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29/10/2007

Dimanche 28 octobre 2007

            Cet après-midi, la peña ‘‘El brindis’’ avait organisé une fiesta campera dont les profits devaient revenir aux handicapés. Six novillos étaient toréés par (dans l’ordre) Richard Milian, Julien Lescarret, Mehdi Savalli, Thomas Bacqué (à cheval), Thomas Dufau et Mathieu Guillon. Le jeune rejoneador était, à mon goût, d’une grande beauté. Non loin de moi, il y avait aussi un très joli jeune homme avec une barbe de trois jours. Il n’avait d’abord sur lui que cette espèce de vareuse de marin que je crois que portaient autrefois les résiniers. Puis, quand le soleil est passé derrière l’enceinte des arènes, il a mis un pull et un bonnet à grosses mailles de laine. Parfois, je le voyais s’accroupir sur le degré où il avait sa place. Est-ce qu’il ne faut pas être un peu hippie pour s’accroupir au lieu de s’asseoir ? Quoiqu’on imagine mal un hippie assister à une corrida. Il aurait plutôt sa place dans les rangs de ceux qui manifestaient contre elle, tout à l’heure, devant les arènes. Barbarie de leurs bons sentiments : ils voudraient interdire tout un art, et ils peuvent le faire savoir sans aucune vergogne, sans que personne ne vienne leur faire honte de la folie de leur projet. Comme si l’idée qu’ils défendent était une idée respectable, digne d’un débat ! Peut-on sérieusement débattre pour ou contre le théâtre, pour ou contre la musique ? On sait bien quelle sorte d’hommes a voulu interdire cette dernière. En attendant l’interdiction pure et simple de la corrida, ils voudraient que les jeunes gens de moins de seize ans ne puissent plus y assister. Ainsi, les aficionados ne pourraient plus former à leur tour le goût de leurs enfants. A terme, la corrida s’abolirait d’elle-même. Ce n’est pas des livres qu’on veut brûler (mauvais ou subversifs), mais interdire toute possibilité de littérature ! Hélas ! Que peuvent donc les amateurs d’un sang versé avec art contre des barbares assoiffés d’amour et de non-violence ?

Commentaires

Oui, quel intérêt d'assister à une corrida s'il n'y a plus de moins de seize ans. Très matznevien tout ça finalement...

Ecrit par : Visiteur | 29/10/2007

Comparer (sur le plan de la censure) la corrida à la littérature ou la musique, curieux... (Leiris l'a fait, autrement toutefois.)
Le plus scandaleux, dans la corrida, c'est qu'elle supplante, dans son ennuyeux ballet de mort, un vrai sport spectaculaire et subtil comme la course landaise.

Ecrit par : Guillaume | 29/10/2007

Je me souviens que vous aviez dit, chez Marcheschi, en apprenant que j'étais landais, que les Landes étaient le pays des vaches (je crois même que vous aviez dit des vachettes !), à quoi j'avais répondu, un peu vexé, que c'était tout de même aussi le pays des toros, ce qui n'est d'ailleurs pas tout à fait vrai : on les y tue ; on ne les y élève pas. J'ai assisté à quelques courses landaises lorsque j'étais enfant, mais n'en ai pas gardé de souvenir impérissable. Il y manque la mort, à mon avis. Celle du toro ou celle toujours possible du torero (même s'il est vrai qu'écarteurs et sauteurs peuvent mettre leur vie en danger). Cela dit, corrida et course landaise sont deux formes de tauromachie aussi respectables l'une que l'autre. Personnellement, je ne considère pas la corrida comme un sport (même si elle demande une excellente forme physique), mais comme un combat et un art. On doit d'ailleurs sûrement pouvoir en dire autant de la course landaise.

