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11/02/2008

Dimanche 10 février 2008

            Puisqu’il est de Lyon (c’est-à-dire à Lyon, ville dont il est originaire, grâce à quoi l’on peut donc bien dire, malgré l’‘‘interdit’’ rinaldo-camusien, qui n’a plus cours, en l’occurrence, qu’il est de Lyon), donnons à ce charmant petit chevalier le beau nom d’Yvain. Il n’a pour armure qu’une épaisse couche de graisse. Si jeune et déjà si gros ! « Mais je ne suis pas obèse, quand même, il ne faut pas exagérer ! » Non, certes. Mais bon… Il est vrai que je n’ai vu que des photos, pour l’instant. Est-ce que les photos ne grossissent pas un peu ? Mais il a un joli petit minois et, surtout, dans le combiné du téléphone, une voix… à se damner. C’est exactement la voix des garçons comme je les aime : ni virile, ni efféminée ; juvénile : adolescente. Il faut dire qu’il est encore bien jeune. C’est d’ailleurs une véritable machine à phantasmes. Il s’est mis dans la tête de venir me voir, ici, à Mont-de-Marsan, à condition qu’il réussisse à réunir la somme nécessaire au voyage, car il est encore plus pauvre que moi, s’il est possible. Il risque d’être fort déçu : comment pourrais-je rivaliser avec ses phantasmes ? Je ne sais pas ce qu’il me trouve. Ce serait tellement plus simple, pour lui, de chercher quelqu’un à Lyon. Il m’a envoyé l’autre jour un message sur le site de pédés habituel, où je ne faisais que passer. J’ai répondu. Il s’est aussitôt entiché de moi. Depuis, il me téléphone tous les soirs. Il n’y a que lui qui parle. Ce ne sont que scénarios sexuels et calculs en tout genre pour réunir l’argent du voyage. Il ment comme il respire et parle et pense si vite que je le surprends souvent en train de se contredire. Il justifie ses mensonges par d’autres mensonges. Mais sa voix est si belle que je fais comme si je le croyais. Ou plutôt, j’essaie de lui faire comprendre qu’il ne sert à rien de me mentir. Il me tient par sa voix. « Inutile de me mentir, Yvain, lui dis-je, tu pourras venir me voir tout de même, tu sais. – Mais non, mais pas du tout, pourquoi voudrais-tu que je te mente, voyons. Bon, oui, j’ai menti sur mon poids et sur mon âge aussi. Et puis c’est vrai que je ne suis pas élève infirmier, comme je t’avais dit, etc. » Il avait dit qu’il pesait 65 kilos. « 65 kilos ? Tu es sûr ? Tu as l’air beaucoup plus lourd, sur les photos que tu m’as envoyées. – Ah ? J’ai peut-être un peu grossi. Il y a longtemps que je ne me suis pas pesé… – Ouh là ! Longtemps comment ? Tu ne voudrais pas aller le faire, là, pour voir ? – Mais non, pas après manger, quand même… – Mais si, comme ça, on connaîtra ton poids le plus grand dans la journée. Et ne me mens pas, cette fois-ci, dis-moi la vérité. » Résultat, il pesait 76 kilos ! C’est-à-dire qu’il en avait tout de même pris onze depuis la dernière fois qu’il s’était pesé… Donc, même s’il en reperdait onze (comme j’ai réussi à faire en deux ou trois mois), il resterait aussi gros que moi quand je n’avais pas encore maigri. D’un autre côté, il ne pèse que 7 kilos de plus que moi quand j’étais gras, ce qui n’est tout de même pas énorme. J’en conclus qu’il n’est pas encore vraiment gros, à strictement parler. Mais enfin, il n’est pas maigre non plus, comme on dit. J’allais annuler notre rencontre, malgré la promesse que je lui avais faite (qu’il pourrait venir me voir quels que soient ses mensonges), quand j’ai entendu qu’il était sur le point de pleurer. Je n’ai pas voulu me montrer trop cruel avec un si jeune être. Qui sait si une telle déconvenue n’aurait pas des conséquences sur toute sa vie amoureuse future ? Il n’a encore connu que deux garçons. Il est du genre sentimental plutôt que collectionneur. C’est d’ailleurs ce qui m’inquiète le plus : je lui ai bien dit de ne pas trop s’attacher à moi, que la différence d’âge était très grande entre nous et, même, que si j’avais été un très jeune père (père à quatorze ans, disons), j’aurais pu être le sien. Il acquiesce à tout ce que je dis, pourvu qu’il soit assuré de pouvoir venir jusque chez moi se glisser dans mon lit ! Car il a beau être un grand sentimental, il a tout de même très envie de se faire enculer ! Ce qui est bien normal, surtout à son âge, mais alors, pourquoi ne se trouve-t-il pas un petit Lyonnais ? Ce serait tout de même beaucoup plus commode pour lui. Je me rassure en me disant qu’il ne trouvera probablement pas l’argent pour le voyage. – Publier son journal intime sur Internet, sous forme de blogue, c’est presque fournir le papier pour les lettres anonymes qu’on reçoit ! C’est surtout sur mon autre blogue, moins intime, plus ‘‘heurétique’’, que des corbeaux venaient m’écrire. Ils m’y comparaient souvent aux plus sinistres personnages de l’histoire : c’était la classique reductio ad Hitlerum. Je dois dire que je ne connaissais pas encore la reductio ad amicum ! C’est un certain Max du Veuzit qui y recourt, dans un odieux petit commentaire à mon dernier billet. Voici sa courte lettre anonyme : « Esteban et Olivier se ressemblent tellement par leur prétention grotesque et leur médiocrité rancie qu’on les croirait sortis de la même plume graphomane de sous-préfecture. Soit ils ne font qu’un, soit l’adage se vérifie : Asinus asinum fricat ! » Peut-on rien imaginer de plus bas ? La reductio ad amicum est infiniment plus odieuse que celle ad hitlerum : dans celle-ci, on prétend que sa victime est aussi mauvaise que ce qu’elle-même considère comme mauvais ; dans celle-là, on lui dit que celui pour qui elle a de l’estime et dont elle est l’amie ne vaut rien et qu’elle ne vaut pas mieux que lui.

