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26/09/2007

Mercredi 26 septembre 2007

            « Voulez-vous emporter cette météorite ? », m’a-t-il demandé, avant que je ne reparte pour mon hôtel. Grâce à quoi, en attendant que le tableau (qui doit encore être encadré) soit livré chez moi, c’est un fragment de l’immense nuit marcheschienne que ce feuillet découpe dans le drap blanc où j’écris ces lignes.

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24/09/2007

Dimanche 23 septembre 2007

            C’est finalement mercredi après-midi prochain que j’irai voir Jean-Paul Marcheschi à Paris. Malheureusement, Augustin sera parti en mission, comme il dit si virilement (mais qu’est donc devenu le frêle adolescent perdu de vice qui parlait de soi au féminin et ressemblait à un ange lorsqu’il dormait ?). Quant à Anne, que j’aurais beaucoup aimé revoir, elle est partie vivre à Stockholm ! Bref ! Il devient de plus en plus évident que je devrai dîner seul mercredi soir… A moins que l’un de mes lecteurs parisiens n’ait pitié de moi…

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21/09/2007

Jeudi 20 septembre 2007

            Désespoir est un bien grand mot, désignant un très grand mal, que ne provoquent chez moi que les plus petites choses, les plus viles, les plus basses, en un mot les moins dignes d’inspirer un si grand sentiment, comme, par exemple, le tapage nocturne, ou même le diurne. Je donnerais mon âme, aujourd’hui, pour avoir comme second voisin (au-dessus de ma tête) un autre fou, comme celui dont je parlais l’autre jour, en qui je croyais voir la cause du plus cruel tourment qui pût jamais m’être donné. Que j’étais loin de la vérité ! Le petit jeune homme qui vit à côté de mon fou, un asiatique, comme la demoiselle qui occupait avant lui l’appartement et que je soupçonne d’être sa sœur, ce qui pourrait signifier que le logement appartient à leur famille, à moins que le propriétaire ne soit un Asiatique lui-même, qui ne loue l’endroit qu’à des gens de sa race, ce qui est fort possible, si j’en crois don Esteban, qui me dit souvent, lui qui n’aime rien tant que la grâce des Japonais, que les Chinois ont généralement le plus grand mépris pour tout ce qui n’est pas eux et que si, par goût de l’argent, ils sont toujours prêts à faire du commerce avec le premier venu, il n’aiment vraiment avoir de commerce qu’avec les leurs, en quoi il n’a que partiellement raison, car ma grand-mère, qui était chinoise par son père, n’était tout de même pas raciste au point de ne pas pouvoir s’éprendre de mon grand-père et quitter les siens pour venir s’installer en France avec lui (mais il est vrai que la mère de ma grand-mère était vietnamienne et que, peut-être, la part vietnamienne de sa personne l’emportait sur la chinoise, je ne sais. D’ailleurs j’ai eu bien tort de me perdre dans cette inutile digression, comme si je pensais qu’Asiatiques et Chinois ne forment qu’un seul et même peuple, alors qu’il n’en est évidemment rien, Vietnamiens, Chinois ou Coréens étant aussi divers que Français, Allemands, Italiens ou Espagnols, et qu’il n’est, pour m’en persuader, que de considérer la haine viscérale qu’ont toujours inspiré les Japonais à ma pauvre grand-mère, qui prétendait pouvoir les reconnaître au premier coup d’œil, ce dont je ne suis pas sûr d’être capable moi aussi, même s’il est vrai qu’ils sont aisément reconnaissables à leur manière si particulière de se tenir, comme dit souvent don Esteban, dont les Japonais sont le type que, physiquement et sexuellement, il aime le plus, et dont je suis hélas fort éloigné, pour son plus grand malheur, à moins que ce ne soit pour son bonheur, ni lui ni moi ne le savons vraiment) ; le petit jeune homme qui vit au-dessus de ma tête, disais-je donc, avait organisé chez lui, ce soir, une espèce de fête, à laquelle était invité tout un ramassis de jeunes, comme on les appelle, mâles et femelles, asiatiques et français, tous plus bruyants les uns que les autres. Il n’y a guère que l’odeur qui me fut épargnée, ces jeunes gens n’étant apparemment pas de ceux qui fument tabac ni drogue. Mais le bruit qu’ils faisaient était tel que je pourrais aller jusqu’à dire qu’il m’entrait non seulement par les oreilles, mais aussi par le nez et jusque par les pores de la peau, leurs pas faisant trembler le plafond, les murs, le plancher de mon appartement et ma fragile personne entre eux, tout ébranlée et par ces tremblements et par le désespoir occasionné par eux ! Quel espoir, en effet, me reste-t-il donc vraiment de vivre un jour en paix chez moi ? Je n’en vois qu’un : c’est de louer mon malheur à un autre et d’en tirer tous les mois quelque argent ; ou bien de le revendre et d’acheter ailleurs un malheur un peu plus doux. Mais où que se porte mon regard, ce ne sont qu’humains, et donc voisins en puissance ! J’ai dû aller me plaindre deux fois à la jeunesse malapprise, évidemment en vain : les deux fois, on a fait semblant de comprendre mes doléances, mais sans en tenir aucun compte. Comment auraient-ils d’ailleurs pu me comprendre, eux qui ne parlent probablement pas la même langue que moi, et qui sont manifestement des inférieurs au sens où je l’écrivais vendredi dernier, c’est-à-dire une bande d’idiots parfaitement incultes, indifférents au sort d’autrui, peut-être même inconscients de tout ce qui n’est pas eux ni ne relève de leur intérêt le plus immédiat. Je dis « manifestement inférieurs », parce que l’intelligence et la culture se voient sur le visage et dans la façon de se tenir. D’ailleurs, la meilleure preuve que l’Education nationale n’éduque pas plus qu’elle n’instruit, ce sont les tout nouveaux bacheliers qui la donnent, quand, à l’annonce des résultats tant attendus, ils se mettent à crier et sauter dans tous les sens comme de sales petits singes pas même savants. S’ils ne savent pas se tenir, ce n’est pas seulement parce qu’ils ont été mal éduqués, mais aussi parce qu’ils sont incultes et qu’ils manquent d’intelligence (les deux allant de pair, puisqu’un homme intelligent ressens la nécessité de se cultiver : pour exercer et accroître son intelligence). Moi qui suis porté, par goût, sur le corps des jeunes gens (et qui me considère donc comme un pédéraste, à strictement parler, plutôt que comme un homosexuel, (ce qui d’ailleurs ne m’empêche pas (car je ne suis pas sectaire !) d’envisager de partager ma vie avec don Esteban, mon vieux rafiot à voile et à vapeur, comme je crois qu’il n’aime pas que je l’appelle)), moi qui aime les jeunes corps, je n’aurais pas plus envie de partager ma vie avec l’un de ces tout jeunes gens qu’avec une guenon. S’il a pu m’arriver de prétendre le contraire, ce ne pouvait être que par bravade ou par bêtise. Ou peut-être voulais-je dire que je me sentais capable de vivre avec un garçon qui se tairait non pas parce qu’il n’aurait rien à dire, mais parce qu’il aurait l’intelligence de ne pas le dire. Tel est mon malheur intime : j’aime ce que je n’aime pas.

