29/12/2007

Mardi 25 décembre 2007

            Noël. Ma grand-mère a passé la journée avec nous, chez ma tante. Par moments, elle se mettait à me fixer des yeux et semblait se demander d’où elle pouvait me connaître, sans être néanmoins bien sûre de m’avoir réellement connu. Elle avait le regard de quelqu’un qui serait tombé dans la réalité sur un être rencontré dans un rêve et qui chercherait à se rappeler quel était ce rêve merveilleux et complètement oublié. Ce semblait lui être une douleur, parce que ce personnage oublié d’un rêve oublié avait dû lui être cher, on voyait qu’elle était à moitié consciente de cela, si c’est bien le mot. Quand elle ne cherchait pas à se souvenir de moi, elle riait beaucoup, apparemment sans raison, mais il paraît que ce rire est un moyen de se défendre contre un monde qui lui est devenu si hostile. Elle rit comme rirait un homme sain d’esprit qui, croisant dans la rue une vague connaissance dont, par exemple, il ne se rappellerait plus le nom, rirait piteusement de se montrer si négligent, si oublieux. Paradoxalement, cette femme, qui a perdu presque toute sa conscience, rit donc d’elle-même. Le plus terrible est que ma grand-mère a ce même rire, ces mêmes mots d’excuse avec le présentateur du journal télévisé, dont elle ne comprend plus le discours et à qui elle répond aussi confusément qu’aux personnes réellement présentes à ses côtés, comme s’il était là lui aussi, à moins que ce ne soit nous qui ne soyons pas plus là pour elle que l’illusion de la télévision. C’est terrible et très amusant à la fois. J’ai d’ailleurs ri de bon cœur avec mon cousin Nicolas, qui rit de tout, et avec ma grand-mère elle-même, qui saute sur toutes les occasions de rire, évidemment. Si elle a gardé quelques tics de langages, des mots qu’elle disait tout le temps, avec une intonation qui lui était propre, et qu’elle prononce encore, mais hors de propos, elle parle désormais une langue absolument incompréhensible, une espèce de mélange de français, de chinois et de vietnamien. Elle a peur de sa chienne Capucine, qui vit désormais chez ma tante, et qui ne semble absolument pas souffrir, elle, de l’extinction de sa première maîtresse. Les chiens sont-ils si fidèles qu’on le prétend ? Il est question d’aller passer deux jours dans la famille du fiancé de ma sœur avant de rentrer à Mont-de-Marsan. Mauvais pressentiment : je ne tiens pas du tout à rencontrer la famille de quelqu’un qui s’amuse à dire à tous les repas, dès qu’un plat lui plaît (et tous les plats lui plaisent, on s’en doute), cette phrase qui ne veut rien dire, mais qui dit pourtant tout de celui qui la prononce : «  C’est bon pour dans ton corps » !

 


Commentaires

Mais quelle outrecuidance chez ce jeune homme qui se prend pour ton beauf !

A la rigueur moi je pourrais passer pour un soupirant silencieux ...

Ecrit par : iPidiblue ou du malheur d'être né | 29/12/2007

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