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06/07/2007
Jeudi 5 juillet 2007
Dans un commentaire à mon dernier billet, Didier Goux demande, m’offrant ainsi une bonne raison de repousser encore à demain, en lui répondant aujourd’hui, la relation que je devrais faire de mon récent petit séjour à Toulouse, dont il n’y a d’ailleurs pas grand-chose à rapporter, si ce n’est ma rencontre avec Dominique Autié, ce qui n’est évidemment pas rien, comment il se peut que, vivant pauvrement, comme je le prétends, je m’offre un tableau de Marcheschi. Etre pauvre est une chose (certes beaucoup plus enviable que d’être miséreux, et bien des pauvres, à mon avis, devraient s’estimer heureux, mais je m’égare) ; vivre pauvrement en est une autre. Si peut-être il m’est arrivé, dans ce journal, de me prétendre pauvre, comme il est fort possible que j’aie fait, me connaissant, il fallait comprendre que je vivais pauvrement. En réalité, à strictement parler, je ne puis pas être qualifié de pauvre. Par exemple, je suis déjà pleinement propriétaire de mon (modeste, très modeste !) logement, ce qui, à mon âge et à notre époque, n’est pas exactement un signe de pauvreté (ni de richesse, d’ailleurs). Vivre pauvrement, comme je prétends le faire, c’est, dans mon esprit, n’acheter rien de toutes ces choses que la société de consommation, comme on dit et pour parler vite, pousse les hommes à acquérir ; c’est s’efforcer de ne pas avoir de ces désirs de masse qui, du moins sous nos latitudes, font être l’homme chaque jour un peu moins ondoyant et divers. Concrètement, cela revient à n’acheter que des produits de première nécessité, par exemple, et le moins cher possible. En somme, dirait don Esteban, vivre pauvrement, pour moi, c’est me laisser aller à ma pingrerie naturelle, en quoi il n’a qu’à moitié raison, parce que je ne suis avare que de mon argent, jamais du sien ! Comme fait très justement remarquer Pierre Driout dans un autre commentaire au même billet, dépensant peu, j’économise beaucoup (ce qui est du plus petit-bourgeois, d’ailleurs !). Pas assez, néanmoins, pour m’offrir un tableau de Marcheschi. Mais ma sœur ayant eu récemment besoin d’argent pour s’acheter une nouvelle voiture, ma mère, pour ne pas me léser, m’a donné la même somme qu’à elle, somme dont je n’avais pas le moindre besoin et qu’il me fallait bien dépenser d’une manière ou d’une autre (en quoi je m’éloigne sans doute un peu du petit-bourgeois ordinaire, dont le réflexe aurait été, j’imagine, de placer intelligemment cet argent, de le faire travailler, comme disait mon arrière-grand-mère). L’idée du tableau m’est venue assez naturellement, pour l’envie que j’en avais depuis un bon moment déjà. En réalité, les œuvres d’art sont à la portée de bien des bourses. Tous ceux qui, par exemple, achètent une voiture neuve, pourraient aussi bien acheter une voiture d’occasion et consacrer, disons, le tiers de la somme qu’ils auraient mise dans l’achat d’une voiture neuve à celui d’une œuvre d’art (je dis le tiers au hasard, c’est un ordre de grandeur, je ne connais pas le prix des voitures). C’est finalement une question d’art de vivre. Est-il préférable de posséder une voiture neuve, que le temps usera nécessairement ; ou vaut-il mieux acquérir une œuvre dont la vocation est d’être bien au-delà de soi, de son existence : de son seul espace et de sa seule époque ? Les avis sont partagés. On peut aimer conduire sa voiture. Mais on peut préférer être conduit par une œuvre, sa vie durant, et jusqu’aux portes de la mort.
02:15 Publié dans 2007, Journal | Lien permanent | Commentaires (30) | Envoyer cette note
Commentaires
Un message entier pour moi tout seul ? Vous me faites trop d'honneur, très cher ! En réalité, ma question était un peu provocatrice, car j'imaginais bien que vous me feriez une réponse voisine de celle que vous avez effectivement faite, correspondant parfaitement à l'image que l'on se fait de vous, à vous lire.
De plus, j'étais intéressé car, lors de notre dernier passage à Plieux, l'Irremplaçable et moi avions demandé à Renaud Camus quelle était la "cote" (puisqu'il paraît qu'on dit comme ça) de Marcheschi, avec l'intention avouée d'en acquérir un (mais plus petit que ceux qui sont à Plieux !).
Sauf que, nous, au contraire de vous, sommes englués dans les dépenses "de routine", et le Marcheschi a été remis aux calendes normandes ("on va déjà changer les radiateurs, on verra après" : dans ce style-là, voyez...).
Enfin, bon, on finira bien par y arriver. En attendant, je vous envie un peu, et me réjouis pour vous, tout ensemble.
