12/01/2008
Vendredi 11 janvier 2008
Les conversations avec don Esteban, sur MSN, sont de plus en plus pénibles. Ma mélancolie, ma langueur, ma déprime, comme on dit aujourd’hui, n’en sont que plus grandes. A cause de la distance qui nous sépare (il vit aux antipodes), nous ne sommes plus l’un pour l’autre que des mots, les mots échangés sur MSN ou ceux de ce journal. L’éloignement nous a réduits à n’être plus que des idées. Mais la terrible conséquence de cela est que si l’adéquation n’est pas parfaite et entière entre les idées que nous nous faisons respectivement l’un de l’autre d’une part, et, d’autre part, entre celles que nous nourrissons plus généralement chacun quant à notre relation, notre situation ou notre avenir, alors rien ne va plus. C’est ainsi, dans le règne des idées : c’est tout ou rien. La vie concrète s’accommode bien plus facilement des petites et grandes contradictions. L’intonation des voix, les sourires, les gestes d’apaisement, les silences sont une graisse merveilleuse grâce à laquelle les rouages même les moins adaptés l’un à l’autre tournent ensemble. Et comme j’ai dit hier à Esteban, un peu trivialement sans doute, il suffit le plus souvent de s’emboîter physiquement une bonne fois l’un dans l’autre pour que tout rentre dans l’ordre ! Nous ne nous sommes pas vus depuis trop longtemps, voilà tout. Il estime que l’attente à laquelle nous sommes réduits est plus pénible pour lui que pour moi, uniquement parce que j’agrémente la mienne de quelques aventures généralement sans lendemain. « Je t’attends autant que tu m’attends, lui dis-je. – Non, répond-il, parce que personne ne te demande de m’attendre. Je ne t’ai jamais dit de m’attendre. Tu es libre de ne pas le faire. – Mais c’est moi qui me le dis ! C’est moi qui me demande de t’attendre ! Parce que j’ai la liberté de ne pas le faire, l’attente serait moins dure pour moi ? Pourquoi ne le serait-elle pas plus, au contraire, puisque je le fais malgré la liberté que j’ai de ne pas ? – Mais ça, c’est ton affaire, c’est entre toi et toi. – Entre moi et moi ? Oui, sans doute. Mais enfin, je suis un peu étonné de ne me voir renvoyé qu’à moi dans cette attente, quand c’est tout de même bien toi que j’attends ! » Voilà le genre de questions à quoi s’occupent nos conversations. Aucune légèreté. Pas de bonheur. Pas même de joie, de gaîté. Esteban ne me croit pas, mais je suis extrêmement affecté par cette attente. Elle me cause une très grande fatigue morale, comme à lui, que les garçons avec qui je couche, qui me promettent de me téléphoner et ne donnent plus jamais de nouvelles, sont bien loin d’atténuer. Paradoxalement, l’attente me pousse, si ce n’est à l’action, du moins à l’activité, à l’activité sexuelle. Sans doute me faut-il recourir au plaisir de la chair pour ne plus me sentir réduit à la seule idée de moi ! Sans doute est-il également vrai que je nourris l’espoir de me trouver un compagnon d’attente, qui est la grande terreur d’Esteban, ce que je comprends fort bien, d’ailleurs : il craint qu’un tel compagnon ne me fasse oublier que j’attends, qu’il ne me fasse oublier qui j’attends. Et puis, je peux bien le dire, je me trouve trop jeune (tant pis pour cette référence à l’âge !) pour ne pas ‘‘servir’’ encore un peu, en attendant ! J’ai besoin d’être désiré, même si cela implique d’être ensuite ostensiblement ignoré par ceux qui m’ont obtenu. Mais l’activité sexuelle (non pas frénétique, bien sûr, mais supérieure à celle habituelle, qui n’est pas très grande, chez moi) m’éloigne de moi, m’égarerait presque. Je commence à ressentir le besoin de faire comme une pause, oh ! pas longtemps, quelques jours seulement. Je ressens le besoin de me retirer quelque temps à l’intérieur de moi, dans le silence, le besoin de ne plus vivre (de ne plus faire semblant de vivre) ni de penser, de ‘‘penser’’, de cogiter, de ruminer. C’est à peine si j’ai encore envie d’écrire dans ce journal, qui est d’ailleurs l’une des causes de la tristesse d’Esteban (à cause de ce qu’il y apprend, qu’il ne veut pas que je lui cache, mais qui le fait souffrir) et des interminables séances d’explications