais (il est vrai que c’est essentiellement parce que, dans mon esprit, ne m’étant jamais réellement installé au côté de personne, je ne ressens pas vraiment le besoin ni la nécessité de m’en aller). Je découvre donc sans surprise qu’Esteban s’est déjà trouvé de nombreuses raisons de se détourner de moi. Ses raisons sont là (bonnes ou mauvaises) et ce n’est à présent qu’une question de temps, mais d’un temps qui pourrait encore être très long, car il s’agit désormais pour lui de connaître ses raisons et d’en tirer les conséquences, ce qui n’est pas toujours une chose aisée, d’autant que le cœur aussi a ses raisons ! Et d’autant moins aisée qu’Esteban est un entêté. D’ailleurs, il refuse de s’excuser, comme Myriam ne voulait pas reconnaître ses torts, par quoi c’est bien elle qui m’a quitté, qui a mis un terme à notre amité. Car même si j’ai pu écrire que je n’étais plus là pour elle, c’est-à-dire plus là où elle croyait sans doute que je l’attendais, j’étais tout à fait prêt à la retrouver où je me trouve à présent, si seulement elle avait voulu reconnaître ses torts.

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17/03/2008

Dimanche 16 mars 2008

            Heureusement qu’Esteban, qui trouve que ce blogue « sombre dans la lubricité la plus commune », a décidé tout à l’heure de ne plus le lire, parce qu’il me faut justement parler du garçon d’hier. Il n’a que vingt et un ans et parle peu mais fort, avec l’accent des Landes (il venait de Soustons), comme un vrai petit paysan, qu’il est presque, d’ailleurs, puisque son père est agriculteur. Je lui avais donné rendez-vous aux arènes. Sa voiture était facilement reconnaissable, parce qu’elle était rouge avec des bandes et comme des flammes vertes sur les côtés. Des lettres argentées collées sur le haillon du coffre indiquaient que le véhicule s’appelait Starsky et Hutch ! Les lettres GTI n’étaient pas d’origine. Elles avaient été ajoutées par un frère du conducteur, coiffeur de profession, qui, ai-je découvert par la suite, s’était également amusé à teindre en rouge les poils pubiens de son cadet ! Appelons-le Chrysonyme : il faut absolument mettre de l’or dans son nom, à cause de sa merveilleuse blondeur, qui le dit tout ; ou bien Chrysostome, par antiphrase, en quelque sorte, et parce que le silence est d’or, après tout. J’ai très vite remarqué que Chrysonyme était bête. Il comprenait mal ce que je lui disais et ne connaissait pas le sens de mots pourtant très simples, comme par exemple celui d’aîné : dans sa bouche, aîné signifiait indifféremment aîné ou cadet. Je m’en suis rendu compte en regardant les photos de famille qu’il me montrait sur son blogue. « Là, disait-il, c’est mon frère aîné. – Ah oui ? Quel âge-t-il donc ? – Vingt ans. – Mais c’est ton frère aîné ou ton frère cadet ? – Mon frère aîné. – Mais… S’il est plus jeune que toi… – Oui, oui, il est plus jeune. – Alors, c’est ton cadet, pas ton aîné. – Oui, oui ! Je sais pas… », a-t-il fini par reconnaître en riant. Il acquiesçait à tout ce que je disais et tenait sa tasse de thé dans la paume de sa main ! Et sans même se brûler ! J’ai fini par le déshabiller, et c’est alors que j’ai vu ses poils tout rouges. Nous avons encore ri. Puis il est devenu plus silencieux encore et complètement immobile. Un peu déconcerté, je lui ai demandé s’il aimait ce qui se passait, ce qu’il voulait