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08/07/2007
Samedi 7 juillet 2007
J’ai sans doute trop tardé à raconter mon petit séjour à Toulouse, le week-end dernier. Maintenant, avec le recul, je ne vois plus rien qui mérite vraiment d’être rapporté, si ce n’est ma rencontre avec Dominique Autié, que je préfère taire, je crois bien. Le premier Toulousain à qui nous ayons parlé, Laurent et moi, est un chauffeur de taxi fort antipathique, qui a tout bonnement refusé de nous conduire à notre hôtel, sous prétexte que tout le centre de la ville était embouteillé, à cause des mesures de sécurité que nécessitait la présence du ministre Borloo, venu inaugurer la ligne B du métro. J’ai proposé d’aller déjeuner dans un restaurant des environs de la gare et de tenter notre chance auprès de ces voyous de chauffeurs de taxi un peu plus tard. Le restaurant que nous avons choisi était apparemment très pédérastiquement achalandé, dixit Laurent, qui s’y connaît mieux que moi. J’avais bien remarqué les deux garçons torses nus au bar, qui m’avaient fait choisir l’endroit, mais je les avais crus hétéros. Notre jeune serveur, par contre, malgré tous ses piercings, était un enchantement. C’était un petit pédé tout sourire, ce qui est une rareté, et très prévenant (spécialement avec nous, c’est-à-dire avec moi, ce qui est encore plus agréable). Contrairement à ce que laissait présager l’endroit, un peu défraîchi, comme souvent les restaurants des environs des gares, la nourriture qu’il nous servait était aussi comestible que lui : j’aurais dû venir seul. Du coup, nous avons laissé un pourboire de 20 EUR, ce qui contredit en partie ce que je disais récemment dans ce journal de ma parcimonie (mais il est possible que ces 20 EUR aient été déboursés par Laurent, je ne sais plus ; c’est sûrement le cas, à la réflexion, car je me vois mal laisser un si gros pourboire dans un tel endroit : ce serait trop m’as-tu-vu). Finalement, nous avons décidé de nous rendre à l’hôtel à pied. Dans ma chambre, j’ai allumé la télévision et recherché la chaîne locale, dont les clients habitués du restaurant suivaient les programmes, un peu plus tôt, pour voir ce qui se disait de l’inauguration du métro (il n’était question que de cela). Laurent m’a rejoint et j’ai fait avec lui, sur le lit, mais en gardant un œil sur la télévision, toutes sortes de choses qu’il n’est sans doute pas nécessaire de décrire. A un certain moment, il y eut une série de reportages consacrés aux artistes qui avaient créé chacun une œuvre pour les différentes stations du métro. Quand il a été question de la station ‘‘Carmes’’, le journaliste a dit à peu près (je le cite de mémoire) que Jean-Paul Marcheschi n’avait rien à dire de plus sur son œuvre et qu’il laissait à un ami le soin d’en parler. L’ami n’était autre que Bianco Castafiore, alias Renaud Camus. Son discours consistait en d’onomatopéiques vocalises, un blabla littéral et outré qui, par sa littéralité même, était sans doute infiniment moins verbeux que les discours qu’on imagine habituellement tenus sur l’art contemporain. Nous étions donc en train de forniquer, Laurent et moi, avec, pour fond sonore, un Renaud Camus qui faisait l’imbécile en donnant vie à un bathmologique frère de la Castafiore. Quelle confiance il faut avoir en soi pour risquer à ce point de se ridiculiser ! Nous nous sommes rendus à ladite station ‘‘Carmes’’ vers six heures, pour voir l’œuvre de nos yeux. Quelque chose m’a gêné, que je ne saurais bien expliquer. Bien que l’œuvre ait été spécialement conçue pour lui, le lieu ne convient peut-être pas. Il m’a semblé trop éclairé : la lumière des carreaux blancs (si ce sont des carreaux blancs, un doute me saisit…) empêchait de bien voir la voie lactée. Mais peut-être était-ce fait exprès. Après tout, dans son communiqué de presse, Marcheschi parle bien d’un « canal sombre ». Mais il parle aussi d’une « écriture de lumière ». Or, comment bien voir cette lumière de la voûte, si celle du hall qu’elle recouvre, trop forte et trop blanche, l’absorbe ? Mais il y a plus déroutant. Bien plus qu’un lieu (de passage), le hall de la station, où se trouve l’escalator menant au niveau du quai, est, à mon sens, un non-lieu. Le passant, aspiré par sa destination en est absent. Il n’est le plus souvent qu’un corps en transit, dont l’esprit est ailleurs. Ce sont des fantômes qui montent ou descendent les escalators. Leurs yeux sont ouverts sur un autre monde, dont l’œuvre n’est pas. Non seulement ils ne regardent pas la voie lactée, mais ils ne la voient pas ! Mais il y a ces phrases du Livre du sommeil qui me reviennent à l’esprit : « La peinture nomme à jamais les lieux qui la contiennent. Lorsqu’une ville – un bourg, une maison – garde en son sein un tableau, un chef-d’œuvre, elle se trouve définitivement inscrite dans le temps et son espace en est radicalement transformé. / Par la profondeur unique, mystérieuse, illimitée de l’œuvre, elle accède à la nuit. / Un lieu sans œuvre est un lieu orphelin, insomniaque, un réceptacle vide, en attente, inachevé, frappé d’inexistence. C’est un pays sans nom, sans image. C’est nulle part. » Il faut donc bien que le non-lieu que je disais puisse être nommé, du fait de l’œuvre, c’est-à-dire qu’il soit un lieu ! C’est le paradoxe de l’endroit. Si la station ‘‘Carmes’’ est un lieu de passage, c’est entre ces deux espaces qui devraient s’exclure l’un l’autre : le lieu et le non-lieu. Lieu où l’on est présent à soi et à l’œuvre qu’on regarde quand, par exemple, on est venu dans le but précis de la voir, comme moi. Non-lieu de celui qui n’est qu’en transit, qui n’est pas vraiment là, qui, déjà, est ailleurs en pensée. La station ‘‘Carmes’’ fait se côtoyer vivants et fantômes, ce qui, pour une petite nature comme moi, est une expérience des plus détestables.
04:10 Publié dans 2007, Journal | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Commentaires
Ah! c'est pas moi qu'on viendrait voir à Rueil-Malmaison ! remarque je ne te donne pas tort, même moi si je n'étais pas obligé de me supporter - de temps à autre - je ne ferais pas le voyage bien souvent !
C'est beau une gare la nuit ...
Ecrit par : iPidiblue ou l'amour du non-sens | 09/07/2007
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