que nous avons sur MSN. Je voudrais me retrouver, si tant est que je sois réellement perdu. Je voudrais me reposer, plutôt. Ayant toujours été un être hautement fatigable (ce que me confirme parfois Esteban ; un être fatigant, aussi, dit-il), je me trouve donc très souvent comme à bout de souffle, à bout de nerfs, exténué, comme je ne suis pas loin d’être en ce moment. Un observateur attentif pourrait sans doute me dire que je me fatigue tout seul. C’est très vrai. Je ne le nie pas. Myriam semble ne pas avoir beaucoup apprécié ce que j’écrivais dimanche dernier. Elle aurait probablement pu m’être de quelque secours dans l’attente où je suis depuis si longtemps maintenant (depuis quand d’ailleurs ?) ; elle ne l’a pas été. Il est vrai que je ne lui ai pas demandé de l’être et sans doute ce fait même est-il significatif en soi du déclin de notre amitié. Susceptible et entêtée comme elle est, elle estime que, si nous ne savons plus nous parler franchement quand nous sommes l’un en face de l’autre, alors ce n’est plus non plus la peine de nous écrire ! Le fait que nous ne sachions plus nous parler franchement de vive voix est sans doute aussi significatif du peu d’amitié qu’il reste. Quant à m’écrire, c’est justement ce que je reprochais à Myriam de ne pas faire. J’ai écrit, moi. On m’a rarement répondu, de quelques mots me promettant le plus souvent de plus longues réponses ! Nous ne devons pas nous voir beaucoup plus que deux ou trois fois dans l’année, ce qui n’est que deux ou trois fois plus souvent que je vois don Esteban, qui vit en Polynésie, à vingt mille kilomètres de moi ! Myriam pourrait m’objecter que moi non plus je ne suis pas venu la voir à Bordeaux. A quoi je répondrai que cela aussi est sans doute significatif de l’essoufflement de notre amitié. Je pense sincèrement que tu as eu tort, Myriam, de ne pas m’écrire davantage, de ne pas m’écrire vraiment, tout simplement, comme je t’ai plusieurs fois exhorté à le faire. Tu as dû croire que je serais toujours là, malgré l’absence de tout signe de toi, comme j’ai souvent tendance à croire moi-même que rien ne change, que tout m’attend. Eh bien non. Je n’y suis plus. Je ne suis pas prêt à oublier une faute que tu ne veux pas même reconnaître pour sauver notre amitié. Tu ne veux pas faire de geste d’apaisement ? Eh bien moi non plus ! La belle amitié, vraiment ! Myriam, je te prédis que je ne te manquerai pas. Je ne te manquais sans doute déjà plus du temps où nous étions encore officiellement amis. Finalement, il m’est fait le même sort qu’à ma sœur il y a des années, qui fut peu à peu délaissée. Je sais de quoi je parle, puisque j’ai participé au sort qui lui était fait. Elle n’a rien dit, bien sûr, parce qu’elle ne dit jamais rien. Elle se croit et passe donc encore pour ton amie, mais comme je l’étais il y a une semaine à peine ! Car peux-tu bien me dire ce qu’il reste vraiment de votre amitié, si ce n’est des déclarations d’amitié, par personne interposée (moi le plus souvent) ? « Va, je ne te hais point », dit Chimène à Rodrigue. Je pourrais le dire, moi aussi, quoique plus prosaïquement : Je ne te hais point, va, mais bon, je n’y crois plus… Cette fois-ci, je pense avoir tout dit. Il est grand temps que je me taise, à présent, avant de me faire détester de vraiment tous ceux qui m’aiment ou le prétendent !
02:05 Publié dans 2008, Journal | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Commentaires
Bon, je vais devoir passer par une période de sevrage moi aussi alors ! Plus d'Olivier dans mes longues nuits solitaires ... plus que le cri de la chouette et du Goux !
Ecrit par : iPidiblue, ce n'est qu'un au revoir mes frères ! | 12/01/2008
Rassurez-vous, mon cher Pierre, je n'ai jamais eu l'esprit de suite. Il n'y a pas plus inconséquent que moi. Après tout, j'ai grandi au milieu de femmes ! Si ça se trouve, je récrirai dans ce blogue dès demain !
Ecrit par : Olivier Bruley | 12/01/2008
Prions mes frères pour que le divin corps d'Olivier nous soit rendu avant la Chandeleur ou la Noël !
Ecrit par : iPidiblue et la question du réchauffement people | 12/01/2008
Ecrire un commentaire