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16/02/2008
Vendredi 15 février 2008
J’étais tranquillement assis dans ma voiture, en train d’attendre que le feu de la rue Montluc passe au vert, ou plutôt, que la petite flèche pour tourner à droite se mette à clignoter. A peine le fait-elle que, déjà, la voiture derrière moi se met à jouer du klaxon. Je me retourne lentement sur mon siège, pour regarder ce que me veut cet excité qui ne me laisse pas même le temps de démarrer. (Il faut dire que je démarre très lentement. D’ailleurs je fais tout lentement, quand je conduis, depuis que je suis pauvre : on appelle cela, je crois, ‘‘une conduite économique’’.) Me voyant faire, l’homme se met à klaxonner de plus belle en me désignant la flèche clignotante, que j’avais pourtant bien vue. Je démarre alors très lentement, en faisant un geste obscène… (Oui, je sais, c’est mal. Mais tout est mal, dans ce que je m’apprête à écrire.) Après avoir tourné dans la rue Gambetta, je me déporte soudain sur la file du milieu, où mon malappris vient de s’engager, uniquement pour le plaisir de le ralentir encore un peu plus longtemps, en faisant d’autres gestes obscènes. Puis je me replace dans la file de droite, pour poursuivre ma route. Mais le feu suivant passe au rouge et, bien sûr, nos deux voitures se retrouvent l’une à côté de l’autre, chacune dans sa file. L’homme baisse sa vitre. J’en fais autant. Il me crie des obscénités. « Elle va pas la fermer un peu, la grande muette », ‘‘que je lui réponds’’, car c’était un soldat… Que n’avais-je pas dit là ! « Eh ! Tu veux que je descende [de sa voiture] ? – Bah ouais, c’est ça, vas-y, descends, pour voir ! » Et le voici qui descend de sa voiture comme un furieux désireux d’en découdre. « Oh là ! Mais qu’est-ce qu’il me veut, celui-là… » ‘‘que je me dis’’, à part moi. Je m’empresse alors de remonter ma vitre et de fermer à clef mes portières (il avait l’air d’un vrai tueur, tout en muscles longs et secs, le genre qui passe son temps à crapahuter, un vrai soldat, quoi). Et je le regarde hilare me crier dessus, entre nos deux voitures, que si je n’ai que ‘‘de la gueule’’, je ne devrais pas ‘‘faire des doigts’’ comme ça. Je lui crie à mon tour, pour qu’il entende bien à travers la vitre que « Je n’ai pas que des doigts ! Je pourrais te mettre autre chose encore, espèce d’enkkûléééééééé ! » Le feu repasse au vert. Il n’y a pas d’autres voitures derrière la mienne, mais celles qui sont derrière la voiture du soldat commencent à klaxonner. « Ah ! Ah ! Ah ! T’as l’air malin, maintenant que t’es descendu de ta voiture, ducon ! Je croyais que t’étais pressé, t’as vraiment que ça à foutre ! » Tout cela dit en riant très fort, en le montrant du doigt et en l’applaudissant. Et puis j’ai redémarré quand il a fini par retourner dans sa voiture. Je mourrai sûrement dans un ‘‘accident’’ de la circulation. Dans ces moments-là, ce n’est plus moi qui parle. Ça parle tout seul, et je me vois, comme de dehors, en train d’inciter le premier venu à mon propre meurtre ! Mais qu’est-ce que c’est donc que ces hommes qui portent l’uniforme et qui se comportent si mal ? Ils devraient être exemplaires, contrairement à moi. Enfin, moi aussi je devrais l’être, mais c’est un devoir que j’ai envers moi-même, tandis qu’eux le doivent à l’Etat, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. Le plus triste, ce n’est pas que ma mère me déteste, mais qu’elle me déteste trop mollement, et occasionnellement. Si elle me détestait franchement et totalement, peut-être pourrais-je à mon tour lui tourner franchement le dos. Il faut que je me lève tôt, demain, parce que je dois déjeuner à Biarritz avec mon père, qui y passe quelques jours.
00:15 Publié dans 2008, Journal | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Commentaires
Te voilà tout requinqué mon lapin !
Ecrit par : iPidiblue et les grands frères | 16/02/2008
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