« Mercredi 26 septembre 2007 | Page d'accueil | Samedi 6 octobre 2007 »

04/10/2007

Mercredi 3 octobre 2007

            J’avais rendez-vous à trois heures de l’après-midi avec le travailleur social (ou coordonnateur technique comme il est également appelé dans d’autres des documents que j’ai sous les yeux) désigné par le Président du Conseil général des Landes pour agir comme référent de mon parcours d’insertion, laquelle insertion conditionne le versement qui m’est fait de l’allocation du Revenu minimum du même nom ! Je veux dire par là que j’avais rendez-vous avec M. Ambert (et non Lambert, comme j’avais pris sottement l’habitude de l’appeler les rares fois où j’ai parlé de lui dans ce journal), qui ne m’a jamais beaucoup aimé. En ressortant du Centre communal d’action sociale, j’avais l’impression qu’un guet-apens m’avait été tendu. Bien sûr, il ne s’agissait pas d’un véritable guet-apens. Il est d’ailleurs fort probable que rien n’avait été prémédité. Mais je n’avais aucune chance de me tirer heureusement de la mauvaise affaire qui m’était si sournoisement faite. J’étais pourtant venu avec la meilleure volonté du monde, alors même que je me savais attendu par quelqu’un qui ne m’a jamais voulu beaucoup de bien. Il s’agissait de renouveler mon contrat d’insertion, l’ancien étant arrivé à terme. L’entretien m’avait semblé ne pas trop mal commencer, mais Ambert s’est mis à relever systématiquement ce qui lui paraissait être des contradictions dans mes déclarations. Par exemple, comme je lui avais dit ces deux choses (sans grand rapport entre elles) que j’envisageais de m’installer à l’étranger avec un ami, dans un futur plus ou moins proche, et que, par le passé, j’avais réussi à trouver un petit stage dans un boutique de prêt-à-porter grâce à un autre ami, il m’a fait remarquer que ma vie lui semblait tourner uniquement autour de mes familiers (ce qui est d’ailleurs, à mon avis, propre à bien des hommes). Or, le fait que j’aie d’autre part trouvé mon emploi de distributeur de prospectus sans l’intervention d’aucun proche (avais-je bêtement ajouté, pour lui montrer que je n’étais peut-être pas si entièrement dépendant des miens) lui semblait être en totale contradiction avec ce qu’il affectait toujours de croire que je prétendais être ma façon de mener mes affaires, et plus largement, ma pauvre vie. Il y avait là comme un paradoxe, c’est son mot. Comme on voit, il se montrait fort soupçonneux. Je n’ai rien trouvé de mieux à dire que ce qu’il appelait un paradoxe, moi, j’appelais tout bonnement cela une source de revenu ! Ce que disant, je n’ai réussi qu’à me faire passer pour un insolent. Si j’avais évoqué mon intention de m’expatrier bientôt avec un ami, c’est parce qu’Ambert m’avait plusieurs fois demandé quel était mon projet de vie, termes dont j’ai mis longtemps à comprendre le sens. Le projet de vie n’est pas du tout la même chose que le projet professionnel, comme je l’avais d’abord cru. C’est au contraire tout ce qui ne relève pas du travail, mais que le travail permet de réaliser, grâce à l’argent du salaire. (Il m’a semblé que, parfois, projet de vie était synonyme de retraite, parce que j’ai entendu dire à Ambert qu’en n’ayant toujours pas de travail à mon âge, j’avais mon projet de vie qui ne cessait de reculer dans le temps, avec les quarante années de cotisation nécessaires… Je n’ai pu m’empêcher de faire remarquer que j’avais tout de même un travail, même si ce n’était pas à plein temps, parce que je ne distribuais pas de prospectus toutes les semaines pour le seul plaisir de flâner dans les rues de Mont-de-Marsan sous un soleil de plomb ou sous des trombes d’eau, selon les saisons. A quoi Ambert a répondu qu’il avait trop de respect pour le travail pour ne pas me reconnaître que les distributions de prospectus que j’effectuais chaque semaine étaient en effet du travail. Je dois dire que j’aurais mieux aimé lui voir un peu plus de respect pour moi. Car cette peine que je me donne toutes les semaines, qui me nourrit, et qui est bien du travail, selon Ambert, n’est pas, toujours selon lui, un élément sérieux d’insertion ! Pourquoi ? Parce que la distribution de prospectus est sans rapport avec mon projet professionnel, et qu’il n’est apparemment possible de s’insérer dans la société que par la réalisation dudit projet. Le travail alimentaire ne compte pas ! Ainsi, quand je lui ai fait remarquer que j’avais tout récemment postulé à des offres d’emploi émises par Delpeyrat et Maïsadour (entreprises du secteur agro-alimentaire qui recrutent actuellement des travailleurs saisonniers), Ambert n’a pas cru bon de voir dans cela des preuves de ma recherche active d’emploi (car la recherche d’emploi doit être active : c’est pourtant l’évidence !), mais s’est contenté de relever que Delpeyrat et Maïsadour étaient là encore sans rapport avec mon projet professionnel.) Il me fallait donc avoir, en plus de ce projet professionnel, un véritable projet de vie (quelle terrifiante indiscrétion, tout de même !). J’ai répondu, en toute sincérité, que je ne me connaissais aucune passion et que le seul projet que j’avais en ce moment était de m’installer avec un ami à l’étranger et de monter avec lui quelque affaire dans un domaine qui n’était toujours pas