Ecrit par : Olivier Bruley | 30/10/2007

Il est impossible que j'aie employé le terme "vachettes", ou alors dans le seul but de dénoncer cette terminologie parisiano-tf1iste. Pour ce qui est des Landes, il est étonnant de voir que les Landais sont plus rétrogrades que les Espagnols, qui commencent, quant à eux, à abolir la corrida dans de nombreuses "places" traditionnelles.
Sinon, sur le reste, je vous suis : art, sport, etc. on peut débattre.
Dans la course landaise, la seule mort possible est celle du torero, qui en est conscient. Les toros de combat, eux, n'ont rien décidé du tout : c'est cela qui me choque. On tue à chaque fois six animaux sans prendre de réel risque, et sur la seule décision humaine. Cette supériorité de principe de l'espèce humaine me choque. Bien sûr, l'homme est supérieur à l'animal, aux animaux, par son langage, l'art, la technique... mais sur le droit de vie ou de mort, en dehors de la prédation, il y a là, selon moi, défaut de morale.

Ecrit par : Guillaume Cingal | 30/10/2007

Je veux bien croire que j'ai imaginé ce terme de vachettes. Mais vous exagérez un peu en disant que, dans une corrida, on tue six toros sans prendre de réel risque... Le risque est bien réel pour les toreros ! Leurs corps sont marqués des blessures qu'ils se font tout au long de leur carrière. Certains sont tués. Ce qu'il faudrait, c'est ne pas considérer uniquement la mort du toro, mais essayer de penser à tout ce que la corrida implique de vie. C'est tout un mode de vie qui disparaîtrait avec elle : un vocabulaire, des costumes, de la musique, la raison d'être de ces édifices circulaires qui me font me sentir un peu romain, une forme d'érotisme même (je ne cache pas que ce que j'aime le plus, dans la corrida, ce sont les toreros !). Mais il faut penser aussi à la vie des toros, aux cinq années de liberté qui précèdent le quart d'heure de combat. C'est une chance pour ces bêtes de mourir dans la lumière, dignement, plutôt que dans l'ombre d'un abattoir. Il arrive même (très rarement, il est vrai), que les plus braves soient grâciées. Si elles survivent à leurs blessures (qui peuvent encore s'infecter), on les laisse terminer leur vie au campo et mourir de leur belle mort. Que deviendraient ces années de liberté sans la corrida ? Qui même élèverait encore ces bêtes ? L'espèce disparaîtrait sûrement. La mort n'est qu'un moment de la corrida. Mais une explosion de vie (dans le combat) la précède. Et puis, il faut bien mourir, à la fin, homme ou toro ! C'est peut-être la leçon de la corrida la plus difficile à entendre, à une époque où l'on ne rêve que de vivre centenaire.

Ecrit par : Olivier Bruley | 31/10/2007

On engraisse bien les oies et les canards, moi j'engraisserai bien un Guillaume Cingal avant de l'abattre proprement !

Ecrit par : iPidiblue torero des blogs | 31/10/2007

ipidiblue, calmez-vous, bon sang ! vous voyez bien que ça cause sérieusement, non ?

Ecrit par : Didier Goux | 31/10/2007

Moi j'accorderai du crédit à ceux qui défendent la corrida quand ceux-ci seront prêts à prendre le risque de faire le taureau. Que dis-je, quel risque ? ils finissent forcément par se faire saigner : la corrida d'aujourd'hui n'est plus un art, c'est une mise à mort, pure et simple. Donnez leurs du pain et des jeux, cela ne te rappelle dont rien Olivier ? Du sang ! du sang ! Alors bien sur comme cela ne fait plus tres classe de le faire avec des humains, on se dit qu'avec des animaux, ma foi c'est un assez bon pis aller...
Cette pratique est lamentable. Tuer des taureaux pour distraire les moutons, mais quelle honte. Là tu me déçois Olivier, sincèrement. J'attends le jour où tu feras ton mea culpa.