que je lui fasse. Mais il continuait d’acquiescer à tout, tellement qu’il en vint à se contredire : « Tu aimes ça, là ? – Oui. – Tu veux que j’arrête ? – Euh… Oui. » C’est alors seulement que j’ai compris ! Chrysonyme n’était pas bête, il était simplet. Il ne parlait pas fort comme un paysan, mais bien comme un débile léger. Je ne m’étais pas rendu compte plus tôt de sa débilité mentale, parce que je l’avais vu au volant de sa voiture, et qu’il ne m’était pas venu à l’idée que des simples d’esprit pouvaient avoir le permis de conduire. J’avais cru que c’était à cause de ma manie de regarder les gens de haut (qu’Esteban me reprochait encore récemment) que je le trouvais tellement bête. Et puis il était habillé de vêtements larges, comme tant de jeunes de son âge, qui ont presque toujours l’air d’être eux-mêmes des débiles profonds ! Mais Chrysonyme était réellement débile, lui ! D’ailleurs (je ne l’ai compris qu’alors), si son frère lui avait demandé de lui téléphoner dès son arrivée chez moi, c’était sans doute pour vérifier qu’il ne s’était pas perdu en route ! (Sans doute les poils rouges étaient-ils le résultat d’un de ces mauvais tours qu’on joue au frère le plus faible.) Apparemment, sa famille et tout ses amis savaient qu’il était venu me voir (et me voir pour faire des choses que la morale réprouve !), car lorsque son téléphone portable a sonné d’autres fois, j’ai compris qu’il était question de moi dans les conversations. J’ai tout de même été surpris qu’on le laisse ainsi rencontrer des inconnus. Je sais bien que même les simplets ont une libido (la preuve !), mais je ne me suis pas senti le droit de continuer (peut-être ai-je eu tort, d’ailleurs, et laissé passer une occasion de faire une bonne action). Il voulait profiter de sa présence à Mont-de-Marsan pour rendre visite à un ami, mais ne savait plus comment se rendre à l’adresse. Je l’ai raccompagné jusqu’à sa voiture, et suis resté avec lui pour lui montrer le chemin. Au moment de nous dire au revoir, il m’a répété (il l’avait déjà beaucoup dit) qu’il me trouvait vraiment très gentil et qu’il reviendrait me voir (qui peut dire des choses pareilles, si ce n’est un simple d’esprit ?). Le petit Chrysonyme a fait très grande impression sur moi. Il m’a laissé totalement désespéré. Complètement perdu, aussi : je ne savais plus si j’étais au fond du gouffre, ou seulement encore au bord… La douceur de Chrysonyme est indicible. Comment peut-on être aussi doux en parlant si fort (fort mais peu, il est vrai) ? J’ai dit que, comme ce chien de Diogène, qui se branlait dans la rue (à côté de quoi mes textes qui sentent le pipi sont bien peu de choses), j’ai dit que comme ce fils d’un faux-monnayeur de Sinope, je cherchais un homme, je veux dire un homme authentique, qui n’ait pas d’homme que le nom. Jusqu’à présent, c’est dans cet être incomplet, Chrysonyme, que j’ai trouvé le plus d’humanité : il voulait sincèrement me revoir, même si, sans doute, il ne reviendra pas. Il y a bien de quoi désespérer. Et moi ? Quelle sorte d’homme suis-je donc, qui n’ai pas su reconnaître en Chrysonyme un simple d’esprit ? Encore maintenant, je me demande si je n’ai pas tout rêvé, ou plutôt si je n’ai pas tout mal interprété. Et s’il n’était vraiment que très bête, mais normal ? Il y a là comme un mystère incompréhensible : je crois qu’il est les deux à la fois.

