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21/12/2007
Jeudi 20 décembre 2007
Grand moment de honte, tout à l’heure, quand un ami m’a dit qu’il me trouvait courageux, que j’étais formidable, avec la maladie de ma sœur, etc. C’est ma sœur qui est courageuse avec son sida. (Je dis presque toujours son sida. Cela aussi, d’ailleurs, est une honte : jamais ma sœur ne le dirait en ces termes.) Moi, je n’ai fait que nourrir mon journal de son malheur à elle. L’occasion était trop belle pour que je la laisse passer : ma sœur contaminée, j’avais enfin quelque chose à dire ! Qu’on puisse croire qu’il m’a fallu du courage pour cela ne me rend vraiment pas fier de moi. J’ai dû déjà l’écrire quelque part dans ce journal : si je me suis emparé du sujet que constitue le sida de ma sœur, c’est en grande partie parce que, au fond de moi, je ne me sentais absolument pas concerné. Tout cela était d’abord trop abstrait, et l’est encore. La maladie ne s’étant heureusement toujours pas déclarée, on ne voit rien qui pourrait laisser penser que ma sœur est atteinte : son corps n’a pas même subi les transformations que, paraît-il, les trithérapies causent souvent aux plus malchanceux. Si j’effleure le sujet (car je ne fais jamais que l’effleurer, y étant invariablement extérieur), c’est sans doute avant tout pour me sentir touché par lui, ou par elle, ma sœur. Certains membres du site de pédés habituel disent que je manque de cœur et même d’humanité ! Ils ont peut-être raison. Je compatis plus facilement aux malheurs d’un chien ou d’un être diminué comme le joli garçon d’hier qu’à celui de ma propre sœur. Si j’ai pu paraître parfois plus impliqué que je ne le dis, comme par exemple lorsque j’écrivais des insanités contre ce chien (au mauvais sens du terme) de Hieronymus Z***, l’empoisonneur de ma sœur, c’était le plus souvent pour de mauvaises raisons, qui, là encore, sont loin d’être tout à mon honneur. J’avais trouvé en lui, dans sa souillure et sa culpabilité, l’occasion rêvée d’assouvir la passion dont je parlais l’autre jour, qui est celle de tous les hommes : faire ou dire du mal ! Et quand ma sœur était secrètement désespérée par sa nouvelle vie ou publiquement outragée par des gens qui voulaient s’adonner au même vice que moi, mais à ses dépens, je ne pensais de mon côté qu’au sperme de l’empoisonneur, au sang de l’empoisonnée, aux races qui s’éteignent, et j’en faisais des phrases, de belles phrases à grands mots pour ce journal. Dès le départ, j’ai parlé, j’ai répondu à côté, quand il s’est agi du sida de ma sœur. Le jour où elle m’a annoncé qu’elle était séropositive, à Bordeaux, c’était dans une voiture, entre Myriam et peut-être Gaëlle, cette félonne. Etant complètement ivre, je n’ai rien compris à ce qui m’était dit. Comme elle ne savait pas quels mots utiliser, ma sœur m’a donné à lire la feuille sur laquelle étaient écrits les résultats de son test sanguin : c’était évidemment illisible pour quelqu’un qui, comme moi, ce soir-là, n’était pas capable de marcher droit. J’ai cru que ma sœur était enceinte et lui ai répondu en riant, en riant, que ce n’était pas grave, qu’il ne fallait pas qu’elle se mette dans des états pareils, qu’elle n’aurait qu’à se faire avorter et que nous n’aurions même pas besoin d’en parler à notre mère. (Et oui ! j’étais ce genre de jeune homme-là, capable de tenir de tels propos, même sobre. Comme on voit, je n’avais pas beaucoup de moralité. Il est vrai que je n’en ai guère plus aujourd’hui. Don Esteban est bien placé pour le savoir.)