défini à l’heure actuelle. Ambert a d’abord compris que je projetais de partir pour de longues vacances à l’étranger. Mais non, ai-je répondu, il s’agirait bien d’aller faire ma vie à l’étranger avec cet ami ! Mais bien sûr, Ambert s’est alors empressé de me montrer qu’il y avait encore une contradiction dans ce que je lui disais. Comment se fait-il que je veuille bien aller refaire ma vie à l’étranger mais que je refuse, en attendant, de rechercher du travail dans toute l’Aquitaine, et même dans toute la France ? Pourquoi ? Parce que je ne veux pas quitter Mont-de-Marsan pour me retrouver seul, voyons ! Mais dans ce cas, c’est donc bien que je suis dépendant de mes amis ! Peut-être, admettons… Mais il se trouve aussi que je suis propriétaire de mon logement, ici, et que le fait de n’avoir pas de loyer à payer m’aide beaucoup. Que n’avais-je pas dit là ! C’est une grande chance pour moi d’être propriétaire de cet appartement (et j’en conviens volontiers) : il me suffirait de le louer. Le loyer que j’en percevrais me permettrait de payer à mon tour un loyer ailleurs en France ! Absolument tout ce que je disais était systématiquement retourné contre moi et je commençais à entrevoir que j’allais remplir le nouveau contrat d’insertion pour rien. Ambert n’allait manifestement pas me défendre devant la commission de validation. A quoi bon jouer plus longtemps cette comédie ? Comment faisais-je donc, m’a encore demandé Ambert, lorsque je n’étais pas bénéficiaire du RMI ? « Eh bien je vivais de ma distribution de prospectus et des cours particuliers que je donne. Et je continuerai à faire ainsi, puisque, à l’évidence, vous n’allez pas plaider en ma faveur devant la commission. – Combien vous rapportent vos distributions et vos cours ? – Cela varie selon les mois : mes distributions rapportent entre deux et trois cents euros ; et mes cours aussi. – Mais alors, vous ne touchez presque rien du RMI ! – Ah mais si, parce que je donne mes cours au noir. » Mon compte était bon. « Donc, vous fraudez, et en plus, vous me le dites… – Oui, je ne suis pas de ceux qui défendent le mieux leur affaire, n’est-ce pas ? – Non, en effet, vous n’êtes pas des plus intelligents (C’est une litote. S’il avait eu des couilles, ou bien le sang un peu plus chaud, il m’aurait dit plus franchement qu’il me prenait pour un con. Mais Ambert est un reptile au sang froid, qui n’a jamais un mot plus haut que l’autre et qui regarde sa proie sans la moindre expression. Tel était son mépris : il me regardait comme il aurait regardé un simple objet. D’ailleurs, maintenant que j’y pense, il ne m’a jamais regardé franchement : il ne m’a pas regardé du tout.). – Il faudra que je réfère de votre travail au noir à la commission. – Mais faites donc. Il n’est peut-être pas nécessaire que je remplisse ce contrat, finalement… Dites-moi, comment dois-je m’y prendre si je ne veux plus toucher le RMI ? – Il vous faut trouver un emploi. (Instant de frayeur où je me suis cru condamné à percevoir le RMI et donc à fréquenter ce monsieur Ambert jusqu’à ce que je trouve un vrai travail !) – Mais non. Je veux dire si, de moi-même, je ne veux plus en bénéficier du tout, même si je n’ai pas trouvé de meilleur emploi ? – Ecrivez une lettre au Président du Conseil général. – Bien. Je crois que c’est ce que je vais faire. Je préfère ne plus toucher cet argent plutôt que d’avoir plus longtemps affaire à des gens tels que vous. – Et nous, nous ne souhaitons pas aider les gens comme vous. » Nous nous sommes salués et je me suis senti plus libre quoique profondément outragé : libre d’une liberté amère et sans la moindre joie. Je me souviens que Mlle (ou Mme ?) Piffre, avec qui j’avais rempli mon précédent contrat d’insertion (Ambert étant alors absent), m’avait assuré qu’elle estimait que je faisais tout ce qu’il y avait à faire pour trouver du travail et pour m’insérer. « Continuez comme ça, avait-elle même dit, et surtout, ne vous découragez pas » ! Preuve, selon moi, que les reproches d’Ambert étaient de pure mauvaise foi. Il ne m’aime pas, voilà tout. C’est la seule explication qui me vienne à l’esprit. La question que je me pose, à présent, c’est si je dois évoquer le comportement d’Ambert dans ma lettre à Emmanuelli, puisque c’est lui le Président du Conseil général. Mais je sais bien qu’on ne fait pas grand cas de ces sortes de lettres et qu’on se fait passer pour un demi fou quand on les écrit. C’est d’ailleurs ce pour quoi me faisait passer Ambert : si ce n’est pour un demi fou, du moins pour un inadapté. Car pendant toute notre conversation, c’était mon inadaptation que j’avais peut-être le plus à l’esprit. Mon inadaptation à son langage, à la position qui était censée être la mienne devant lui. Si j’avais été quelqu’un de plus simple, comme un homme du plus petit peuple ou un étranger ne maîtrisant pas la langue française, je n’aurais probablement pas perçu l’outrage que me faisait Ambert. J’aurais fait profil bas et je serais toujours Rmiste. Ce n’est pas tant de l’argent du RMI que j’avais besoin (qui ne m’était jamais versé qu’après avoir été allégé de la moyenne de mes trois derniers salaires de distributeur de prospectus ; ainsi, j’ai touché 168 EUR le mois dernier) mais de la CMU à laquelle il me donnait droit.