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15/03/2008

Samedi 15 mars 2008

            Esteban, ce don du ciel, est un si fin lecteur qu’il trouve que je me montre ici comme le ‘‘pédé type’’ en écrivant comme je fais sur ma recherche infructueuse. Pédé type, peut-être, sans doute même. Seulement, il croit que le pédé type est « quelqu’un qui ne recherche que de la barbaque », toujours selon ses termes. De ce que je n’ai en effet pu trouver jusqu’alors que de la bidoche, pour rester dans le même registre, il conclut que ce n’est que cela que je recherche. Alors que je suis comme Diogène : je cherche un homme ! Voilà qui est finement raisonné ! Esteban croit encore que je me prends pour un Apollon (il n’a tout de même pas dit pour un Adonis !) à cause de ce que je me permets d’écrire sur le physique d’autrui. Il est de ceux qui croient que les plus sévères critiques d’art se prennent nécessairement pour de très grands artistes ! Un honnête homme, dit-il, ne juge pas son prochain, alors que l’honnête homme est entièrement défini par la sûreté de son jugement ! Qui suis-je, me demande-t-il, pour regarder de si haut mes contemporains ? Qu’ai-je donc fait de plus que les autres pour me croire supérieur à eux ? On pourrait toujours lui répondre que c’est peut-être par ce que je ne fais pas, justement, que je suis supérieur. Michaëlle, mon petit soleil noir, me disait encore l’autre jour qu’elle m’admirait pour le choix paradoxal que j’avais fait de ne rien faire de ma vie. Mais la vérité est que je ne me sens absolument pas supérieur : mon sentiment de supériorité, s’il existe, est tout relatif, relatif aux hommes qui m’entourent, dont je ne puis m’empêcher de voir la bassesse : je suis petit, ils sont minuscules. Est-ce qu’Esteban n’a pas le sens de telles nuances ? Comment donc un lecteur attentif peut-il me diagnostiquer un complexe de supériorité alors que ce journal est presque entièrement consacré à fournir les preuves de ma petitesse et de ma mesquinerie ? Le titre même du blogue doit évoquer quelque chose d’éphémère et d’insignifiant ! Si mes jugements paraissent si sévères et si péremptoires, c’est le plus souvent parce que j’ai pris la peine de les formuler : ils semblent définitifs parce qu’ils sont écrits ! Mais Esteban fait partie de ces gens semble-t-il nombreux qui prétendent ne juger personne, si du moins la chose est possible. Disons qu’ils ne se mouillent pas beaucoup, c’est différent ! Comment ? Que dis-je ? Esteban s’est mouillé beaucoup plus que moi dans la vie ! Qu’on se le dise. Mais évidemment, qu’il s’est mouillé, c’est un marin ! Les marins, les aventuriers, les Esteban font autre chose que de se cacher derrière l’écran d’un ordinateur ! Comment donc peut-il dire cela, puisque je signe de mon véritable nom ce que j’écris ici ? Je n’en tire pas de fierté particulière d’ailleurs (car il ne me semble pas qu’il faille faire preuve d’un bien grand courage pour porter son propre nom !), mais j’aurais cru que cela me donnait au moins le droit de ne pas passer pour quelqu’un qui se cache derrière l’écran de son ordinateur ! Derrière les mots, peut-être, mais pas derrière l’écran. Les mots cachent plus qu’ils ne révèlent. Ils forment un écran entre le lecteur et moi. Plus j’écris, plus je dis je, et plus les malentendus sont grands, paradoxalement, moins le lecteur même le plus intime comme Esteban me voit comme il me semble que je suis vraiment. C’est sans doute que j’écris mal. Mais je ne me cache pas. Esteban me dit que les internautes se fichent de savoir si je suis Jean Dupont ou un autre ! Peut-être, mais c’est bien moi, Olivier Bruley, qui me fais régulièrement injurier et diffamer par des anonymes sur mon autre blogue, c’est bien à ma personne, à ma personnalité (comme disait encore tout à l’heure un corbeau qui prétendait me connaître mieux que je me connais moi-même !) qu’on préfère s’en prendre, plutôt que d’argumenter contre mes petits textes, qui devraient pourtant être aisément réfutables, si ce qu’ils disent est si faux. C’est bien de mon physique que se moquent d’autres, plus subtils encore, et c’est bien moi qui souffre, énormément, des comparaisons les plus épouvantables qui sont faites pour me nuire, ce n’est pas Jean Dupont. Je dois être plus sensible qu’il paraît, sans doute trop ! Finalement, Esteban, qui ne juge personne, lui, en honnête homme qu’il est, me juge tout de même assez sévèrement, je trouve, et surtout, il me juge mal. Je n’en conclus pas pour autant, comme il fait avec moi, qu’il se croit supérieur, mais que lui non plus n’est pas épargné par la bêtise. Je m’aperçois que j’attends depuis des années quelqu’un chez qui la bêtise est apparemment si profonde que je ne l’avais pas remarquée dès l’abord ! L’Ulysse de Pénélope était la ruse même. Le mien n’est qu’une buse ! Par chance, la compagnie des animaux m’est plus douce que celle des hommes, même si j’en cherche un ! Je devrais m’estimer heureux : plus j’en cherche, plus il me semble trouver qu’il n’y a que des bêtes.

