22/03/2008

Vendredi 21 mars 2008

            Quelqu’un dont je n’ose plus écrire le nom, c’est-à-dire le faux nom, le pseudonyme, de peur de passer encore à ses yeux pour un délateur (ce que je ne suis d’ailleurs finalement pas loin d’être, si l’on considère ce que j’écrivais avant-hier sur ma mère), quelqu’un me disait tout récemment que c’était peut-être moi qui, à force de traiter injustement mes amis, avais fini par faire le vide autour de ma pauvre personne. Bien sûr que c’est moi qui ai fait fuir ceux qui croyaient m’aimer, mais certainement pas en me montrant injuste avec eux. Comme Diogène, j’étais un chien qui mordait, non pas ses ennemis, mais ses amis : pour les sauver ! Le résultat est que je les ai perdus. Sans doute ne me méritaient-ils pas. Au fond, la philosophie de Diogène est celle que je pratique le plus naturellement. Comme lui, je suis prompt à mépriser les autres. J’aime son franc-parler. Le peu d’attachement que j’ai pour les êtres et les choses me semble être conforme au cynisme le plus orthodoxe, s’il est possible de parler de l’orthodoxie d’une philosophie de ‘‘faux-monnayeurs’’, c’est-à-dire d’hommes qui renversent les valeurs ! Moi non plus, je n’aurais jamais voulu fonder une famille : il est déjà bien assez difficile de trouver la liberté en étant encombré de soi seul ! Bien sûr, mon incorrigible mollesse m’empêche d’avoir la discipline de ces enfants de Lacédémone qu’admire tant Diogène, pour leur grande ressemblance avec cet homme qu’il cherche mais ne trouve pas. Ce n’est certes pas moi qui me roulerais l’été dans le sable brûlant pour fortifier mon corps, qui aurait pourtant bien besoin de l’être. Mais le cynique connaît aussi des moments de paresse. Qu’on songe à la réponse de Diogène quand Alexandre lui demande ce qu’il peut faire pour lui : s’ôter de son soleil ! Le cynique, qui a le sang froid d’un lézard, aime à passer des heures à ne rien faire en se chauffant au feu du jour. Je ne rêve depuis peu que d’une maisonnette et d’un jardinet. Rêve de petit-bourgeois, pensera-t-on. Que non ! Aspiration parfaitement cynique. Diogène Laërce rapporte que si Diogène finit par habiter dans un tonneau, c’est parce qu’un ami à qui il avait demandé de lui chercher une maisonnette avait trop tardé à la trouver. J’ai choisi de vivre pauvrement, je n’en suis que plus libre. Quand Michaëlle dit m’admirer de ne rien vouloir faire de ma vie, c’est la liberté du cynique, son détachement qu’elle considère en moi. Faire quelque chose de sa vie, c’est risquer jusqu’à la mort de le voir défait. Plutôt qu’Un jardin d’Adonis, j’aurais tout aussi bien pu intituler ce blogue Journal d’un chien ou d’un cynique, tant l’impudeur avec laquelle j’y exhibe mon ‘‘ego qui sent le pipi’’ est digne de Diogène qui, après tout, se branlait dans la rue, à la vue de tous, comme un chien qu’il était, ce qui choquait beaucoup les Athéniens ! Il est aisé de ne voir dans mes petits textes qu’une minable masturbation pas même intellectuelle. Mais la masturbation publique de Diogène était une leçon de philosophie : « Si seulement, disait-il, si seulement on pouvait faire cesser la faim de la même manière, en se frottant le ventre ! » Toute la discipline cynique tend à cela : ne plus être sensible à la faim. Dans ce monde de goinfres toujours affamés où l’on parle de la baisse du pouvoir d’achat comme d’un très grand malheur, je trouve que mes petites faims me rendent assez digne, toutes proportions gardées, de porter le beau titre de cynique. Je sais qu’il y a des lecteurs qui trouvent honteuse l’impudeur avec laquelle je laisse voir dans ces pages ce qu’il me reste de faim, même la plus mesquine ; je prétends quant à moi que ce n’est pas la pudeur mais bien la honte qui devrait les inciter à cacher leur insatiabilité ! Qui est le plus méprisable ? Celui qui, comme Diogène, se masturbe à la vue de tous, ou celui qui, le regardant avec dégoût, s’empresse de rentrer chez lui pour s’adonner à de plus grands vices à l’abri des regards ? Et puis il y a ces vices qu’on ne voit plus, comme l’insatiabilité de l’époque, qui fait se désespérer les hommes de voir baisser leur pouvoir d’achat ! « Qu’ils mangent de la brioche », disait (ou ne disait pas) Marie-Antoinette ! « Qu’ils mangent moins », voilà ce que dirait Diogène… Oui, je suis une espèce de cynique. Enfin, un cynique propre sur lui, évidemment… Et un cynique d’intérieur, car je ne déteste rien tant que la rue. Comme il y eut, en d’autres temps et d’autres lieux, des ermites d’ornementation, disons que je suis un cynique d’agrément.

Commentaires

Je viens déposer ma petite crotte comme d'habitude. Je me dépeche j'ai encore 10 blogs à saluer de mes indispensables commentaires. Je suis tres drole et plein d'esprit.
uPuducu, cynique en liberté.

Ecrit par : uPuducu | 22/03/2008

C'est bien pourquoi on te lit, par égoïsme bien raisonné ... et c'est ainsi qu'Olivier est grand !


PS Salut matinal à uPuducu avant la douche.

Ecrit par : iPidiblue et les malheurs de Sophie | 22/03/2008

Olivier ... Olivier, où te caches-tu ? Tu es tombé dans les limbes de la pédérastie ?

Ecrit par : iPidiblue et le malheur d'être bien né | 26/03/2008

Est-ce que vous vous languissez de moi, mon Pierre ? Même Esteban ne prend pas aussi souvent que vous de mes nouvelles !

Ecrit par : Olivier Bruley | 27/03/2008

Levons un malentendu : comme le style fait beaucoup, je peux vous assurer que l'"ego qui sent le pipi" ne vous concernait en rien.

Ecrit par : Slothorp | 28/03/2008

Mais vous ne m'en voudrez pas, j'espère, de m'être approprié cette formule, qui me convient très bien !

Ecrit par : Olivier Bruley | 28/03/2008

Le style c'est l'homme et le pénis aussi !

Inclinons-nous devant le grand Buffon et son émule en sagesse et en science Slothorp !

Ecrit par : iPidiblue homophile | 28/03/2008

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