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13/09/2007

Mercredi 12 septembre 2007

            Il me semble que c’est un thème qu’a traité plusieurs fois Renaud Camus que les hommes d’aujourd’hui n’ont plus de parole. On croyait qu’une bonne amie d’Armando devait se marier à Paris en ce mois de septembre. Un mariage est une chose des plus sérieuses et qui se prépare à l’avance. Armando étant invité à la noce m’avait donc assuré qu’il viendrait lui aussi au cours du même mois dans cette ville. Sûr de mon ami, j’avais quant à moi remis à plus tard un rendez-vous prévu depuis longtemps avec Jean-Paul Marcheschi, ayant résolu de le revoir en même temps que j’irais rejoindre Armando, lequel, pensais-je, pourrait ainsi m’aider à faire mon choix parmi les œuvres du peintre. A présent, on se prend à douter de la réalité même de ce mariage : comment se peut-il que la future mariée, probablement une linotte, comme toutes les femmes, ne soit pas capable de donner la date de sa propre noce, à nécessairement moins de vingt jours de celle-ci, si vraiment elle doit avoir lieu en ce mois de septembre ? Finalement, à cause d’une jeune femme que je ne connais pas, je me suis conduit d’une manière qui n’est pas loin d’être cavalière avec quelqu’un qui s’est montré d’une parfaite gentillesse avec moi, et la prochaine fois que je téléphonerai à Jean-Paul Marcheschi pour convenir d’un nouveau rendez-vous, n’ayant plus à me soucier, faute de la venue d’Armando, que de la date qui lui conviendrait le plus, je ferai ce pénible aveu que le prétexte qui m’avait fait remettre à plus tard le rendez-vous que nous avions d’abord fixé n’avait pas lieu d’être invoqué. Armando, son amie, Marcheschi et moi formons une petite chaîne de quatre maillons qui, paraît-il, pourrait également relier tout individu à une personne célèbre du XXe siècle. Un individu lambda connaîtrait quelqu’un qui connaîtrait quelqu’un qui aurait connu tel grand personnage de l’histoire. Ainsi, entre Adolf Hitler et moi, il y a Kay, le jeune Allemand chez qui je me rendais tous les ans, lorsque j’étais adolescent, et son grand-oncle Otto Remer qui, en un coup de téléphone, avait déjoué le complot du colonel comte von Stauffenberg contre le tyran, qui le remercia en l’élevant au grade de général, si je ne me trompe. Entre Sun Yat-Sen et moi, il n’y aurait, selon les versions, soit que ma grand-mère, qui se serait trouvée, à un âge où elle ne marchait pas encore, dans la même pièce que lui, soit qu’elle et son père, cantonais lui aussi, et qui aurait eu affaire au grand homme (cela dit, il est probable que tout cela ne soit qu’une légende familiale). Marguerite Yourcenar note que « deux douzaines de paires de mains décharnées, quelque vingt-cinq vieillards suffiraient pour établir un contact ininterrompu entre Hadrien et nous ». Le premier de ces vieillards parlait latin. Le vingt-cinquième est italien, français ou espagnol ! On voit mieux ainsi l’extrême fragilité des langues… Je me plais parfois à croire que mon vieux Catulle (Aldus, Venise, 1558) a appartenu à l’un de ces vieillards.

Commentaires

Je découvre juste ce blog et m'y plonge avec ravissement!
bonne soirée et bonne continuation! merci!

Ecrit par : lucie | 13/09/2007

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