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15/09/2007

Vendredi 14 septembre 2007

            Impayable don Esteban ! Je ne sais par quel détour de la conversation nous en sommes arrivés à reparler hier de l’habitude (fâcheuse, selon lui) que j’aurais de séparer les hommes entre inférieurs et supérieurs. Qu’y a-t-il donc là de fâcheux ? Je ne prétends pas que tel homme est uniquement, entièrement, définitivement inférieur, ni que tel autre est absolument supérieur. J’entends qu’ils le sont, dans telle ou telle matière, relativement à d’autres hommes, mais aussi relativement à leurs propres personnes, puisqu’on a toujours la liberté de s’élever ou de s’abaisser de soi-même. Ainsi l’on peut être socialement, moralement inférieur, ou bien encore inférieur en culture ou en intelligence, mais très supérieur en beauté, et en être fort satisfait. Il sera toujours temps de se cultiver davantage ou d’apprendre à se taire et écouter, qui est le début de l’intelligence. Le temps se chargera de rabaisser les trop grandes beautés, encore qu’il y ait de très beaux vieillards. Il va de soi que je me considère le plus souvent comme un inférieur, ne serait-ce qu’à cause de mon extrême paresse. S’il peut m’arriver d’avoir le sentiment de ma supériorité, je ne crois pas m’être jamais trouvé quelqu’un de si absolument inférieur que je ne veuille le fréquenter du tout : l’intimité d’une chambre, par exemple, a le pouvoir de rendre égaux les hommes entre eux, même s’il faut pour cela fermer les yeux ou éteindre la lumière ! Mais Esteban continuait d’être comme scandalisé de cette discrimination que je faisais entre inférieurs et supérieurs, peut-être parce qu’il craignait que je ne m’estime le meilleur de nous deux, ce qui est bien loin d’être le cas. Il me semblait pourtant pouvoir lui prouver facilement, par l’exemple, qu’il pensait exactement comme moi. Je n’avais qu’à lui reparler de cet homme, dont je tairai le nom, qui lui inspire un si souverain mépris qu’il ne manque jamais une occasion de l’exprimer, et dans les termes les plus crus. Mais s’il regarde cet homme de si haut, c’est donc bien qu’il s’estime supérieur à lui ! « Que non, m’objecta don Esteban. Ce n’est pas du tout cela. Il ne me paraît pas inférieur, non : mais je le trouve ignoble. » Ignoble ! C’est tout autre chose, en effet !

