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07/01/2008
Dimanche 6 janvier 2008
Visite de Laurence et Myriam. Je suis resté souriant, parce que j’étais sincèrement heureux de les voir, comme par réflexe. Mais par principe, j’aurais dû leur montrer ma légitime colère. Si cette colère ne se voyait pas, c’est probablement parce que je décolère désormais avant même que de m’emporter, ce qui signifie sans doute que je ne tiens déjà plus tant que cela à une amitié qui, de fait, n’a plus d’amitié que le nom. Qu’on ne puisse plus se voir que rarement, je le conçois très bien, puisque nous n’habitons plus la même ville. Qu’on ne se téléphone pas, à cause de l’espèce de phobie de Myriam, admettons : j’ai eu de ces sortes de phobies, moi aussi. Mais qu’on ne corresponde plus du tout, alors qu’Internet permet de recevoir les lettres aussitôt que postées, et même de se ‘‘parler à l’écrit’’, en chattant, voilà qui n’est pas possible ! L’amitié se cultive. Celle à laquelle on ne met plus la main (car c’est une œuvre que l’amitié, une œuvre jamais achevée), celle-là n’est plus qu’un vain nom. Mais on préfère se payer de mots, allant jusqu’à dire que c’est précisément parce que l’amitié est indéfectible qu’on n’a plus à y œuvrer ! Quelle ne fut pas ma stupeur d’apprendre que Myriam, qui ne m’envoie de courriels qu’une fois tous les deux mois, ou à peu près (parce que, pensais-je, elle n’avait plus d’accès direct à Internet), passait en réalité presque tout son temps, depuis six mois, à jouer à une espèce de jeu vidéo qui se pratique en ligne ! Et comme si l’outrage n’était pas assez grand, le rendez-vous de cet après-midi, qui devait initialement avoir lieu à deux heures, et en prévision duquel j’avais changé toute l’organisation de ma journée (allant jusqu’à me lever aux aurores, pour faire ma distribution de prospectus ce matin), a été repoussé à quatre heures au dernier moment. Alors qu’il est si simple de ne pas donner de rendez-vous, de ne pas proposer de se voir, si l’on n’est pas assuré de pouvoir tenir ses engagements, si l’on n’est pas décidé à les tenir, en cas d’imprévu. Est-ce donc cela, mes amis ? Des gens qui ont les mauvaises manières de l’époque ? Nous avons passé presque tout le temps à nous donner des nouvelles les uns des autres. Mais précisément, ce pourrait être une définition négative de l’amitié : sont amis ceux qui n’ont pas à se dire ce qu’ils deviennent. Je sais que Myriam vient régulièrement lire ce blogue (c’est la seule chose qu’elle fait avec son ordinateur, me disait-elle tout à l’heure, quand elle ne joue pas à son jeu vidéo !). Eh bien ! Qu’elle se le tienne pour dit ! Je ne tiens pas autant qu’elle semble le croire à une amitié qui ne tient qu’à son nom ! Je lui préfère l’amour-propre !
03:28 Publié dans 2008, Journal | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
Commentaires
Bientôt ton cercle d'amis va se réduire à mon nom : l'enfer ou le purgatoire à ton avis, à moins que ce ne soit au fond le paradis ?
Ecrit par : Un seul iPidiblue vous manque et tout est dépeuplé ! | 07/01/2008
Je dirais plutôt un purgatif, non ?
Ecrit par : Olivier Bruley | 07/01/2008
C'est très sain après les fêtes !
Ecrit par : iPidiblue ou la saignée | 07/01/2008
Savez-vous, cher Pierre, que vous avez le don de me faire sentir coupable. Je parle le plus souvent sans réfléchir à ce que je dis. Vous ne me faites évidemment pas l'effet d'un purgatif, mais je n'ai pu m'empêcher de faire ce mauvais mot. Un jour, je vous inviterai à faire salon chez moi. Je vous recevrai dans la ruelle de ma chambre, comme faisaient les dames du XVIIe siècle. Nous y causerons autant que vous voudrez, à condition, bien sûr, que vous soyez toujours d'humeur à parler, dans un tel lieu !
Ecrit par : Olivier Bruley | 07/01/2008
Pas de problème, je me le tiens pour dit. Et comme nous ne savons plus nous parler franchement quand nous sommes face à face ce n'est plus non plus la peine de nous écrire.
Ecrit par : Myriam | 09/01/2008
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