Ecrit par : david | 01/11/2007

Je vais peut-être en choquer quelques-uns en disant ceci, mais à la corrida, il n'y a que le torero qui prenne des risques. Le toro n'en prend aucun. Il n'a pas le choix : il est contraint de combattre et il est assuré (à de rares exceptions près) qu'il mourra. Pour prendre des risques, il manque au toro la conscience ! C'est le torero qui choisit de risquer sa vie dans l'arène. Déplorer que le toro et le torero ne soient pas égaux n'a aucun sens, si tant est que cela soit vrai, d'ailleurs, car si l'homme est en effet supérieur à la bête par son intelligence, l'intelligence ne lui permet pas toujours de l'emporter sur la force brutale de la bête. Des toreros sont morts en officiant. Il en mourra d'autres. L'intelligence de l'un et la brutalité de l'autre ne sont pas loin de s'équilibrer. Encore heureux que l'intelligence l'emporte ! Comment donc peut-on même seulement insinuer qu'il serait bon que l'homme, à son tour, "fasse le toro" ? C'est à moi de le dire cette fois : mais quelle honte ! L'homme n'est pas une bête. Qui donc pourrait sérieusement vouloir réduire un homme au rang de bête, si ce n'est une autre bête ? On ne tue pas des toros pour distraire des moutons, mais parce qu'on est homme parmi les hommes, et que l'humanité est un combat permanent contre la brutalité de la nature (y compris contre celle qui se trouve dans l'homme même) que symbolise le toro. Une lecture humaniste de la corrida est possible, que faisait par exemple Alain Renaut dans son intervention dans un colloque organisé en 2005 par l'Ecole normale supérieure et que j'invite vivement mes lecteurs à écouter, qu'ils soient favorables ou défavorables à la corrida, car Renaut commence par montrer l'extrême faiblesse des arguments généralement avancés par les aficionados pour leur défense. Voici la courte présentation de son intervention, intitulée L'Humanisme de la corrida, qu'on peut lire sur le site Diffusion des savoirs de l'Ecole normale supérieure : "Contre les diverses interprétations réductionnistes (sociologiques, psychanalytiques ), une lecture humaniste de la corrida est attentive à ce par quoi elle relève de cela même qui définit l’humanisme, c’est-à-dire la désignation de la culture comme la tâche propre de l’homme. Soumission de la nature brute au libre arbitre humain, victoire de la liberté sur la nature, la corrida suscite, en raison même de son sens, une émotion de nature esthétique, moins parce que son but serait de produire de la beauté, mais parce que la création artistique a quelque chose à voir avec la soumission d’une matière aveugle à une volonté qui lui donne forme."

L'Humanisme de la corrida :
http://www.diffusion.ens.fr/index.php?res=conf&idconf=1018

Ecrit par : Olivier Bruley | 02/11/2007

Et les combats de coqs ? et les combats de chiens ? Tu as une idée sur la question, Olivier ?

Mes salutations émues à Didier Goux qui a disparu des ondes depuis hier soir ... Ave Didier, morituri te salutant ou quelque chose de la même farine.

Ecrit par : iPidiblue se tient au courant | 02/11/2007

Vous vous moquez, Pierre, je le vois bien, mais je ne vous en veux pas, parce que je ne suis pas loin d’avoir un avis sur les combats de coqs ou de chiens, en effet ! Un jour, parce que c’était un raccourci, j’ai traversé la ‘‘cité’’ locale (la ‘‘téci’’) en voiture, et j’ai aperçu un attroupement de ‘‘jeunes’’, comme on les appelle, qui étaient en train d’assister, derrière un immeuble, à un combat de coqs, justement ! J’en fus profondément scandalisé, non pas à cause des coqs, dont le sort m’est plutôt indifférent, mais à cause de tous ces coquelets qui, assistant à ce spectacle, en donnaient un fort mauvais. A mes yeux, ils se comportaient exactement comme ces ‘‘jeunes des banlieues’’ tels qu’on peut les voir à la télévision. Ils étaient probablement en train de parier de l’argent sur celui qui l’emporterait. Sans doute est-ce tout ce qui est leur portée : un jeu de hasard. Deux coqs pareillement armés, ayant des forces équivalentes, combattent. Le hasard tranchera. On est loin de l’art. Rien de tel dans la corrida, où deux inégalités s’équilibrent, si j’ose dire. C’était d’ailleurs aussi le cas dans les combats de gladiateurs, où l’on faisait se battre des hommes différemment armés. Mais j’ai peur qu’une telle comparaison ne serve pas ma cause (je dis « cause » par commodité car personne n’est moins engagé que moi dans les affaires du monde !) et déjà les meilleurs des anciens trouvaient que les jeux du cirque étaient un divertissement pour le vulgaire. J’ai entendu parler d’une race de poulets qu’il faudrait plumer vivants. La douleur ou le stresse rendrait leur chair meilleure. Eh bien je ne trouve pas si choquant qu’on fasse souffrir ces pauvres volatiles si c’est pour faire un bon repas !

