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06/01/2008

Samedi 5 janvier 2008

            Suite de Christophe. Chattant hier soir avec Laurent, je lui ai demandé ce que Christophe avait pensé de moi. « ‘‘Il est sympathique’’, voilà ce que me dit Christophe », me répondit-il. « Ah ? C’est tout ? Il est encore chez toi, alors ? Et il n’a rien dit d’autre ? – ‘‘Sympathique et mignon, qu’est-ce que tu veux que je te dise de plus ?’’, voilà tout ce qu’il me répond. Je crois qu’il ne t’aime pas beaucoup. – On dirait que non, en effet. Il faut dire qu’il y a de quoi. Certains être simples ont l’instinct des bêtes. Il a dû sentir que tu me tripotais dès qu’il avait le dos tourné », (petite comédie qui m’avait d’ailleurs fort déplu, car je suis loin d’être le monstre sans cœur que dit don Esteban, ou si je le suis, ce n’est jamais à la dérobée (où donc serait le plaisir ? (enfin, « jamais », peut-être pas ; disons : aussi rarement que possible…)), mais c’est bien en face de ma victime, pour jouir du spectacle de sa peine et ne pas passer pour un fourbe à ses yeux. (Mais qu’on n’aille pas croire que j’agis fréquemment de la sorte : je n’ai qu’exceptionnellement commerce avec autrui.) De toute façon, je ne voulais vraiment pas faire de mal à ce garçon déjà tellement frappé par le malheur. Tout à coup, Laurent m’a demandé si je voulais connaître l’adresse électronique de Christophe, pour pouvoir chatter avec lui sur MSN. Dès le début de notre conversation, Christophe s’est excusé pour la mauvaise soirée que j’étais censé avoir passée, selon ce que lui avait rapporté Laurent : «  Il paraît que tu as passé une mauvaise soirée : excuse-moi. » C’était touchant. « Mais non, pas du tout. C’est Laurent qui t’a dit ça ? Au contraire, je t’ai beaucoup apprécié. – Moi aussi, je t’ai beaucoup apprécié. » En réalité, nous ne nous sommes pas seulement dit « apprécié », mais les autres mots que nous avons prononcés relèvent un peu trop du langage de ‘‘jeunes’’, pour ne pas dire d’une langue puérile. Il n’y a que « Mignon » qui aurait peut-être encore la dignité d’une odelette (« Mignonne, allons voir si la rose… »), et encore, il me semble que le nom perd beaucoup de sa dignité en devenant adjectif. Christophe m’a révélé que Laurent ne voulait d’abord pas me donner son adresse. J’en ai déduit que c’est Christophe qui avait insisté pour qu’elle me soit connue, étant donné que je n’avais pas demandé de moi-même à l’avoir. Pourtant, à la façon dont il m’avait donné ladite adresse, j’avais bien cru que l’idée venait de Laurent… Mais je me suis vite aperçu, en chattant simultanément avec les deux garçons, que je me représentais assis sans doute l’un à côté de l’autre derrière leurs ordinateurs portables respectifs, qu’ils me disaient exactement le contraire de ce qu’ils pouvaient se dire l’un à l’autre et penser qui m’était dit à moi. Par exemple, Laurent est persuadé que Christophe est fou amoureux de lui, alors qu’il n’est probablement que fou, fou de jalousie, sans doute, (paranoïaque, ou à tendance paranoïaque, je ne sais plus, selon le diagnostique de Laurent), mais tout à fait disposé à se montrer infidèle : en couchant avec moi, par exemple. De son côté, Christophe croyait que Laurent verrait d’un mauvais œil une relation entre lui et moi, alors que celui-ci m’a dit au contraire, ce soir, qu’une telle relation le laissait indifférent (vérité ou mensonge ? c’est du moins ce qu’il a prétendu devant moi), ce que, pour le rassurer, je me suis empressé de répéter à Christophe, tout à l’heure, qui doit venir me voir à Mont-de-Marsan mercredi, pour faire des choses que la morale réprouve, même si Laurent, le ψ, l’approuve, ou fait comme si ! Mon désir pour Christophe est déjà beaucoup moins ardent, maintenant que je sais qu’il en a pour moi lui aussi. Je suis beaucoup plus désireux de ne pas le voir s’attacher trop à moi : c’est tout de même un grand malade, qui rendrait la vie impossible au plus patient des hommes. L’indifférence réelle ou feinte de Laurent me déplaît beaucoup. Si Christophe en prenait la mesure, il pourrait se détourner de lui et me mettre le grappin dessus !

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