05/02/2008

Lundi 4 février 2008

            Maintenant que je sais qu’il peut arriver que Renaud Camus lise ce blogue (je ne dis pas qu’il l’a fait souvent, sans doute même ne l’a-t-il fait qu’une fois, mais cela peut arriver), maintenant que je le sais, donc, je vais devoir être un peu plus attentif à ce que j’écris, un peu plus rigoureux, plus scrupuleux, du moins quand il me prendra de l’évoquer ou de le citer, ce qui n’est pas tout à fait rare. Ce n’était sans doute déjà pas très correct de ma part de commencer jeudi dernier en parlant de « sa bêtise », comme je disais (il est vrai qu’un journal n’est probablement pas le lieu de la correction ni de la courtoisie), mais justement : ce n’était même pas cela que je voulais dire ! « Pour une fois, il me semble que Renaud Camus, dans Corée l’absente, laisse entrevoir un peu de sa bêtise, etc. », cela pourrait vouloir dire que je pense que Camus est très bête mais qu’il ne laisse paraître de sa bêtise que rarement (ce qui, en soi, d’ailleurs, serait une forme d’intelligence). Bien sûr, je suis très loin de penser une telle chose. J’aurais dû dire qu’il « laisse entrevoir un peu de bêtise » tout court, sans le possessif. Deux petites lettres changent tout le sens. Mais c’est tout mon journal qui est plein de ces petites lettres qui, l’air de rien, changent tout. Publiant ici mes textes aussitôt qu’écrits, je ne me relis pas assez attentivement. Je n’en prends pas le temps. Je l’écrivais encore récemment : « Lorsque je relis, après quelque temps, des pages de ce journal, ce qui me saute aux yeux, c’est qu’il faudrait les retravailler encore. Publiées dès qu’écrites, elles ne forment pas une œuvre, mais un premier état d’une œuvre possible qui, probablement, n’existera pourtant pas ailleurs qu’ici. L’œuvre parfaite existe pour les livres. Internet a des œuvres à l’état virtuel. » C’est de temps que manquent ces pages, du temps qu’il faut, avant la relecture, pour changer le regard, pour l’éloigner : de trop près, on ne voit rien. Il leur manque un regard extérieur. Ces pages publiées ne sont pas proprement éditées. (C’est toute la différence que rappelle souvent Dominique Autié entre l’editor et le publisher.) Maître G*** fils, le notaire chez qui nous avions rendez-vous cet après-midi, ma mère et moi, est un très joli garçon, tout frais, tout blond, et, j’allais presque dire : tout rose, mais ce serait un peu exagéré ! D’ailleurs, ce serait faux : il est d’une délicieuse blancheur, comme j’aime beaucoup. Ses mains son incroyablement fines et c’étaient des gouttes de lait que la pulpe de ses doigts. Cet appétissant tabellion nous a expliqué toutes sortes de ‘‘montages’’ un peu compliqués (et donc coûteux) pour prévenir tout désaccord entre les héritiers au moment de la mort de ma mère ou de moi, car ma mère, après réflexion, ne veut rien me céder de son terrain. Tout ce que j’y construirai lui appartiendra donc de fait. Mais je voudrais pouvoir ‘‘récupérer’’, même symboliquement, ce que j’aurai investi. Je dis symboliquement, car au moment de l’héritage, qui devrait avoir lieu dans très longtemps, si Dieu le veut, comme disait mon arrière-grand-mère, l’inflation devrait faire que tous ces montages auront été beaucoup de paperasse pour peu de gain… Finalement, nous avons trouvé un arrangement tout simple. Ma mère devra me faire une reconnaissance de dette d’un montant égal à la somme que j’aurai investie chez elle et réévalué tous les ans suivant l’indice Insee de je ne sais plus quoi (le coût de la construction, peut-être), dette qui me sera remboursée sur l’héritage à son décès ou au moment de la revente du tout de son vivant. Quant à moi, je ferai un testament dans lequel je renoncerai à cette dette pour mes héritiers, afin que, si je mourais avant ma mère, elle n’ait rien à devoir à mes sœurs ou mon père. J’ai demandé au notaire s’il pourrait m’aider à rédiger ledit testament le moment venu. Je trouve très excitante la pensée d’écrire sous la dictée d’un si joli jeune homme, et au sujet de ma mort, en plus ! Peut-on