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07/01/2008
Lundi 7 janvier 2008
Grand abattement de tout moi, corps et âme. Fatigue, courbatures, fièvre, mal de gorge, nez pris, bouche sèche, à cause du médicament contre le rhume ; tristesse et découragement, à cause de don Esteban qui m’a comme contaminé : il semblerait qu’il ne croie plus en sa bonne étoile. C’est d’ailleurs compréhensible. Il est sans le sou ; ne sait absolument pas quand la somme sur laquelle nous comptons tellement lui sera versée ; et dernièrement, son frère n’a pas même voulu payer les 500 EUR de l’assurance de sa maison : si elle brûlait, il perdrait tout, mais il ne veut pas la vendre, parce qu’elle est tout ce qui lui reste. Il se pourrait que le téléphone ou l’électricité lui soient bientôt coupés. Alors, nous ne pourrions plus même correspondre ensemble. J’ai toujours eu de la chance, contrairement à ma sœur. Tout m’a toujours été donné sans que je fasse réellement l’effort de l’obtenir (il est vrai que je n’ai jamais eu de bien grandes ambitions : c’est le secret du bonheur !). Il semblerait qu’il ait fallu que je rencontre Esteban pour que le malheur s’abatte enfin directement (presque directement) sur moi, puisque de son bonheur dépend en grande partie le mien. Le garçon d’hier soir avait un nom patronymique d’une grande beauté, très français, évoquant forêts, fontaines et Flaubert. J’espère que je ne lui ai pas transmis mon rhume. Son corps était très fin et le sillon de ses fesses cachait d’épaisses boucles blondes. Ce fut le seul rayon de soleil de ma journée. Très vite, une espèce d’ombre s’est abattue sur moi. Même en le serrant fort dans mes bras, j’avais le sentiment, ou la sensation, je ne sais trop, sentiment ou sensation d’ailleurs peut-être trompeurs, de ne pas arriver à toucher vraiment le garçon. Il faut dire que la salive dans ma bouche était presque tarie, à cause du médicament que je disais tout à l’heure. Faire l’amour sans salive, c’est un peu comme caresser sans les mains. C’est sans doute aussi un comportement suicidaire, tant il doit y avoir alors de microlésions dans la muqueuse buccale. Mais qui donc, de nos jours, sucerait une bite sous plastique, à moins, bien sûr, de savoir son partenaire sexuel contaminé, ou d’en avoir de grands soupçons (alors qu’on nous rabâche que les soupçons doivent porter sur tout le monde, ce qui, à bien y réfléchir, condamne les hommes au grand amour, qui n’a sans doute pas la légèreté ni la grâce des amours passagères, de l’amour charnel) ? Je ne sais pourquoi ce n’est qu’à partir de la sodomie que le préservatif va de soi, qu’il ‘‘s’enfile tout seul’’ ? Qui donc sucerait du latex, si ce n’est peut-être aussi celui qui se saurait soi-même, comme c’était mon cas hier, ‘‘plus contaminable’’ que d’ordinaire, s’il est possible de dire les choses ainsi (mais je ne parle pas ici de réalités médicales, mais bien d’obscures croyances, de superstitions fondées sur l’ignorance autant que sur la connaissance) ? N’est-ce pas cela, ma fièvre d’aujourd’hui : le signe de ma contamination ? N’ai-je pas lu quelque part, en effet, ou quelque crédule comme moi ne m’a-t-il pas déjà rapporté, que le lendemain de sa contamination, le sujet avait de la fièvre ? La pensée que Christophe, qui doit venir ici mercredi, et qui a le sida, est condamné à se faire sucer avec un préservatif, me hante. C’est cette pensée, je crois, qui est depuis mercredi dernier à l’origine de ma tristesse. J’ai pris ce pauvre être en pitié. Mais comment aimer, comment être gai, comment sourire avec légèreté, quand on a pitié ? Se peut-il que Cyrille, le fiancé de ma sœur, soit condamné à l’aimer séparé d’elle, par de la matière plastique ? Le danger que ma sœur se rende criminelle à son tour, avec la complicité de la victime potentielle, me paraît énorme. Μαις ιλ υ αυραιτ δ’αυτρες χωσες α διρε συρ λε φιανκη δε μα σωηυρ, κυ’ιλ νε μ’εστ πας περμις δε ρηυηλερ, κε κυε ιε φεραι κυανδ μημε, υν αυτρε ιουρ, παρκε κυε κε ιουρναλ εν ρεσσεντ λε βεσοιν (λε ιουρναλ πλυς κυε μοι).
17:00 Publié dans 2008, Journal | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Commentaires
Mais qu'est-ce que tu sais de ce que font ta soeur et son copain ? D'autre part si comme moi, il n'y a pas de trace de virus dans son sang, elle n'est guère contaminante ! Tu ne veux pas non plus qu'ils s'embrassent avec un plastique sur la bouche ?
Tsst ! Quel fantasmeur tu fais ... vis ta vie et arrête de chercher midi à quatorze heures !
Ecrit par : iPidiblue sous cellophane | 07/01/2008
Pas hévident, comme dit l'autre...
J'aime beaucoup vos phrases, toujours, et surtout celle-ci : "Le garçon d’hier soir avait un nom patronymique d’une grande beauté, très français, évoquant forêts, fontaines et Flaubert."
Ecrit par : Guillaume | 07/01/2008
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