30/01/2008
Mardi 29 janvier 2008
Cet après-midi, au supermarché : très joli garçon, qui n’était peut-être pas encore majeur. Le plus étonnant est qu’il était très élégant. Non pas looké, comme je crois que disent les jeunes, non pas fashion, comme disaient ma sœur Laura et ses amis, quand j’étais allé la voir à Nice, mais bien élégant, ce qui n’a sans doute rien à voir. Il m’a regardé un long petit moment droit dans les yeux, sans sourire du tout, ce qui est sans doute la preuve qu’il s’agissait d’un petit pédé. Sa totale absence d’expression avait quelque chose d’un peu décevant : ce garçon ne poussait tout de même pas l’élégance jusqu’à sourire… (Il est vrai que je n’ai pas souri non plus : comme lui, j’avais le regard inexpressif du chasseur soucieux de ne pas se faire remarquer de sa proie (c’est-à-dire, en l’occurrence, de ne pas signaler l’intérêt qu’il porte au garçon qu’il piste, grâce à quoi, paradoxalement, il se fait aussitôt repérer…)). Un peu plus tard, une très jolie jeune fille m’a fait un sourire sans équivoque qui m’a fait un peu regretter d’avoir choisi de me consacrer aux garçons. L’idée est, je crois, très largement reçue, chez les homosexuels (et peut-être aussi chez les hétérosexuels), qu’on ne choisit pas la préférence qu’on a pour tel ou tel sexe. C’est sans doute vrai dans la plupart des cas. Mais moi, je me dis de plus en plus souvent que j’aurais tout aussi bien pu me consacrer aux filles, si je l’avais vraiment voulu, en me forçant peut-être un peu, au début (car on sait que l’appétit vient en mangeant). Les filles ne m’inspirent pas de dégoût. Je n’ai certes pas non plus de goût très prononcé pour elles, mais ma petite expérience en la matière m’a persuadé qu’on pouvait très bien se satisfaire de leur corps. Surtout, avec elles, il n’y a pas lieu de se demander qui est actif et qui est passif (c’est-à-dire, en réalité, qui encule et qui se fait enculer, ce qui n’a sans doute rien à voir avec l’‘‘activité’’ et la passivité, mais c’est ainsi, je n’y peux rien, c’est ainsi qu’on parle entre pédés : il faut être actif ou passif ou même les deux, c’est tout à fait permis ; par contre, si je dis que je ne suis ni l’un ni l’autre, on me prend généralement pour un fou : un détraqué sexuel ! Il n’est donc pas étonnant que je baise si rarement !). Il y a toujours cette espèce de camaraderie avec les garçons, ce danger de l’amitié même, il y a cette égalité aussi, ou plutôt ce ‘‘pied d’égalité’’, qu’il ne peut y avoir avec les filles, puisqu’elles ne sont pas les égales des garçons. Enfin… leurs égales, peut-être le sont-elles, ne serait-ce qu’en droit. Mais surtout : elles sont différentes : elles sont autres. Et de fait, ce doit être beaucoup plus facile de se sentir autre, c’est-à-dire soi, dans le regard d’une fille (qui est, dans mon idée, ce qu’il y a de plus totalement autre qu’un garçon) que dans celui de n’importe quel autre garçon. Etre bon camarade avec une fille, être ami même, cela a quelque chose de presque indécent. Ou, du moins, prétendre qu’on l’est. C’est suspect. C’est une comédie. Ou plutôt, c’est une farce. C’est la vie qui est une comédie. Comment être camarade avec ce qui est si radicalement étranger ? Comment connaître la sérénité à laquelle aspire l’amitié au sein même de ce qui est, par excellence, étrange, troublant, déroutant ? L’autre jour, à Bordeaux, en revoyant Anne, qui a sans doute été l’une des plus grandes amies que j’ai eues (je ne suis pas à une contradiction près), je n’ai pu m’empêcher de penser plusieurs fois à des relations sexuelles avec elles. Bien sûr, c’étaient souvent des souvenirs qui me revenaient en mémoire, mais je me demandais en même temps si elle se laisserait encore toucher par moi, aujourd’hui, si je savais me montrer assez persuasif (ce qui est idiot, car je sais très bien qu’elle ne le voudrait pas : elle n’aime plus que les filles, désormais. J’ai été le seul garçon. J’aimerais pouvoir me dire que c’est moi qui l’ai dégoûtée