Commentaires

Mais quel est donc cet étonnant interdit rinaldo-camusien ?

Ecrit par : Lorenzo | 11/02/2008

Je recopie le texte de Renaud Camus, in Répertoire des délicatesses du français contemporain, P.O.L, 2000, page 167, s.v. d’où ? où (‘‘T’es d’où ?’’) : « La pratique des ‘‘moyens modernes de communication’’, comme on dit – le minitel, internet, etc. –, vous met fréquemment en communication avec des personnes qui ne savent pas où vous êtes et qui gentiment s’en informent. Or il arrive de plus en plus fréquemment qu’elles vous demandent, pour ce faire, vous êtes d’où ?, t’es d’où ? Vous avez d’abord du mal à bien comprendre et vous êtes surpris qu’il soit si essentiel, si tôt dans les échanges, que soit précisée votre origine géographique, voire ethnique. Mais un peu d’expérience vous fait découvrir assez rapidement, et non sans quelque étonnement, que vous êtes d’où ? ou t’es d’où ? veulent dire en fait, dans la plupart des cas, vous êtes où ? ou tu es où ? […] » Je ne recopie pas tout (il manque beaucoup d’italiques), mais voici l’interdit rinaldo-camusien. D’ailleurs, il s’agit plutôt d’un étonnement rinaldo-camusien. Ce n’est pas l’auteur qui interdit, contrairement à ce que j’ai pu laisser entendre, c’est la grammaire.

Ecrit par : Olivier Bruley | 11/02/2008

Hitler Hitlerum fricat, je ne connaissais pas ce joli proverbe mais il doit certainement s'appliquer à un tas de monde sur cette Terre !

Ecrit par : iPidiblue germano-latiniste | 11/02/2008

Bah ! en fait ce jeune homme c'est une rosette de Lyon, bien grasse, il faut le consommer avant qu'il ne soit trop avancé en âge !

Ecrit par : iPidiblue et les cochonailles de Lyon | 12/02/2008

Tu ne serais pas heureux d'avoir un joli Jésus dans ton lit ? Mais chut ! Don Esteban pourrait nous entendre ...

Ecrit par : iPidiblue et les cochonailles de Lyon | 12/02/2008

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