03:55 Publié dans 2007, Journal | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
Commentaires
Bon ! résumons, nous sommes tous des malades qui s'ignorent, sauf ceux qui ont eu la curiosité de faire des analyses ... réfléchissons bien mon petit Olivier, si tu te fais faire un test ADN comme beaucoup d'officines privées en proposent et qu'on découvre que tu as une prédisposition à l'Alzheimer ou à une maladie rare et pour le moment mortelle, qu'est-ce que tu fais ? tu prends une mine de cent pieds de long et tu traînes ton malheur pendant cinquante ans ? ou tu en prends ton parti sans emmerder le monde avec ça ?
La vie étant une maladie mortelle et inguérissable jusqu'à présent, il faut bien en rire un peu, non ?
Ecrit par : iPidiblue et les progrès du diagnostic précoce | 21/12/2007
Sans doute la maladie commence-t-elle pour les hommes avec la conscience de la maladie (pour la science, je ne sais). Si vous me connaissiez un peu mieux, cher Pierre, vous sauriez que si l'on m'annonçait que j'étais prédisposé à telle ou telle maladie rare, j'en ferais très certainement ''une maladie", justement. Fort heureusement, je n'emmerderais pas grand monde avec cela, parce que j'ai déjà l'impression de ne plus avoir personne à qui je sois cher autour de moi, si ce n'est ma mère (vous vouyez un peu où j'en suis ! "Cosette !", dirait don Esteban). Mais je suis d'accord avec vous, il faut bien rire un peu.
Ecrit par : Olivier Bruley | 22/12/2007
Oui, Molière en aurait fait une pièce tragi-comique ! Il souffrait du mal de la jalousie mais il en était très conscient ... il s'en rendait malade avec de justes motifs d'ailleurs car sa femme lui faisait porter de hautes cornes mais le métier d'amuseur passait avant tout donc il se moquait de lui-même tout en souffrant réellement !
Ecrit par : iPidiblue et l'alias de Jean-Baptiste Poquelin | 22/12/2007
Alors bon noël Olivier et pour les îles je t'ai trouvé une petite compagnie low-cost où l'on finit le voyage à la rame ! Je t'envoie les billets ...
Ecrit par : iPidiblue en liesse | 24/12/2007
Bon, là, j'avais trouvé quelque chose de presque intelligent à dire (je sais qu'on est à l'extrême limite du crédible...), mais le temps de lire les commentaires précédents, cela m'est tout à fait sorti de la tête.
Je fais donc un peu le guignol, juste pour vous dire que je suis passé et vous ai lu...
Ecrit par : Didier Goux | 26/12/2007
Joyeux Noël à vous aussi, Pierre, avec un peu de retard, parce que j'ai passé quelques jours à Troyes, dans la famille de mon père, sans jamais trouver le temps de me connecter.
Merci de votre visite, Didier. Se taire étant souvent la meilleure façon de ne pas dire de bêtises (qui est le début de l'intelligence), vous avez peut-être bien fait d'oublier le commentaire que vous vouliez poster !
Ecrit par : Olivier Bruley | 28/12/2007
Attention ! Didier, Olivier mord fort, pour l'amadouer il faut être ferme, la sucrerie dans une main et le fouet dans l'autre !
C'est comme pour Clémentine Autain, je vous l'ai déjà dit, une bonne claque sur la truffe avant qu'elle ne se mette à déballer les trente-six mille bêtises de sa boîte à beignets. Seule manière d'avoir la paix.
Ecrit par : iPidiblue, dresseur à domicile | 28/12/2007
Pierre, vous voyez le mal partout, je n'ai rien dit de bien méchant, pour une fois. Par contre, vous... Franchement, me comparer à cette Clémentine Autain, c'est vraiment très cruel !
Ecrit par : Olivier Bruley | 29/12/2007
Mais elle est très jolie Clémentine ! Elle attire les regards, bon ! d'accord il lui faut sa fessée tous les jours ...
Ecrit par : iPidiblue et la fessée du soir | 29/12/2007
Je persiste à adorer la façon délicate que vous avez de me traiter d'imbécile... (Je dois être un peu maso.)
Ecrit par : Didier Goux | 01/01/2008
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