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18/11/2007

Samedi 17 novembre 2007

            Il y a plusieurs jours que je suis complètement abattu. Depuis jeudi, je m’affaire mollement à revoir l’agencement de la zôthèque, pour me donner l’illusion d’habiter encore un peu ma vie. J’ai l’impression de traîner le même rhume depuis bien trois semaines. Les cachets ne me font plus aucun effet et j’empeste le baume dont je m’oins la poitrine pour mieux respirer. C’est encore l’automne, mais il fait déjà un froid tel qu’on n’en voit jamais dans les Landes même au cœur de l’hiver. Maudite soit ma mère d’avoir un tel ascendant sur moi ! Une seule intonation de sa voix me replonge dans l’enfance et le désespoir. Maudit soit don Esteban d’avoir vécu avant moi ! Je naissais quand il devenait riche. Tout était dépensé pour notre rencontre. Maudits soient les amis à qui je ne manque pas. Maudit sois-je de m’être si bien passé d’eux. Je lisais tout à l’heure dans A partir du lapin (Francis Marmande, Verdier, 2002, page 27) : « Toréer de salon, c’est toréer sans toro. Enfin, sans taureau visible ! Donc, avec plus de toro. On fait les gestes. On enchaîne les passes. On dessine un rêve. » Je pourrais dire que j’ai toréé ma vie de salon, que j’ai vécu sans vie ! C’est-à-dire en face de plus de vie. J’ai combattu la vie. Mes gestes et passes n’ont dessiné qu’un songe. De l’ombre est toute ma consistance, je veux dire qu’au lieu d’être une présence projetant une ombre au sol, je suis cette ombre même, que rien ne projette, qu’une absence. La métaphore ne peut être filée davantage, car toréer de salon, c’est toréer réellement, « ce n’est pas faire semblant », dit Marmande. Dans les deux premières saisons des Soprano (je n’ai pas encore regardé au-delà), le personnage qui m’émeut et, sans doute, me ressemble le plus (Esteban me dit souvent que je ramène tout à moi), c’est Christopher, qui a tout une vie rêvée (le cinéma), à côté de laquelle il passe. (Il rêve aussi (mais c’est toujours du cinéma) d’être un grand bandit, une figura, pourrait-on dire, mais de la mafia. Or, à la fin de la saison 2, Tony Soprano le fait monter en grade. Il y a toujours de l’espoir.) Je me demande si le fait d’avoir regardé tous les soirs deux épisodes des Soprano n’est pas pour quelque chose dans mon ‘‘bovaryque’’ abattement. La série ne me bouleverse pas moins que Elephant en son temps, qui m’avait profondément affecté. J’ai eu les larmes aux yeux, l’autre nuit, à peine le tout premier épisode de la deuxième saison commencé, en entendant Sinatra chanter It Was A Very Good Year tandis que la caméra surprenait les principaux personnages, souvent seuls et comme livrés à leur être, dans les plus anodins instants de la vie quotidienne (Livia dans son lit d’hôpital, Tony rentrant sans faire de bruit de chez sa maîtresse, Anthony junior se coiffant devant le miroir de sa chambre, Christopher, seul devant sa télévision, regardant un vieux film en prisant de la cocaïne). J’étais filmé avec eux, seul dans mon grand lit, Pélagie couchée tout contre moi, comme une bouillotte, et la chaleur de l’ordinateur portable traversant les couvertures jusqu’à mes jambes.

 


Commentaires

J'étais totalement déprimé en regardant certains épisodes des Sopranos, au point que j'évitais de les regarder le soir.

Ecrit par : Ron | 18/11/2007

"il y a une expression tauromachique que j'aime beaucoup. D'un taureau sans personnalité et sans caractère, un peu douillet, assez pleutre, on dit qu'il est manso. Et d'ordinaire quand un taureau manso se présente devant un picador, sa déroute est totale. Dès la première égratignure, il s'enfuit sous les huées. En revanche, il y a de ces taureaux mansos que le contact du fer réveille et dont on dit qu'ils grandissent sous le châtiment."
Yvan Audouard in La Camargue, 1965 Editions Rencontre.

Voilà un livre que je t'offrirais volontiers si tu passais un jour par Rueil ...

Ecrit par : iPidiblue toré le dimanche | 18/11/2007

Il faut offrir l’hommage de son respect à l’auteur d’une si belle querencia !

« De l’ombre est toute ma consistance »… Quelle inceste propension peut conduire l’homme à vouloir forger telle parenté avec le soleil noir plutôt que clore tous procès mus et à mouvoir avec lui.

« Il was a very good year » : Herbert Rehbein en a donné une admirable interprétation.

Suerte a usted

Ecrit par : Loredan | 20/11/2007

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