« Jeudi 24 janvier 2008 | Page d'accueil | Mardi 29 janvier 2008 »

28/01/2008

Dimanche 27 janvier 2008

            Le fiancé, qui est aphone depuis une semaine, n’a pas ouvert la bouche de tout le repas dominical. (Comment donc peut-on se trouver aphone pendant une semaine entière ? J’ai bien mon idée sur la question, mais on m’a fait promettre de ne rien dire. (Que la tentation est grande, pourtant, de tout dire, malgré ma promesse… Ce n’est pas tant moi qui le souhaiterais que ce journal. Ce qu’on ne veut pas que je dise dans ces pages y trouverait en effet tout naturellement sa place. Je cultive dans ce jardin quelques thèmes récurrents, j’y fais pousser des personnages que la trahison de ce secret approfondirait, éclairerait aussi : embellirait, peut-être. Un destin s’en trouverait confirmé. Un nouvel acte de la tragédie serait écrit. Que ma sœur est sotte de m’avoir confié ce secret. Elle veut que je le garde pour moi : elle aurait mieux fait de se taire. Depuis le temps qu’elle me connaît, comment peut-elle encore me faire confiance ? Après tous les mauvais tours que je lui ai joués dans notre enfance ! Ecrire, c’est peut-être d’abord trahir sa famille et ses amis : soit en vertu d’une sorte de fidélité supérieure, voudrait-on penser (pour pouvoir croire malgré tout en sa propre bonté), une fidélité due à l’ensemble des hommes, que représenteraient les lecteurs, les seuls à qui l’on estime se devoir entièrement, soit, plus vraisemblablement, parce que, si j’ose dire, fidèle à soi, l’on n’est fidèle qu’à soi… Pas un instant je n’ai hésité à causer la fin de mon amitié avec Myriam pour pouvoir écrire dans ce journal quelles leçons sur l’amitié j’avais tirées du naufrage de la nôtre ! Ce n’est pas un hasard si j’ai si peu d’amis. Il n’y a guère qu’Esteban qui me prenne avec cette infidélité, ou cette liberté, qui m’est propre, propre à l’auteur de ce Jardin d’Adonis, veux-je dire, car je ne suis plus tout à fait moi, depuis que je m’efforce de me trouver et de me connaître davantage en écrivant dans ce journal. C’est pourquoi don Esteban m’est si cher. Inutile de préciser qu’il préfèrerait l’être pour de tout autres raisons. Il me reprochait récemment encore de ne jamais avoir écrit sur lui de texte aussi ‘‘intense’’ (c’était son mot) que, par exemple, sur Christophe, le psychotique épileptique sidéen dur de la feuille dont j’ai parlé dernièrement. Je lui expliquais que c’était par pudeur, parce que je savais qu’il me lisait, et que je ne me sentais pas aussi libre que je le voudrais. Mais il est sans doute vrai que mon silence en dit beaucoup plus long que je ne veux bien croire. Il n’empêche : tant que j’aurai cette pudeur qui m’empêche de dire des choses qui me rendraient infiniment plus détestable encore aux yeux de ceux à qui je suis cher, tant que je garderai le secret que m’a confié ma sœur et qui n’est d’ailleurs pas le sien, c’est que je ne serai pas vraiment prêt à être l’écrivain que je ne me pique certes pas d’être déjà, mais que j’aspire à devenir, du moins dans ces pages, qui ne sont pas d’un styliste, par exemple, mais d’un homme qui s’efforce, avec peine, sans doute, de se montrer aussi sincère que possible, ce qui, pour moi, le plus souvent, consiste à montrer l’étendue de ma mauvaise foi.)) Le fiancé, disais-je donc, qui était momentanément condamné au silence, a tout de même réussi à paraître aussi bête que d’habitude : sans dire un mot ! Toute sa bêtise était passée dans les gestes grotesques qu’il faisait pour se faire comprendre. Il avait un petit carnet sur lequel il notait quelques phrases qui tombaient toujours mal à propos : on était déjà passé à autre chose quand il avait fini de les écrire ! Avec son petit carnet, il me faisait penser à la fillette de La Loi du désir, qui fait vœu de silence, mais pas de chasteté ! Cyrille semblait avoir fait vœu de silence à son tour, mais toujours pas de vivacité (d’esprit) ! Je n’ai pas de goût particulier pour Almodovar, qui n’a été qu’une grande déception. Mais j’aime énormément La Loi du désir. Le garçon qui se fait assassiner est d’une grande beauté (on voudrait pouvoir en tuer de si beaux de ses propres mains !). Ses cheveux bouclés aussi noirs que ses yeux font regretter que les chevelures ne puissent être bues comme des larmes. « Ce n’est pas de ta faute, si tu ne m’aimes pas, lui dit Pablo, son amant. Et ce n’est pas de ma faute non plus si je t’aime. » C’est sans doute tout ce qu’il y a à dire sur l’amour. Ne me quitte pas chanté sur scène en play-back par la fillette (sur l’interprétation qu’en a faite Maysa Mataraso), tandis que son père (devenu femme, dont le rôle est tenu par Carmen Maura, que j’ai toujours trouvée très belle, sans bien m’expliquer pourquoi (l’est-elle seulement ?)) joue La Voix humaine, tout cela me paraît également très beau. Certains trouveront sans doute que j’ai fort mauvais goût… Il est vrai que les mises en abyme sont souvent tout ce qu’il y a de vraiment beau dans les films d’Almodovar : c’est peu de choses.

Commentaires

Olé !

Ecrit par : iPidiblue chevalier Bayard | 28/01/2008

Quelle belle passe Olivier ! Ah ! ce coup-ci le taureau des Landes est vaincu et même aphone ...

Ecrit par : iPidiblue chevalier sans peur et sans reproche | 28/01/2008

Une pique et la brute s'est dégonflée ...

Ecrit par : iPidiblue chevalier sans peur et sans retouche | 28/01/2008

Ecrire un commentaire