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Vendredi 14 mars 2008

            La recherche d’un fuckbuddy de qualité me prend énormément de temps et d’énergie. Il faut d’abord prospecter sur les différents sites Internet de rencontre, puis prendre rendez-vous, pour faire passer le casting, en quelque sorte. L’offre étant insuffisante à Mont-de-Marsan, j’ai rapidement dû élargir ma recherche à toutes les Landes, et même aux Pyrénées-Atlantiques, dont Biarritz, Bayonne et Pau offrent de fort jolis garçons. Mais ceux-là n’ont aucune raison de venir jusqu’ici, puisqu’ils ont du choix sur place. Quant à moi, je veux bien me rendre chez eux, mais à condition qu’ils soient vraiment très frais : autrement, le déplacement m’occasionnerait de trop grands frais d’essence pour bien peu de satisfaction. Jusqu’à maintenant, tout ce que j’ai réussi à trouver dans ma recherche, c’est du dégoût et du découragement. Les gens mangent trop. Conséquence : ils sont de plus en plus gras, voire franchement gros. On croit que les relations sexuelles sont purement physiques. Il n’en est rien. Ce sont aussi, et je dirais même d’abord, des relations morales. Un homme nu ne peut plus cacher son embonpoint ni ses poignées d’amour qui, loin d’être la trace désastreuse de l’emprise du temps sur son corps, sont au contraire la preuve, très souvent, que c’est lui qui a renoncé à en avoir encore sur soi-même. Car s’il est une chose du corps à laquelle la volonté peut commander, c’est bien le poids ! On ne sait peut-être pas tout d’un homme à sa façon d’avoir un commerce charnel avec soi, mais on en connaît sans doute l’essentiel. Ce n’est pas Esteban qui me contredirait : je ne me conduis jamais aussi mal avec lui qu’au lit ! S’il est si sûr que l’égoïsme et la méchanceté sont les traits les plus marqués de mon caractère, c’est essentiellement à cause de ce que je fais et surtout de ce que je ne veux pas faire avec lui dans le secret de l’alcôve. Quant à moi, je trouve que, contrairement à ce qu’on pourrait croire, la laideur physique des hommes que je connais est le reflet plutôt fidèle de leur laideur morale : ils sont très souvent mauvais baiseurs, c’est-à-dire de méchants hommes. (Je sais bien qu’il faut être deux pour baiser mal ou bien, mais j’ai déjà dit que la bonté n’était pas mon fort !) J’ai su qu’Yvain mentait encore en m’avouant peser 76 kilos, quand j’ai couché avec un autre garçon, de la même taille que lui, et qui m’a dit peser le même poids, alors qu’il était beaucoup moins gros ! Est-ce qu’il ne faut pas être dépourvu de la plus élémentaire dignité pour mentir encore sur son poids, quand on est nu, et que l’ampleur des dégâts est si manifeste que la chiffrer n’a plus la moindre espèce d’importance ? Quel père avance à hier soir un rendez-vous prévu pour lundi, alors que ses enfants se trouvaient justement chez lui à ce moment-là, parce que son ex-femme avait elle-même un rendez-vous amoureux, d’après ce que j’ai compris, et ne pouvait pas s’occuper d’eux ? Est-il donc à ce point l’esclave de sa bite ? Quel genre d’homme plonge dans une bouche cette langue dure comme un second petit phallus et touille à l’intérieur comme dans un pot de soupe ? Et quel est donc ce mari qui avale le foutre d’inconnus, comme un autre me racontait ? Est-ce qu’il compte la vie de sa femme pour rien ? Et tous ces hommes qui ne veulent que se faire enculer, qui ne considèrent en vous que la rigidité de la bite et s’étonnent que vous débandiez à peine enfilée la capote. Ce n’est pas seulement dû à la ‘‘malédiction du préservatif’’, comme me disait encore un autre ! Mais il n’y a pas plus directif que certains ‘‘passifs’’. Or je trouve cela insupportable, et même répugnant : non pas qu’on soit directif, mais qu’on le soit avec des inconnus ! Quel manque de courtoisie ! Et surtout qu’il faut être présomptueux ! Comment des hommes peuvent-ils croire que leur cul soit si désirable ? La partie la plus vile du corps ! Il faut l’aveuglement de l’amour ou du moins la familiarité des bons camarades pour souffrir un autre cul que le sien ! Il est vrai qu’on peut se trouver bons camarades dès le premier jour, mais cela reste rare. La preuve : c’est ce que je cherche et je ne trouve pas.

