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16/01/2008
Mardi 15 janvier 2008
Que d’indélicatesses dans ce journal ! Mes personnages, s’ils me lisaient, ne se reconnaîtraient évidemment pas dans les méchants portraits que je fais d’eux. Don Esteban me dit qu’il n’est absolument pas celui que j’esquisse à grands traits grossiers dans ces pages. Si Laurent ou Christophe, dont j’ai souvent parlé dernièrement, dont j’ai beaucoup médit surtout, voyaient le portrait que j’ai fait de leurs personnes, c’est bien moi, plus encore qu’eux, qu’ils ne reconnaîtraient pas ! Ce n’est donc que cela, l’Olivier que nous croyions connaître, penseraient-ils ? Cet être entièrement faux qui n’a de sincérité que pour son journal ? (Myriam le disait bien l’autre jour : si nous ne savons plus nous parler franchement quand nous sommes face à face, etc.). Je dois encore dîner samedi prochain chez ma sœur, où je trouverai sans doute le moyen de me montrer bon camarade avec ce pauvre Cyrille, dont je suis pourtant bien loin de n’avoir dit ici que du bien. Mais comment vivre en paix avec les hommes sans être hypocrite, sans leur dissimuler l’horrible reflet qu’ils laissent dans les noires pupilles qui les fixent ? Il faut fermer les yeux. Je les rouvre ici. Mais c’est sans doute de moi que je fais le portrait le plus cruel, puisque je laisse voir dans ce journal le véritable regard, méchant regard, que je porte sur ceux que j’ai sous les yeux. Mes regards, devrais-je plutôt dire, regards tantôt de glace, tantôt lubriques, bien peu chaleureux, trop souvent hautains, rarement assurés pourtant, presque toujours dans le vague au contraire, presque jamais les mêmes d’un jour sur l’autre. Il y a aussi tout ce que je ne dis pas (c’est ma pudeur), dont l’omission dessine également mes contours. Qu’est-ce donc en effet qu’un contour, si ce n’est la ligne qu’il y a entre ce qui existe et ce qui n’existe pas, entre ce qui est quelque chose et ce qui n’est rien, mais aussi entre ce qui est dicible et ce qui est indicible, entre ce qui est conscient et ce qui ne l’est pas ? Je n’ai pas qu’un contour. C’est pourquoi je suis laid, comme tous les hommes. C’est pourquoi il est sans doute également possible de trouver un peu de beauté dans ma laideur, comme il m’a semblé trouver de la grâce dans l’être déchu qu’est le pauvre Christophe.
00:40 Publié dans 2008, Journal | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Commentaires
Il faut faire la révolution c'est la seule solution que j'entrevois, il y a trop de rats sur terre comme dirait Alain Badiou notre grand philosophant !
Ecrit par : iPidiblue l'anti-philosophe | 16/01/2008
Rien à voir : très humble message chez moi, vous concernant...
Ecrit par : Didier Goux | 17/01/2008
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