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31/12/2007
Lundi 31 décembre 2007
Dernier jour de l’année. La Saint Sylvestre est pour moi ce jour légèrement plus pesant que les autres où mon esprit, sans vraiment en souffrir, ce qui est peut-être le plus triste, se sent comme plus lourd de cette pensée que personne n’a réellement désiré m’inviter à réveillonner, ni même, parfois, daigné répondre aux propositions que j’ai pu faire durant le mois de décembre pour ne pas me retrouver seul au dernier moment. C’est une date aussi agaçante que mon anniversaire, où non seulement je suis officiellement plus vieux d’une année, c’est-à-dire inéluctablement éloigné d’un an de tout ce que j’ai pu aimer et plus proche d’autant de choses que, probablement, j’aimerai de moins en moins, mais encore un jour où mon père risque fort d’oublier de me téléphoner, ce qui ne m’est pénible que dans la mesure où ma mère prend pitié de moi et, surtout, c’est un jour où, plus que tous les autres jours de l’année, Augustin ne pense manifestement pas à moi. Je n’écris pas cela pour me faire plaindre de mes lecteurs ni pour jouer la Cosette, comme dirait don Esteban, qui serait d’ailleurs bien plus à plaindre, le pauvre, puisqu’il se trouve loin du seul être qu’il aime vraiment, qui n’est autre que moi, cela dit en toute modestie ! J’énonce seulement un fait, dont la pensée m’occupe aujourd’hui plus particulièrement l’esprit, c’est-à-dire, en soi, assez peu, finalement, comme m’affecterait peu le sida de ma sœur, par exemple, s’il n’était une excellente matière pour ce journal, journal sans le soin duquel, sans doute, je serais encore bien moins homme qu’il paraît. Ce journal est tout l’extrait d’humanité qu’on peut tirer de moi. Mais c’est probablement beaucoup plus qu’on ne trouverait chez tant d’hommes à qui l’on donnerait le bon Dieu sans confession ! Je suis sans doute infiniment plus humain, plus homme, que tous ces gens (c’est dire s’ils le sont peu !) qui se sont prétendus mes amis, par exemple, et qui ne pensent pas à moi ou, pire, qui m’écrivent qu’ils pensent à moi pour enfin vider leur esprit de cette inutile pensée ! Bien sûr, je ne suis pas seul, ce soir. J’aurais pu dîner chez Siobhan, où ma sœur m’avait invité, apprenant que personne n’avait voulu de moi (c’est un fait, je le répète !). J’ai préféré refuser, parce que Siobhan est de ces gens capables de tout annuler au dernier moment sous prétexte que la journée fut mauvaise. J’ai d’ailleurs eu tort, car ma sœur, s’étant sans doute fait la même réflexion, a finalement décidé d’organiser chez elle la réception des quelques personnes qui étaient initialement prévues chez Siobhan. Comme presque tous les ans, je réveillonnerai donc avec ma mère qui, sans moi, aurait été seule, elle aussi (nous nous ressemblons tellement…). Je regrette déjà de devoir jouer de nouveau cette comédie avec elle, à cause d’un mot qu’elle m’a dit tout à l’heure et qui m’a assombri pour le reste de la journée. Tout ce que je voudrais, maintenant, c’est rentrer chez moi ! Je venais d’arriver chez elle, cet après-midi. Nous devions aller faire quelques courses ensemble. « Peut-on prendre ta voiture ? », ai-je demandé, laquelle voiture est équipée d’un autoradio (qu’il n’y a plus dans la mienne, depuis qu’on me l’a volé). « Non ! », a-t-elle répondu, mais prononcé de cette façon que même les chiens n’ont généralement pas à entendre. Bien sûr, elle s’est aussitôt reprise, en donnant une explication complètement incohérente, à mon sens : c’était une histoire de nouvelles chaussures, qui l’empêcheraient apparemment de conduire… Evidemment, ce n’est pas pour cette absurde raison, qui ne relève que de la naissante folie de ma mère, que ma journée était gâchée, mais uniquement à cause du ton sur lequel elle avait prononcé d’abord si naturellement, si spontanément, si violemment ce non qui, lui, relève d’un fond de haine qu’il y a depuis toujours en elle, haine des hommes, haine de moi, haine dont le surgissement tout sonore me replonge inévitablement dans l’enfance et le désespoir. Quel monstre que cette femme ! La brutalité physique de mon père la dégoûte. Sa brutalité à elle est morale. Finalement, comparé à mes parents, je suis la douceur même ! Si j’avais à faire maintenant, en toute sincérité, un vœu pour la nouvelle année, un vœu dont la sincérité ne vaudrait sans doute que maintenant, ce serait que ma mère meure avant la fin de 2008. Soyons plus raisonnable et formulons plutôt le vœu que don Esteban se remette en selle et m’emporte avec lui, loin de cette virago, et loin de ces amis qui ne sont déjà plus des proches. (Je l’écris sans plus vraiment y croire…) Il faudrait prendre aussi des résolutions, même si je suis, par nature, un grand irrésolu. Je prends donc la résolution de lire davantage et, surtout, de lire mieux. Je m’efforcerai aussi d’apprendre plus sérieusement la langue espagnole, pour le cas où mon vœu se réaliserait.
19:40 Publié dans 2007, Journal | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Commentaires
Meilleurs voeux pour cette année curieuse.
Ecrit par : L. | 02/01/2008
Olivier revient ! C'était pour rire, personne ne te traitera plus jamais de "beauf" !
Ecrit par : iPidiblue | 02/01/2008
Bonne anné, à toi (à vous, je ne sais plus) aussi, Lorenzo.
Ecrit par : Olivier Bruley | 04/01/2008
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