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14/03/2008

Jeudi 13 mars 2008

            Sa langue était incroyablement dure et visqueuse : c’était comme un poisson rouge tiède en train de frétiller dans ma bouche. De toute façon, je n’étais pas du tout à ce que je faisais, parce que je pensais à ses enfants en train de dormir à l’étage et qui pouvaient se réveiller à tout moment et nous surprendre. Je me suis dépêché de lui faire répandre sa semence et suis rentré noter ici cet ignoble détail. Le goût ne veut pas partir. L’odeur de l’autre est toujours très tenace. Le savon ne l’enlève pas. En général, pour sentir autre chose, je plonge mon visage dans le pelage de Pélagie, qui en est très contente.

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06/03/2008

Jeudi 6 mars 2008

            En octobre 2004 et janvier 2005, j’avais évoqué dans ce journal les propos d’un internaute, que je nommais par son véritable nom (dont il ne faisait pas mystère), et qui me demande aujourd’hui, en 2008, de ne plus le faire, ce que j’accepte volontiers, pour lui éviter les ennuis que, paraît-il, la présence de son nom dans ces pages pourrait lui faire avoir ! Je ne savais pas que c’était si dangereux d’être associé à moi, même de loin ! A moins, plus vraisemblablement, que le ‘‘lobby homosexuel’’ soit si puissant que les propos tenus à l’époque par ce jeune homme, qui est fonctionnaire, le mettent réellement dans une position délicate s’ils venaient à être connus de sa hiérarchie, ce qui ne m’étonnerait qu’à moitié, même si lesdits propos n’étaient pas si terribles que cela, si ma mémoire est bonne. L’internaute parle du devoir de réserve. Mais si vraiment il y a un tel devoir, il ne tenait qu’à lui de s’y soumettre à l’époque. Et s’il n’était pas encore fonctionnaire ‘‘au moment des faits’’, je ne sache pas que ce devoir soit rétroactif (du moins je l’espère !). On ne peut tout de même pas faire que ce qui a été dit ne l’ait pas été. On ne peut changer le passé. En cherchant les pages dont l’internaute fonctionnaire m’avait parlé, je me suis aperçu qu’en 2004, j’écrivais encore « ce midi », et c’était justement au début d’un texte dans lequel je racontais comment (déjà à l’époque) on était venu me demander d’effacer de ce journal les noms de certaines personnes, ou plutôt celui d’un groupe auquel elles appartenaient. Hier soir, aperçu le fiancé en voiture, qui avait l’ait très embarrassé de tomber sur moi, à tel point que je me suis demandé si je ne le surprenais pas en train de se rendre à un rendez-vous galant pendant que ma sœur était à Bayonne. Nouveau voisin au-dessus de chez moi, à la place du fou : c’est une espèce de jeune drogué au visage dévasté, qui est néanmoins venu frapper à ma porte, avant-hier, pour me demander quels jours il pouvait descendre les poubelles, grâce à quoi il m’a fait une fort bonne impression, tout drogué (ou ancien drogué) qu’il soit. Tellement d’honnêtes gens descendent leurs poubelles les jours où il ne faudrait pas ! Je puis dire, dores et déjà, que mon drogué est infiniment plus discret que le fou et, surtout, que les jeunes qui habitent à côté de chez lui. Tout m’indique, de plus en plus souvent, que le monde marche sur la tête.