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13/09/2007

Mercredi 12 septembre 2007

            Il me semble que c’est un thème qu’a traité plusieurs fois Renaud Camus que les hommes d’aujourd’hui n’ont plus de parole. On croyait qu’une bonne amie d’Armando devait se marier à Paris en ce mois de septembre. Un mariage est une chose des plus sérieuses et qui se prépare à l’avance. Armando étant invité à la noce m’avait donc assuré qu’il viendrait lui aussi au cours du même mois dans cette ville. Sûr de mon ami, j’avais quant à moi remis à plus tard un rendez-vous prévu depuis longtemps avec Jean-Paul Marcheschi, ayant résolu de le revoir en même temps que j’irais rejoindre Armando, lequel, pensais-je, pourrait ainsi m’aider à faire mon choix parmi les œuvres du peintre. A présent, on se prend à douter de la réalité même de ce mariage : comment se peut-il que la future mariée, probablement une linotte, comme toutes les femmes, ne soit pas capable de donner la date de sa propre noce, à nécessairement moins de vingt jours de celle-ci, si vraiment elle doit avoir lieu en ce mois de septembre ? Finalement, à cause d’une jeune femme que je ne connais pas, je me suis conduit d’une manière qui n’est pas loin d’être cavalière avec quelqu’un qui s’est montré d’une parfaite gentillesse avec moi, et la prochaine fois que je téléphonerai à Jean-Paul Marcheschi pour convenir d’un nouveau rendez-vous, n’ayant plus à me soucier, faute de la venue d’Armando, que de la date qui lui conviendrait le plus, je ferai ce pénible aveu que le prétexte qui m’avait fait remettre à plus tard le rendez-vous que nous avions d’abord fixé n’avait pas lieu d’être invoqué. Armando, son amie, Marcheschi et moi formons une petite chaîne de quatre maillons qui, paraît-il, pourrait également relier tout individu à une personne célèbre du XXe siècle. Un individu lambda connaîtrait quelqu’un qui connaîtrait quelqu’un qui aurait connu tel grand personnage de l’histoire. Ainsi, entre Adolf Hitler et moi, il y a Kay, le jeune Allemand chez qui je me rendais tous les ans, lorsque j’étais adolescent, et son grand-oncle Otto Remer qui, en un coup de téléphone, avait déjoué le complot du colonel comte von Stauffenberg contre le tyran, qui le remercia en l’élevant au grade de général, si je ne me trompe. Entre Sun Yat-Sen et moi, il n’y aurait, selon les versions, soit que ma grand-mère, qui se serait trouvée, à un âge où elle ne marchait pas encore, dans la même pièce que lui, soit qu’elle et son père, cantonais lui aussi, et qui aurait eu affaire au grand homme (cela dit, il est probable que tout cela ne soit qu’une légende familiale). Marguerite Yourcenar note que « deux douzaines de paires de mains décharnées, quelque vingt-cinq vieillards suffiraient pour établir un contact ininterrompu entre Hadrien et nous ». Le premier de ces vieillards parlait latin. Le vingt-cinquième est italien, français ou espagnol ! On voit mieux ainsi l’extrême fragilité des langues… Je me plais parfois à croire que mon vieux Catulle (Aldus, Venise, 1558) a appartenu à l’un de ces vieillards.

