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21/01/2008
Lundi 21 janvier 2008
J’avais oublié de dire que le dîner qui devait avoir lieu samedi dernier chez ma sœur avait été annulé, comme il était à prévoir. Pour une fois, ce n’était pas à cause de Siobhan, comme j’avais craint, qui fait toujours tout annuler au dernier moment, mais parce que tel invité, qui avait d’abord annoncé sa présence, ne pouvait finalement pas venir. Apparemment, l’usage est de tout annuler quand un seul ne peut pas honorer son engagement. Il est vrai que l’imprévu, de nos jours, c’est quand le dîner n’est ni reporté ni annulé. Hier, lors du repas dominical, j’ai raconté à ma mère comme je souffrais du bruit que font mes voisins : non pas le demi-fou, qui, finalement, ne fait pas tant de bruit que cela, ou, du moins, dont le bruit ne passe pas à travers les bouchons que je mets dans mes oreilles pour dormir, mais mes autres voisins, les jeunes, qui se trouvent également être des Asiatiques, qui sont d’une race fort bruyante, surtout par les pieds (ma grand-mère, par exemple, faisait énormément de bruit en marchant ; qu’on songe seulement au boucan que font les femmes à talons aiguilles dans les films de Wong Kar-Wai). De fait, ce n’est pas de la musique ni de leurs éclats de voix que je souffre, mais bien des bruits de pas et de meubles qu’ils déplacent (pourquoi donc ?) de minuit à trois ou quatre heures du matin. Heureusement, cela n’arrive généralement que dans la nuit du jeudi au vendredi ou le week-end. Le reste du temps, l’appartement des Asiatiques reste vide. Je dis les Asiatiques, parce que depuis une ou deux années, ils sont déjà trois ou quatre visages différents à avoir occupé l’endroit. Peut-être sont-ils d’une même famille et se prêtent-ils l’appartement. Ils se moquent ouvertement de moi. J’ai déjà dû monter une dizaine de fois leur demander de faire moins de bruit. A chaque fois, ils m’ont répondu, avec le sourire faux des Asiatiques, qu’ils se feraient plus discrets, pour se montrer plus bruyants encore aussitôt que la porte est refermée. Une fois, même, comme ils recevaient du monde, je les ai entendu, tandis qu’ils passaient devant ma porte, y frapper et partir en courant comme des enfants qui joueraient quelque mauvais tour. Je racontais donc à ma mère la haine qu’ont fini par m’inspirer ces Asiatiques et les phantasmes de meurtre qui m’agitent généralement l’esprit, les soirs de bruit. Dans la nuit de samedi à dimanche, par exemple, je m’imaginais en train de défoncer avec un pied de biche le crâne du petit Asiatique du moment (qui est d’ailleurs très joli, je le précise alors que je n’ai jamais eu beaucoup de goût pour les jaunes). Ma sœur disait que « c’est comme ça qu’arrivent les faits divers ». Sans doute… Ma mère m’a alors suggéré de revendre mon appartement et de faire agrandir le garage chez elle pour le transformer en un petit logement ou même de faire construire un pavillon dans le jardin. Il faut dire que depuis que je lui ai raconté que mon autre voisin, le demi-fou, qui fume ‘‘comme un pompier’’, risquait à tout moment de mettre le feu à mon immeuble, ma mère semble avoir pris conscience qu’elle pouvait me perdre à tout moment. Il y a aussi que je suis censé partir m’installer aux Canaries du jour au lendemain, ou presque… D’ailleurs, elle a ajouté qu’il était fort possible que les travaux ne soient pas finis avant mon départ. Je l’ai rassurée en lui révélant que, malheureusement, j’étais apparemment encore très loin d’être parti. J’ai demandé son avis à don Esteban, qui pense que je ne dois pas m’arrêter de vivre en l’attendant. Armando, quant à lui, ne comprend pas qu’on quitte un endroit à cause du bruit. Il a grandi entre l’Italie et le Mexique, où c’est plutôt le silence qui est dérangeant… De toute façon, maintenant que l’idée a été lancée, je suis déjà parti. Je me vois déjà dans mes nouveaux murs, alors qu’ils ne sont pas encore construits, alors que les plans n’ont pas même été dessinés. Mais comme je le disais l’autre jour, je n’en peux plus d’attendre. Cette espèce de nouveau projet me distrairait, jusqu’à la prochaine déconvenue… Et puis, je ne vois que des avantages à ce projet : plus de bruit ; la chienne Pélagie aurait de nouveau un jardin, et sa copine la chienne Sappho pour la distraire ; je pourrais plonger comme autrefois dans la piscine au saut du lit.
16:05 Publié dans 2008, Journal | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note
Commentaires
C'est sinon curieux, assez dérangeant d'entendre parler de "race bruyante".
Idem pour ce qui est de ce prétendu "faux" sourire. Il sonne peut-être faux pour vous mais résonne bien différemment pour eux.
Ecrit par : Olivier Autissier | 21/01/2008
Pourtant, je n'ai inventé ni ce bruit, ni ces sourires !
Ecrit par : Olivier Bruley | 21/01/2008
Est-ce que vous prétendez sérieusement que les sourires de mon voisin, qui n'est qu'un salaud, sont sincères ? Est-ce que vous prétendez que les Asiatiques, ou si ce n'est tous les Asiatiques, du moins les Chinois, ne font pas de bruit en marchant et en mangeant, aussi (avec la bouche) ? Les bruits que faisait ma grand-mère, une Chinoise, en marchant, je les ai rêvés ? Les bruits de succion, de mastication aussi, pendant les repas ?
