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28/08/2007
Lundi 27 août 2007
Au blond lecteur, pieds nus, au bord de la rivière.
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25/08/2007
Vendredi 24 août 2007
Trois garçons. Le premier allait à vélo. Sa main guidait une seconde bicyclette à côté de lui. Je l’ai revu quelques minutes plus tard. (Cette fois, une fille l’accompagnait sur le second vélo.) Tout de blanc légèrement vêtu, il me regardait encore. (Ses joues.) Le second ne voulait pas que je voie qu’il cherchait à me regarder (comme je ne voulais pas qu’il vît que j’en faisais autant). Au moment de nous croiser, nous avons relevé les yeux en même temps, pour les baisser aussitôt, sans doute confus de nous trouver le même regard ! Trois secondes plus tard, pour nous voir et nous ignorer une dernière fois, nous avons encore simultanément tourné et aussitôt détourné nos deux têtes : un miroir nous séparait. Le dernier garçon fumait une cigarette à la fenêtre d’un premier étage. La nuit tombait. Cette fois, il était très ostensiblement en train de me regarder marcher dans la rue.
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16/08/2007
Mercredi 15 août 2007
Dure journée pour la chienne Pélagie. Nous étions tranquillement installés au bord de la piscine, elle et moi, en train de profiter du trop rare soleil de cet été, quand est arrivée ma sœur, accompagnée de son nouvel ami et du jeune fils de ce dernier, bruyante petite créature de trois ans et demi, qui passa l’après-midi à courir, sauter dans l’eau ou crier, et, bien sûr, à chercher, entre temps, à jouer de mauvais tours aux chiennes. Pélagie, qui déteste les enfants, qu’elle fuit comme la peste, passait son temps, la queue entre les pattes, à surveiller celui-là, soucieuse qu’elle était de garder ses distances. Pendant ce temps, ma mère, ma sœur et l’ami parlaient de tout et de rien, c’est-à-dire surtout de rien, sans qu’aucun, je le voyais bien, ne surveillât réellement l’enfant, qu’on affectait de croire en sécurité, j’imagine, avec ses espèces de brassards gonflables autour des bras. Réfugié un peu à l’écart, au fond du jardin (non sans m’être d’abord brièvement joint à l’inepte conversation, afin de tenir un court instant mon rang d’animal policé, sociable et parlant), moi aussi, j’affectais de croire l’enfant en sécurité (pour ne pas avoir à garder un œil sur lui, car j’étais justement celui qui se trouvait le plus près du bassin) et bouillais intérieurement de l’inconscience des autres, qui faisaient comme s’ils ne savaient pas que toutes les conditions étaient réunies pour la noyade : des adultes tout près mais regardant ailleurs et un enfant sommairement équipé de flotteurs ! De mon côté, je me trouvais trop conscient de choses que j’estime ne me concerner en rien et tâchais de me rendre indifférent au danger que courait cet enfant qui n’était pas le mien. La tâche était loin d’être aisée, avec tout le bruit qu’il faisait ! D’ailleurs, c’étaient ses silences qui, bien malgré moi, m’effrayaient le plus, car il paraît que les petits noyés meurent sans un bruit. Où se réfugier, si le monde pénètre jusque chez soi ?
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08/08/2007
Mardi 7 août 2007
Si j’écris si peu dans ce journal, c’est parce que je ne sors plus de chez moi (ou plutôt de chez ma mère, où j’ai décidé de rester une semaine de plus). N’ayant pas plus de vie intérieure que d’extérieure, je n’ai rien à dire.
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03/08/2007
Jeudi 2 août 2007
Les fêtes de la Madeleine sont terminées depuis une semaine déjà, mais je suis toujours installé chez ma mère. J’ai d’abord attendu de voir si celle-ci finirait par se rappeler que, ne vivant plus chez elle depuis belle lurette, je n’étais revenu que le temps de ces fêtes, qui rendent chaque année mon appartement et ses environs invivables, à cause des troubles qu’elles occasionnent, mais en vain : c’était comme si ma mère était revenue trois ans en arrière et que je n’étais jamais parti. J’ai déjà dit que la santé mentale de ma mère m’inquiétait beaucoup. Comme je lui faisais finalement remarquer qu’elle semblait ne pas se rendre compte que, lesdites fêtes étant terminées, plus rien ne m’empêchait de rentrer chez moi, elle m’a dit que je pouvais rester plus longtemps, si je le voulais. Je partirai donc demain, ou peut-être dimanche. Je me repose de mes voisins : personne au-dessus de ma tête ! Pendant tout le temps que j’ai passé ici, pas une fois je n’ai joué du piano. J’ai changé. Je ne suis plus le même, définitivement, et quand je repense à tout ce qu’était pour moi le piano, je me dis même que je ne suis plus moi… Un jour, quand nous nous serons installés aux Canaries, Esteban et moi, je n’aurai même plus à me dire que je n’aurai pas joué du piano pendant tellement de temps, parce qu’il n’y aura très probablement pas de piano dans la maison. Bien sûr, il y a déjà longtemps que je considère que je ne joue plus vraiment du piano. Mais entre le moment où l’on s’avoue qu’on ne joue plus vraiment du piano et celui où l’on s’aperçoit qu’on n’en joue vraiment plus du tout, il peut y avoir plusieurs années, plusieurs histoires d’amour, plusieurs morts, un nouveau chien dans sa vie… (Mais je me rends compte que cette espèce de vérité générale que je prétends dire est bien loin d’en être une : quand on a appris le piano, il n’y a aucune raison d’arrêter. C’est parce que je me suis laissé glisser le long de ma plus mauvaise pente, qui est de me laisser mourir, que j’ai arrêté de jouer du piano, avec le temps. Ce n’est pas tant que je suis devenu un autre : c’est tout une part de moi qui a cessé d’être. Et s’il n’y avait que le piano ! Mais j’ai également cessé d’aimer.)
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