Ecrit par : Olivier Bruley | 02/11/2007

Premièrement : le taureau n'est pas une matière aveugle, tres loin de là : il deux yeux parfaitement fonctionnels. Je vais vous surprendre : il a même un névrax, avec son faisceaux spinothalamique vecteur de la douleur, son diencéphale siège des émotions et son cortex de la conscience. Si si. Deuxièmement : quand à la soi-disant "volonté qui lui donne forme", parlons-en : et quelle forme ! un tas de chair ensanglanté et sans vie ! Il est temps de comprendre que la forme que lui avait donné Dieu, ou la Nature comme vous préférez, à savoir un animal noble et robuste, est tout à fait incomparable à celle que l'homme prétend lui insufler en lui retirant justement l'insuflement divin. Mes arguments sont faibles ??? ils se basent pourtant sur l'anantomie la plus concrète et l'expérience la plus scientifique qui soit : les animaux sont DOTES de conscience. Par contre tout ce que je vois face à moi s'apparente plus à une masturbation mentale qu'à une démonstration, qui peine à faire le grand écart pour rejoindre les deux bouts et tenter de paraitre cohérente. Désolé d'être cru mais ce sujet me tient trop à coeur pour être diplomate. Bon sang réveille-toi Olivier.

Ecrit par : david | 02/11/2007

Je voulais te souhaiter un joyeux anniversaire, j'ai eu un petit soucis avec mon ancienne adresse hotmail qui a été piratée. Peux-tu me donner à nouveau ton adresse email ça sera plus facile pour moi pour te donner des nouvelles ! Je t'embrasse.

Ta petite soeur.

Ecrit par : Laura Bruley | 02/11/2007

Comment c'est ton anniversaire Olivier et tu nous fais des cachotteries comme cela ? Mais je vais t'offrir un beau taureau en chocolat que tu vas pouvoir dévorer comme qui de droit ! Tu me laisseras juste la queue et les oreilles n'est-ce pas ?

Ecrit par : iPidiblue happy birthday for Oliver | 02/11/2007

(Il faut dire à sa décharge que David est apprenti vétérinaire. Un peu d'indulgence.)

Ma chère petite Laura, je vais t'écrire très vite, ne t'inquiète pas. Merci pour ton mot.

Oui Pierre, c'est mon anniversaire. Mais vous savez ce que disait de Gaulle, que la vieillesse est un naufrage ! Eh bien c'est un interminable naufrage que ma vie depuis que je n'ai plus vingt ans. J'en suis à devoir faire de l'exercice pour perdre du poids ! Tout est dit. Et don Esteban, mon vieux rafiot à voile et à vapeur, qui voudrait, quand il sera renfloué, nous échouer sur quelque île Fortunée ! Vous voyez un peu ! Moi qui n'en ai plus l'âge, je continue de me laisser porter au hasard, au gré du vent, comme si je n'avais aucun avenir à assurer. Mais ne sont-ce pas les vieillards qui n'ont plus à se soucier du futur ? Rester adolescent toute sa vie, c'est devenir vieux avant l'heure, c'est un naufrage. Aussi n'évoqué-je mon anniversaire qu'avec la plus grande réticence. Il me rappelle trop l'espèce de mort que je me donne quotidiennement. Ce n'est sans doute pas un hasard si je suis né le jour des morts. Je me dis souvent que cette date a comme dévié le cours de ma vie. J'ai l'impression de marcher à côté d'elle, avec les morts. C'est une forme de bonheur.

Ecrit par : Olivier Bruley | 03/11/2007

Bon anniversaire + 4 jours !........

Ecrit par : Guillaume | 06/11/2007

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