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10/12/2007

Dimanche 9 décembre 2007

            Cyrille, le nouvel actuel compagnon de ma sœur, nous racontait ce soir qu’il était tombé par hasard, l’autre jour, sur l’un de ses anciens amis, qui aurait juré (entend-on dire partout à celui-ci, si j’en crois du moins ce que rapporte celui-là) de lui « ‘‘casser la gueule’’ », pour cette raison à laquelle j’ai toujours tant de mal à croire (même après l’avoir entendu si souvent invoquer) qu’il ne lui avait pas été révélé assez tôt que ma sœur était séropositive : ce méchant homme prétendait être furieux que Cyrille l’ait laissé l’embrasser (la prendre dans ses bras) tout en la sachant sidéenne ! Evidemment, je ne crois pas du tout que cet homme soit assez sot pour penser que le sida s’attrape par de simples embrassades, comme il affecte de le croire. En réalité, la séropositivité de ma sœur ne lui est qu’un prétexte pour assouvir sa passion, qui est celle de tous les hommes : faire le mal ; ou dire du mal, c’est tout un ! Comme tant des animaux de cette terre (l’homme est un animal politique, dit Aristote), ayant l’instinct grégaire, il a besoin d’être d’un clan : il lui faut donc des ennemis naturels, contre qui rallier sa troupe. Pour cela, quoi de mieux qu’une maladie qui fait disparaître les lignées ? (Dans ma famille, nous avons eu notre lot de ces sortes de maladies : le sida de l’une, l’homosexualité de l’autre ; et je ne parle pas de ce qu’il ne m’est pas permis de publier !) Finalement, le matamore n’a rien cassé du tout : c’était un mouton, un veau qui se laisserait mener sans broncher à l’abattoir, alors que Cyrille, qui a justement tout ou presque d’un meneur, a appris à bien se battre et à tuer du temps qu’il était soldat. Je ne suis pas bien différent de cette malheureuse carne : combien de fois ai-je moi aussi battu, torturé, assassiné d’hommes en pensée ou en parole ? Les mille morts que j’ai souhaitées pour Hieronymus me seront sûrement comptées un jour. Moi aussi, j’ai tenté de rallier contre lui ma troupe (sans grand succès, il est vrai), et moi aussi, je l’ai fait en désignant à la vindicte d’autres lâches la souillure de son sang. Sperme et sang (c’est-à-dire race, sans doute), voilà ce qui avait fini par occuper toutes mes pensées : même si j’en prononçais rarement les noms (car personne n’est épargné par la langue de bois, cette autre maladie du système immunitaire, celui de l’esprit), j’étais devenu obsédé par la semence mortifère de ce ridicule ‘‘ossuaire’’ de Hieronymus Z*** (qui semble n’avoir jamais été qu’un misérable petit tas d’ossements !) et par le sang souillé de ma sœur, de ma race. Mais sperme et sang ne sont-ils pas, à la fin, la seule raison d’être des bêtes ? C’est la leçon que je tire de la haine que m’inspirait Hieronymus : avant d’être un animal politique, l’homme est une bête endormie, qui ne demande qu’à être réveillée.

 


Commentaires

... y'a des cons partout... Bon courage à vous !
amicalement, jerome-b

Ecrit par : jerome-b | 10/12/2007

Il arrive même à certain de verser du sang par manque de sperme... c'est dire s'ils sont indissociables...

Ecrit par : david | 10/12/2007

Très joli texte !

Tu sais il y a des femmes séropositives qui font des enfants séronégatifs quand même grâce aux antiviraux !
Ce n'est qu'un virus parmi d'autres, ne te monte pas le bourrichon avec cela foi d'animal !

Ecrit par : iPidiblue HIV+ | 10/12/2007

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