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21/01/2008
Dimanche 20 janvier 2008
Cet après-midi, pendant ma distribution hebdomadaire de prospectus, grâce à quoi je gagne le peu d’argent dont je vis, une voiture pleine de jeunes, comme on les appelle, non pas de ces jeunes étrangers ou d’origine étrangère, car je crois savoir que c’est également de ce mot qu’on désigne, par euphémisme, les voyous maghrébins ou africains (comme lorsqu’on dit, par exemple, qu’« une bande de jeunes a mis le feu à un bus » ; Sarkozy parlerait de ‘‘racaille’’, lui – toute ‘‘racaille’’ n’étant évidemment pas un jeune étranger ni d’origine étrangère, cela va sans dire, même si c’est très souvent le cas), non pas de ces jeunes étrangers, disais-je, mais bien des jeunes on ne peut plus français (sans majuscule), à ce qu’il m’a du moins semblé (et qu’importe d’ailleurs ?), des jeunes comme sont ou deviennent tous les jeunes de France, entre le mouton haineux et le loup bien en laisse ; des jeunes en voiture m’ont donc klaxonné de très loin. Au moment où la voiture était à mon niveau, j’ai bien entendu qu’un de ces jeunes aboyait, littéralement, il aboyait après moi par la fenêtre ouverte, provoquant ainsi l’hilarité de ses semblables. D’habitude, je sais pourquoi les chiens aboient rudement après moi dans les jardins. Ils le font parce qu’ils sont des chiens, justement. Mais eux, les jeunes, pourquoi ont-ils fait cela ? Ne sont-ils pas des hommes ? Hélas, j’ai bien senti que c’était moi qui n’étais pas tout à fait un homme à leurs yeux, et qu’ils voulaient me rabaisser au rang de chien, en aboyant, par jeu… Leurs parents ne verraient sans doute en moi qu’un rabat-joie, ils diraient probablement que « voyons, ce sont des jeunes, ils s’amusent, c’est normal, à leur âge ». Moi je dis que c’étaient des bêtes fauves qui riaient après moi dans ce tombeau ouvert. Le rire est devenu le propre de la bête. S’il y avait un dieu, s’il m’aimait, surtout, il aurait refermé leur tombeau sous mes yeux, et c’est moi qui aurais bien ri, alors !
01:55 Publié dans 2008, Journal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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