rien imaginer de plus sensuel ? Bien sûr, mon investissement se trouvera complètement gelé et je ne pourrai plus en disposer librement, comme je fais en ce moment, en décidant de revendre mon appartement. Don Esteban appelle cela le coût d’opportunité : pour gagner certaines choses, on doit renoncer à d’autres. Cela en vaut-il la peine ? Ne perd-on pas trop par rapport à ce qu’on espère gagner ? C’est cela, le coût d’opportunité. Je perdrai donc le libre usage de la somme investie, mais je gagnerai le silence, un jardin pour Pélagie, une piscine pour son maître, et je ferai des économies d’essence (car je n’aurai plus à me rendre en voiture chez ma mère, qui est désormais la personne que je fréquente le plus, ayant perdu à peu près tous mes amis !). J’envisage aussi de me remettre à jouer du piano. On déplacera l’instrument du salon de ma mère au mien. Quand enfin je partirai avec don Esteban (si cela doit encore arriver !), je ne pourrai pas non plus louer mon petit pavillon, parce que ma mère ne le voudra très certainement pas, sauf, peut-être, si le locataire est un élève infirmier. L’endroit sera donc un pied à terre lors de mes retours à Mont-de-Marsan. Ma mère et moi, nous vivrons comme faisaient dans leur maison ma grand-mère et mon arrière-grand-mère : chacun dans son appartement. J’aurai ma ligne téléphonique, mes propres compteurs d’eau et d’électricité. Je paierai une partie des impôts locaux, qui seront augmentés, mais seulement deux ans après la fin des travaux d’extension de la maison, si j’ai bien compris. Il reste à dessiner les plans de cette extension, en fonction de mes moyens, qui ne seront pas très grands (entre cinquante et cinquante-cinq mille euros). Il faut ensuite déposer une demande de permis de construire et attendre de l’obtenir pour mettre mon appartement en vente (ledit permis est valable deux ans). Armando, qui a des notions de tout, et donc d’architecture également, a proposé de faire un plan qui prendrait en compte la course du soleil dans la journée ! Moi-même, je perds beaucoup de temps à dessiner des plans : c’est même essentiellement en cela que consiste la ‘‘rêverie immobilière’’ dont je parlais l’autre jour. L’idéal serait que la petite aile ajoutée referme complètement la partie du jardin où se trouve la piscine, qui, l’été, deviendrait une espèce d’atrium où nous pourrions nous retrouver, selon notre désir. Dans le même temps, la disposition des deux ‘‘appartements’’ serait telle que nous pourrions très bien ne plus nous voir du tout, si, par exemple, comme c’était le cas entre ma grand-mère et mon arrière-grand-mère, nous finissions par nous détester, ce que je ne souhaite pas, bien sûr, mais qui peut dire de quoi demain sera fait ? Je ne suis pas sûr que tout ce beau projet soit très sérieux, ou plutôt qu’il soit très raisonnable. Construire chez ma mère, n’est-ce pas un peu retourner en son sein ? A mon âge ! Mais je supporte de moins en moins bien de vivre en plein centre de la ville. Sortir de chez moi redevient une épreuve. Même à Mont-de-Marsan, il y a la foule, la circulation des voitures, la nuit urbaine, les gens qu’on croise. Il me semble que je commence à ressentir le même malaise qu’à Bordeaux, à la fin de mes études, quand les travaux du tramway, rendant mon quartier invivable, m’avaient incité à tout laisser tomber ! Moi qui croyais avoir guéri (en apprenant son nom) de la ‘‘phobie sociale’’ dont j’étais atteint, serais-je en train de faire une rechute ?

Commentaires

Kikooyou, Renaud !

(Oui, j'écris ça pour être agaçant, je m'amuse d'un rien, désolé. :o))

Ecrit par : Monsieur Népomucène, singe-blogueur qui commente parfois | 05/02/2008

Mais quel enfant !

Ecrit par : Olivier Bruley | 05/02/2008

Ce singe est agaçant,
On dirait un enfant.

Ecrit par : Monsieur Népomucène, singe s'essayant aux distiques | 05/02/2008

J'écris des distiques,
Ils sont pathétiques.

Ecrit par : Monsieur Népomucène, portant un regard lucide sur ses talents de poète | 05/02/2008

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