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01/03/2008

Vendredi 29 février 2008

            « Je ferais mieux d’écrire un blog qui raconterait mes petits tracas du quotidien, les affres de l’amour et les pirouettes sexuelles, quoique non, je suis trop vieux et hétéro pour ce genre de confession à l’ego qui sent le pipi. » Je ne sais si Guillaume Orignac faisait allusion à ce blogue en écrivant cela, mais le fait est que je me reconnais tout à fait dans cette espèce de définition : depuis quelque temps en effet, je pratique souvent « ce genre de confession à l’ego qui sent le pipi ». (Pourtant, je suis loin de pratiquer l’exhaustivité chère à Renaud Camus en matière de journaux intimes. En réalité, ce journal est soumis à la plus arbitraire des censures : la mienne. Si, malgré cela, il reste une odeur de pipi, ce ne peut être que par l’effet de l’art, et d’un art dont j’étais bien loin ne me savoir capable !) Je cite souvent Le Sexe et l’Effroi de Pascal Quignard, selon qui « le soi le plus intime de l’homme (vir) n’est jamais à l’intérieur de sa tête ni dans les traits de son visage : le soi, écrit-il, est là où va la main masculine quand le corps se sent menacé. » Il est donc bien normal que l’ego sente un peu le pipi. Un ego qui ne sentirait pas le pipi serait celui d’une femme, qu’on imagine plutôt avoir une odeur de menstrues ! C’est une vérité difficilement acceptable que l’ego d’un homme n’est que ce petit appendice qu’il cache dans du linge, qui suinte, coule et pue à la fin de la journée. Tout le reste, les désirs, les goûts, la passion du cinéma, par exemple, les pensées, la philosophie, l’amour, sont d’autres linges qui servent à cacher cette hideuse vérité. (D’ailleurs, n’y a-t-il pas à l’origine même de la philosophie cette méprise de Socrate, qui prend sans doute pour le phallus de Phèdre sous son vêtement ce qui n’est que le discours de Lysias ?) Ç’a n’a rien à voir avec le fait d’être homo ou hétérosexuel. Qu’on trempe sa bite dans une fille ou dans un garçon, l’odeur est à peu près la même. C’est le même ego que j’introduisais dans Anne il y a des années et dans Yvain il y a quelques jours. Par contre, si vraiment on veut établir une sorte de différence essentielle entre hinarces et achriens, peut-être celle-ci se trouve-t-elle en effet dans l’espèce de pudeur si ce n’est même d’aveuglement des premiers que n’auraient pas les seconds. Car il me semble avoir observé que les pédés étaient généralement plus conscients que les hétéros, qu’ils assumaient mieux qu’eux le fait de n’être fondamentalement que des ‘‘bites montées sur pattes’’. Il est vrai qu’ils n’ont pas à jouer aux filles la comédie des sentiments et de la beauté intérieure à laquelle sont condamnés à participer ces pauvres mâles hétérosexuels, qu’on imagine, sans doute à tort, sportifs plus souvent qu’artistes (encore que le sida a sans doute profondément ‘‘hétérosexualisé’’ les relations homosexuelles ! Après tout, moi aussi, j’attends qu’on me joue cette comédie…). Je sais qu’il y a au moins un internaute qui aime vraiment ce blogue, et peut-être même plus que moi, puisqu’il écrit que c’est « l’un des très rares qui mériteraient d’être publiés sur papier par un grand éditeur ». Je suis presque sûr que mon journal perdrait de sa qualité (s’il en a) une fois imprimé. Il faudrait commencer par le récrire, c’est-à-dire le polir, ce qui reviendrait à policer son auteur. Or le secret de ce journal réside dans sa grossièreté, dans son imperfection, qui est l’image même de l’imperfection (ou de l’humanité) de l’homme qui l’écrit. L’auto-édition et la parution immédiate (l’urgence) sont les conditions de cette imperfection : ce sont celles de la vie. Il faut se faire à l’idée que toute une part à venir de la littérature aura son lieu naturel sur la toile, sera faite pour être lue sur l’écran, et non plus dans les livres. Certaines allusions, dans ces pages, par exemple à des remarques de mes lecteurs, ou à certains sites Internet fréquentés n’auraient aucun sens dans un livre. Elles auraient un sens, mais qui appellerait des notes de bas de page, lesquelles sont, en un certain sens, tout le contraire du lien hypertextuel (que je ne pratique d’ailleurs pas assez, par pure paresse !).

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