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12/09/2007

Mardi 11 septembre 2007

            Hélas ! J’apprends qu’Armando, dont c’était hier l’anniversaire, pourrait bien ne pas venir à Paris, ce mois de septembre, comme nous l’avions espéré. Pierre Driout dirait sans doute que c’est une occasion de m’introduire qui me passe sous le nez ! D’un autre côté, F***, dont je ne crois pas avoir jamais parlé dans ce journal, m’écrivait l’autre jour qu’il m’avait désiré lors du concert qu’il avait donné à Mont-de-Marsan au début de cette année (ou à la fin de la dernière ?), au cours duquel nous nous étions revus pour la première fois depuis la courte période où nous nous étions connus (bibliquement) à Bordeaux. Il me désirait, et je n’avais rien vu ! Alors que mon appartement était tout près du lieu du concert ! Nous nous reverrons donc peut-être bientôt. Je retrouve dans mes archives que ma fréquentation de F*** remonte au début de l’année 2004, car les premiers petits vers qu’il m’avait inspirés suivent immédiatement ceux écrits après la mort de ma chienne Coccymèle. « J’aimais à caresser / De ton museau la laine, / Et j’aimais t’embrasser / Et sentir ton haleine. // J’aimais te voir laper / De l’eau dans ta gamelle, / Ou t’écouter japper, / Je t’aimais Coccymèle ! // Ne m’aimais-tu donc pas / Pour si tôt disparaître ? / Qu’avait donc le trépas/ Que n’avait pas ton maître ? » « Moderne discobole / Dressé sur ses guiboles, / Il cherchait dans les rangs / De hautes étagères / Des musiques légères / Sur disques transparents. // Une fois décidé / Quel serait le CD / Que nous allions entendre, / Ses petits doigts rosés / Allaient le disposer / Avec des gestes tendres. // Cette cérémonie / (Une étrange manie) / Me causait de l’émoi. / Dans la lente atmosphère, / Je le regardais faire, / Brûlant qu’il vienne à moi. // Puis il venait enfin / (Exhalant un parfum / De douce cigarette / Partout autour de nous) / S’asseoir sur mes genoux / Et me conter fleurette. // Eclairés à la lune, / Nous buvions de la prune, / Mollement enlacés. / Sa bouche parfumée / D’alcool et de fumée, / En venant m’embrasser // Rallumait dans mon âme / Une petite flamme / Qui rendait à mon corps / Sans doute pas la vie, / Mais peut-être l’envie / D’une fois naître encor. »

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07/09/2007

Jeudi 6 septembre 2007

            Un frelon tourmentait ma lecture. Dès qu’un insecte volait aux limites de mon champ de vision, je le prenais d’abord pour lui.

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05/09/2007

Mercredi 5 septembre 2007

            Un homme est venu chez moi, ce matin, pour constater que je ne possédais pas de téléviseur, comme je l’avais indiqué dans ma déclaration de revenus.

 

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03/09/2007

Dimanche 2 septembre 2007

            On ne choisit pas sa famille ni, surtout, les étrangers que le père ou la mère remariés, le frère ou la sœur amoureux y font entrer. Mais j’ai tout de même souri, ce soir, pendant le dîner dominical, quand l’ami de ma sœur a raconté qu’il avait possédé un chien raciste. C’était une espèce de molosse qui grognait spontanément après les Arabes et les Noirs, alors que personne ne lui avait appris à le faire, paraît-il. L’animal s’appelait Dick, ‘‘le Dick’’, comme disait son maître, avec l’accent franc-comtois. La bête avait d’abord reçu le nom de Bitte schön, qui était rapidement devenu Bite. Mais la mère trouvant ce nom de Bite trop grossier, on avait finalement choisi Dick ! Deux civilisations se rencontrent : Le maître d’un Dick entre dans une famille ou l’on donne à ses chiennes (car on n’aime que les femelles) les noms de Coccymèle, Sappho et Pélagie (Ultraviolette Pélagie, pour être précis). Cet après-midi, j’ai vu l’ami de ma sœur à demi nu qui se baignait (je ne parviens pas à retenir son nom, contrairement à celui de son fils, Hugo, que le jeune homme ou Julie ne cessent de rappeler à l’ordre). Plus mince et plus musclé que moi (qui dois absolument perdre du poids), il avait un grand dragon tatoué dans le dos. Parfois, il s’adresse à son fils en l’appelant « soldat », ce que je trouve incroyablement viril et plus encore. J’ai appris que trois hommes étaient particulièrement respectés par la troupe : ce sont le cuisinier (pour des raisons évidentes), le fourrier, qui aurait le pouvoir de donner du mauvais matériel (ou de n’en pas donner du tout) à qui ne lui plaît pas, et le tireur d’élite, qui donne, quant à lui, la bonne ou mauvaise note à l’exercice de tir.

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