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15/09/2007

Vendredi 14 septembre 2007

            Impayable don Esteban ! Je ne sais par quel détour de la conversation nous en sommes arrivés à reparler hier de l’habitude (fâcheuse, selon lui) que j’aurais de séparer les hommes entre inférieurs et supérieurs. Qu’y a-t-il donc là de fâcheux ? Je ne prétends pas que tel homme est uniquement, entièrement, définitivement inférieur, ni que tel autre est absolument supérieur. J’entends qu’ils le sont, dans telle ou telle matière, relativement à d’autres hommes, mais aussi relativement à leurs propres personnes, puisqu’on a toujours la liberté de s’élever ou de s’abaisser de soi-même. Ainsi l’on peut être socialement, moralement inférieur, ou bien encore inférieur en culture ou en intelligence, mais très supérieur en beauté, et en être fort satisfait. Il sera toujours temps de se cultiver davantage ou d’apprendre à se taire et écouter, qui est le début de l’intelligence. Le temps se chargera de rabaisser les trop grandes beautés, encore qu’il y ait de très beaux vieillards. Il va de soi que je me considère le plus souvent comme un inférieur, ne serait-ce qu’à cause de mon extrême paresse. S’il peut m’arriver d’avoir le sentiment de ma supériorité, je ne crois pas m’être jamais trouvé quelqu’un de si absolument inférieur que je ne veuille le fréquenter du tout : l’intimité d’une chambre, par exemple, a le pouvoir de rendre égaux les hommes entre eux, même s’il faut pour cela fermer les yeux ou éteindre la lumière ! Mais Esteban continuait d’être comme scandalisé de cette discrimination que je faisais entre inférieurs et supérieurs, peut-être parce qu’il craignait que je ne m’estime le meilleur de nous deux, ce qui est bien loin d’être le cas. Il me semblait pourtant pouvoir lui prouver facilement, par l’exemple, qu’il pensait exactement comme moi. Je n’avais qu’à lui reparler de cet homme, dont je tairai le nom, qui lui inspire un si souverain mépris qu’il ne manque jamais une occasion de l’exprimer, et dans les termes les plus crus. Mais s’il regarde cet homme de si haut, c’est donc bien qu’il s’estime supérieur à lui ! « Que non, m’objecta don Esteban. Ce n’est pas du tout cela. Il ne me paraît pas inférieur, non : mais je le trouve ignoble. » Ignoble ! C’est tout autre chose, en effet !

Commentaires

Mon cher Olivier,

Je discute avec GC sur l'avenir du Monde littéraire et j'en oublie de m'entremettre dans tes disputes avec Don Esteban. Je propose, lorsque vous serez sur votre île déserte, que vous cassiez les miroirs pour éviter les disputes inutiles, vous vous regarderez dans les yeux l'un de l'autre, cela suffira.

Ecrit par : iPidiblue beauté mon beau souci | 16/09/2007

Toujours les Canaries comme objectif ? Humm...
http://archquo.nouvelobs.com/cgi/articles?ad=europe/20060904.OBS0333.html&host=http://permanent.nouvelobs.com/

Ecrit par : tinou | 16/09/2007

Au rythme où vont les choses (c'est-à-dire au rythme d'Esteban), quand nous débarquerons enfin là-bas à notre tour, il risque fort d'y avoir plus d'Africains que d'Espagnols ! J'ai l'impression que nous n'aurons pas l'occasion de nous regarder dans les yeux avant longtemps...

Ecrit par : Olivier Bruley | 17/09/2007

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