Commentaires

Tu es sûr que tu n'as pas droit à la CMU même sans le RMI ? Il suffit que tu prouves un faible niveau de revenu auprès de ta caisse de sécurité sociale, il me semble ... en attendant sors couvert !

Ecrit par : iPidiblue CMUiste | 04/10/2007

Au fait, Olivier, pourquoi n'as-tu pas dit à ce cher monsieur Ambert que tu étais pédé et que ton projet de vie c'était de te faire enculer - ou le contraire ? Je suis sûr qu'il en serait resté coi.

Ecrit par : iPidiblue plein de répondant | 04/10/2007

C'est un pauvre type, Olivier, et sa seule satisfaction réside dans le minuscule pouvoir que la société lui a donné : mettre des batons dans les roues à ceux que nous devrions aider. J'ai honte pour lui. La prochaine fois que tu le croiseras, tu lui diras que toi tu reçois quelque chose que lui ne recevra jamais : notre admiration à tous. Et cela, aucun RMI de quelle sorte que ce soit ne le lui apportera jamais.

Ecrit par : david | 04/10/2007

Dites-moi donc, cher Pierre, ne seriez-vous pas en train de chercher à savoir, l'air de rien, quelle est la position que j'aime à occuper, quand vient l'heure des choses moins sérieuses ? Eraste ? Eromène ? Les deux ? Ni l'un ni l'autre ?

Ecrit par : Olivier Bruley | 05/10/2007

Oh ! moi les histoires de transfert je ne m'en occupe pas, adresse toi à l'autre Pierre - Cormary alias Montalte - c'est sa spécialité, il peut même te prêter un fouet pour corriger M.Ambert si cela te convient car cela fait partie de sa panoplie !

Ecrit par : iPidiblue allongé sur le divan | 05/10/2007

Tu pourrais m'expliquer ce que tu entends par "un homme du petit peuple" ? L'adjectif "petit" dans l'expression employée me semble ici bien suranné.

Ecrit par : tinou | 05/10/2007

Oh je ne sais pas très bien ce que je veux dire moi-même, chère Tinou. Je lis, dans le Trésor de la langue française, s. v. petit, cette définition de "petit peuple" : "Catégorie sociale qui comprend les gens de conditions les plus modestes." Je crois que c'est à peu près ce que j'entendais par "petit peuple", finalement.

Ecrit par : Olivier Bruley | 07/10/2007

Ecrire un commentaire