des garçons (je ne suis pas loin de le penser). Quel beau titre de gloire ce serait !). Quand Anne a constaté que j’avais laissé repousser mes cheveux, je lui ai spontanément rappelé le désarroi qui avait été le sien quand, des années plus tôt, je les avais fait couper, pour faire comme Augustin. « Tu aimais tellement passer tes mains dedans… » Elle n’a pas du tout aimé cette remarque, qui lui a semblé très déplacée et qui l’était en effet. J’imagine que ce doit être plus simple de coucher avec une fille de n’importe quel âge : on ne peut pas se dire que le corps vieillissant qu’on touche sera un jour le sien. Grâce à cette irréductible ‘‘étrangèreté’’, ce n’est pas sa propre mort qu’on effleure. Ce n’est jamais soi qu’on touche quand on touche une fille. Or, précisément, c’est cela que je recherche, dans les garçons : le corps que je voudrais avoir : plus grand, plus fin et, maintenant, plus frais. Si j’avais eu un tel corps, (et si j’avais eu une autre mère, tout de même !), j’aurais pu me consacrer exclusivement aux filles. Mais, sans doute en grande partie à cause de ma mère, qui m’a toujours fait sentir à quel point elle était dégoûtée des hommes, et bien que je n’aie quant à moi aucun dégoût pour les filles, je ne suis pas capable de m’y consacrer même occasionnellement : la pensée qu’elles ont du dégoût pour les hommes m’enlèverait tous mes moyens. Presque toujours, je me suis senti attiré par des filles qui se trouvaient être des lesbiennes, ces temples qu’on profanerait en (y) pénétrant ! Les garçons me prêtent le corps que je n’ai pas. Ils m’aident à être un peu plus celui que je voudrais être. Les filles me donneraient plus de moi. Entièrement autres, elles verraient en moi, et me montreraient ce que les garçons ni moi ne voyons pas, trop garçons que nous sommes. Je me découvrirais plus autre que moi, c’est-à-dire plus largement moi. Je me connaîtrais mieux. Heureusement, il n’est pas trop tard. Sans doute d’ailleurs l’âge que je prends me contraindra-t-il un jour à préférer les filles. Il me semble en effet qu’elles sont moins sensibles à l’imperfection physique des garçons, trop occupées qu’elles sont de l’imperfection de leur propre corps. La date de péremption est très vite atteinte dans la société de consommation des pédés. J’envie les hétérosexuels pour une chose au moins : le bel équilibre qu’il semble y avoir entre l’offre et la demande. On présume, en général, que la majorité des filles est hétérosexuelle, alors que la majorité des garçons est censée ne pas être homosexuelle. Idéalement, il me faudrait sans doute une fille et un garçon. Mais la fille ne comprendrait pas. (Le plus inquiétant, c’est que je dise fille et non pas femme ; garçon au lieu d’homme.)
01:45 Publié dans 2008, Journal | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
Commentaires
Prise de tête ...
Ecrit par : iPidiblue et son aspirine | 30/01/2008
Dites donc, Pierre, pour une fois qu'on vous prend par la tête, ça devrait vous changer !
Ecrit par : Olivier Bruley | 30/01/2008
Mon vieil Olivier, je ne bande plus que pour toi !
Ecrit par : iPidiblue et l'Olivier | 30/01/2008
Je vous savais un peu dur avec moi, mais pas jusque là !
Ecrit par : Olivier Bruley | 31/01/2008
Dur de la feuille surtout !
Ecrit par : iPidiblue et le ramage d'Olivier | 31/01/2008
Ah ! ces chochottes .....
toujours à se crêper le chie-gnon !!!!!
iPidibandebleue = gordini !!!
vroummmmmmmmmmmmmmmmmm !
dura lex ..... les temps aussi sont durs .... pour tout le monde !
Mais tout ça ne dure pas plus que ne durent les roses .... l'espace d'un frotti frotta !
Les chassés croisés des regards ne vaudront jamais ls pas chaloupés de la salsa et les yeux dans les yeux c'est la conjonctivite qui guette .... quelque chose me dit que le chevalier destouches était siphilitique !!!
http://www.remydegourmont.org/de_rg/autres_ecrits/revues/mercure/330.htm
Ecrit par : Yfig Honfleur | 03/02/2008
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