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17/10/2007
Mardi 16 octobre 2007
Il m’aurait fallu plusieurs vies, non pas successives, mais simultanées, pour pouvoir tenir tous les rôles qu’on voudrait me voir jouer, sans blesser personne. Mais je n’en ai qu’une, que je ne mène d’ailleurs qu’à moitié, passant la plupart de mon temps à dormir ou rêvasser, et, depuis peu, à me promener. C’est à peine si je me donne le temps de lire : comment donc pourrais-je, dans ces conditions, mener ma vie ! Je me laisse plutôt mener par elle, je veux dire par là que je me laisse tout simplement vivre, que je me contente de respirer, d’être vivant, ni plus, ni moins. Et je ne m’en porte pas plus mal. C’est plutôt mon entourage qui a à souffrir de cette façon de vivre ou de ne pas vivre, selon les points de vue. Don Esteban me disait l’autre jour que mon excès de franchise était une forme de lâcheté. C’est très vrai. En ne dissimulant pas mes pensées même les plus basses, en ne jouant pas le jeu de l’hypocrisie avec les êtres chers, j’abdiquerais toute forme de responsabilité. Déjà, l’émouvante déclaration d’amour d’Anne m’avait inspiré ce contrat que je lui avais soumis aussitôt : elle pouvait m’aimer tant qu’elle voulait, passer tout son temps avec moi, me connaître bibliquement, à condition d’être consciente que je ne serais probablement jamais amoureux d’elle, que je la tromperais souvent avec des garçons et que je risquais même de tomber amoureux d’un autre. En acceptant, elle ne se doutait sans doute pas qu’à chaque fois qu’elle me reprocherait mon peu d’amour, mes quelques tromperies ou ma passion pour Augustin, je lui rappellerais invariablement qu’elle savait à quoi s’en tenir dès le début, qu’elle ne pouvait donc s’en prendre qu’à elle et que, si sa peine était trop grande, elle était toujours libre de me quitter, ce qui finit d’ailleurs par arriver. Ma lâcheté était inflexible ! Elle l’est encore : c’est toujours moi qu’on quitte ; jamais l’inverse. Pourquoi donc le ferais-je, si je suis assuré qu’on finira par le faire ?
02:15 Publié dans 2007, Journal | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Commentaires
A masterpiece in self-analysis !
Ecrit par : MuMM | 17/10/2007
Ah ! Don Juan à rebours ... une nouvelle pièce écrite par le maestro ?
Ecrit par : iPidiblue et l'alphabet brûlé | 18/10/2007
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