Un jour, c'était à Bordeaux, je dînais dans un restaurant Chinois. Il y avait, à une autre table, un client ivre qui renvoyait tous les plats en cuisine et tenait des propos vraiment odieux à la serveuse. Pendant tout le repas, la serveuse lui souriait en lui demandant de ne pas faire de scandale. Le cuisinier et le patron sont venus avec le même sourire, faux, oui, pafaitement, demander encore au client de ne pas faire de scandale. A la fin du repas, ledit client, qui avait décidé d'être odieux jusqu'au bout, prétendit qu'il n'avait pas d'argent pour payer. Il a été raccompagné par la serveuse, avec le sourire, jusqu'à la porte. Et dès qu'il fut dans la rue, le patron et le cuisinier se sont approchés de lui en souriant, et ils lui ont tout bonnement cassé la gueule (et c'était d'ailleurs sans doute leur bon droit). Il y a bien un sourire faux typiquement asiatique, à tout le moins, chinois et sans doute aussi vietnamien. Ce qui ne signifie pas que tout sourire d'Asiatique est faux ni qu'il n'y en a pas de sincère. Le Français, quant à lui, aurait tendance à ne pas sourire du tout, dans de même situations. Dès le départ, il afficherait un air mauvais et prêt à en découdre, mais, probablement, il n'oserait pas aller jusqu'à se faire respecter.
Ecrit par : Olivier Bruley | 21/01/2008
De manière étrange, le seul à me tendre une main secourable, ici, en ces terres lointaines, est le chinois propriétaire de l'un des rares magasins du village. Il est bourru, renfrogné, toujours de mauvaise humeur, ne sourit jamais sauf quand, régulièrement, à son sempiternel, "il fait chaud aujourd'hui", je réponds avec la même régularité "oui, mais ils ont annoncé de la neige pour demain"...Il éclate alors d'un rire tonitruant en prenant les autres clients à témoin. Il feint d'ignorer le caractère aléatoire de mes paiements et continue à me faire crédit. Il est vrai que c'est un très vieil homme...
Ecrit par : don esteban | 22/01/2008
Je ne faisais que dire des généralités sur ce que je ne devrais pas appeler la race. Mais les individus sont libres, bien sûr, "libres de leur race", s'il est possible de s'exprimer ainsi. (D'ailleurs, c'est bien connu, les races n'existent pas, même si le métissage est fort loué !) Prétendre le contraire, ce serait très probablement, horresco referens, du RACISME !!!
Ecrit par : Olivier Bruley | 22/01/2008
Finalement, il n'y a qu'un/le Chinois pour t'aider, et pour t'aimer encore un peu, il n'y a que moi, un peu seulement, parce que je ne suis que demi-chinois, que dis-je, même pas demi, mais quart... Que ce monde est cruel !
Ecrit par : Olivier Bruley | 22/01/2008
Te laisse pas faire mon chéri, toi aussi tu es bourru et désagréable !
Ecrit par : iPidiblue l'heure de grâce est enfin arrivée ! | 22/01/2008
Moi, j'ai toujours rêvé d'être chinois ou vietnamien, pour avoir ENFIN le droit de manger bruyamment hors de toute contrainte.
(Et aussi pour le plaisir d'avoir une bite de taille standard, mais c'est un autre débat.)
Ecrit par : Didier Goux | 22/01/2008
Demandez donc à votre ami RC de vous écrire un texte intitulé "La grande déglutition" pour défendre vos droits !
Ecrit par : iPidiblue grâce demandée. | 22/01/2008
Si je vous comprends bien, mon cher Didier, une partie de votre rêve (la partie honteuse) se trouve déjà réalisée !
Ecrit par : Olivier Bruley | 23/01/2008
Tu te trompes Olivier, des tas de gens m'aiment ici (il faut dire que j'ai aidé pas mal de monde, ici, du temps de ma splendeur), il se trouve juste qu'ils sont aussi fauchés que moi! Arrête de me faire passer pour une pauvre victime d'un injuste destin, on va finir par me plaindre! Jusqu'ici, j'ai très bien vécu, dépensé sans compter et sans souci du lendemain. Il fallait bien que ça s'arrête un jour! Pas dit en plus que l'avenir soit si ininterressant que ça. Je me vois bien m'installer sous la tente dans une baie déserte, en attendant que ces peigne-culs de fonctionnaires (en voilà une sale race qui ne connait aucune frontière) apposent leur maudit tampon sur mon titre de propriété, faisant de moi un centaine de millénaire en euros. En attendant j'aurai appris à vivre avec trois fois rien.
Don Esteban a parlé!
Ecrit par : don esteban | 23/01/2008
Je croyais que c'était moi la pauvre victime de ton injuste destin ! (Pur égoïsme de ma part, sans doute...) Tout ce que je voulais dire, mon Esteban, c'est que ton Chinois bourru, renfrogné et toujours de mauvaise humeur est tout bonnement la preuve vivante que l'intégration n'est pas un vain mot. Et puis, sur ma lancée, je me suis laissé aller à te dire des mots d'amour à la Chimène. On ne m'y reprendra plus !
Ecrit par : Olivier Bruley | 23/01/2008
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