Ecrit par : Didier Goux | 06/07/2007
Je vous trouve bien courageux de prendre la peine, non de cette justification, mais de cette pédagogie ! L'automobile est une ruine, le téléphone portable une autre, les soirées au cinéma et au restaurant une troisième. J'ajoute, en vrac, qu'un flacon de liquide vaisselle me fait un usage CINQ fois plus long si j'interdis à quiconque, ici, de laver le moindre verre (je passe sur les bénéfices écologiques, qui sont ma première motivation dans cette gestion avaricieuse des détergents) ; il en va de même des rouleaux de papier dit sopalin, mais aussi du pain, dont j'ai prévenu (six personnes vivent et travaillent ici dans la journée) que pas une bouchée ne serait jetée avec mon consentement ; j'ai vérifié que tout "stick", applicateur, flacon de matières de synthèse destinées à la salle de bain (shampoings, déodorants, dentifrices) contient entre un cinquième et un tiers (les sticks) de produit destiné à être jeté avec le conditionnement, conçu pour rendre cette "gâche" systématique : j'éventre donc, je dilue les fonds de flacon, je vais chercher le chrême pétrochimique tueur de phéromones au scalpel jusque dans les recoins du réservoir, non sans avoir préalablement désossé le corps du stick au risque de me blesser (c'est ainsi que je sais que la durée de vie du stick est augmentée de dix jours francs).
Je vous laisse faire l'addition.
Voilà ce qui autorise mes achats somptuaires de livres de seconde main, le dimanche matin au marché de Saint-Sernin.
Il ne faut pas hésiter, Olivier, à répondre exhaustivement à de telles questions… j'ai plaisir à compléter ainsi le mode d'emploi demandé par votre interlocuteur. Il sait désormais à quoi s'en tenir.
Nous ne sommes pas des rats radins : ce serait encore accepter l'aune d'un monde que, globalement, en notre for intérieur, nous conspuons. Je crains, en revanche, qu'il soit problématique d'exposer, de façon accessible, qu'un tel mode de vie est le plus dispendieux qui se puisse mener sous les ciels ternes qui nous sont faits.
Ecrit par : Dominique Autié | 06/07/2007
Mon cher Dominique,
Permettez-moi de vous interpeller sur le blog d'Olivier, que ne faites-vous des stages - grassement rémunérés cela va sans dire - pour apprendre à tout un chacun à vivre ainsi sobrement ? La fortune est au bout de vos doigts et de votre diligence si exquise et vous n'en profiteriez pas ? Allons, allons ce n'est pas raisonnable, soyez un coach de l'écologie intelligente et appliquée - désolé pour le franglais - et les voies de l'ISF vous sont ouvertes, enfin tant que celui-ci existe, ou disons du plafond fiscal, ce fameux septième ciel sarkozyste !
Ecrit par : iPidiblue lou ravi d'être pauvre | 06/07/2007
Je précise, cher Olivier, que ma question n'était nullement ironique et relevais d'une simple curiosité, que l'on pourra juger mal placée.
Quant à Dominique Autié, je dois lui dire que je ne demandais aucun mode d'emploi, n'ayant, je le confesse, nulle intention de changer de mode de vie (le mien n'est d'ailleurs pas spécialement gaspilleur). Mais je vous remercie tous les deux, néanmoins, de me l'avoir donné.
Ecrit par : Didier Goux | 06/07/2007
À Didier Goux : quand j'évoquais la difficulté d'une formulation accessible, vous m'en apportez confirmation en évoquant le caractère non gaspilleur de votre mode de vie – laissant ainsi planer l'hypohèse que mon propos pût relever de quelque chasse au gaspi militante. Je n'ai de ressource que d'en appeler à la bathmologie – qui vous est, je crois, discipline familière – pour vous supplier humblement d'envisager qu'il n'y a pas plus prodigue que l'attitude que j'ai si maladroitement décrite plus haut.
Ecrit par : Dominique Autié | 06/07/2007
Mais, non, loin de moi l'idée de vouloir vous ranger dans quelque case que ce soit ! Et certainement pas dans une case "militante"...
Quant à l'attitude que vous décrivez, si elle est dispendieuse, ce me semble devoir être en temps et en énergie.
(Donc, finalement, en effet, vous en arrivez à gaspiller de l'énergie...)
Ecrit par : Didier Goux | 06/07/2007
Et pour les chiottes, vous utilisez les doigts ou vous gaspillez du papier ?
Ecrit par : tinou | 07/07/2007
Oh ! Tinou ! Je ne savais pas que vous pouviez écrire de tels commentaires ! Venant d'une dame, c'est encore plus laid.
Ecrit par : Olivier Bruley | 07/07/2007
On va lui parler de ses tampax mon Olivier !
Ecrit par : iPidiblue trempe ses doigts dans la soupe | 07/07/2007
Je sais Olivier, mais ça a été plus fort que moi devant tant de verbiage. Et puis, si on peut reprocher à mon style le manque de correction, il a le mérite d'être imagé ! A l'avenir, je promets plus de retenue...
Ecrit par : tinou | 07/07/2007
Je ne sais pas comment vous faites tous ,mais moi, je vis comme un moine, ne bois que de l’eau, mange une fois par jour, n’ai pas changé de voiture depuis dix ans, porte les mêmes vêtements (quand j’en porte) depuis vingt ans (de la qualité, ça oui, je ne dis pas le contraire), marche pieds nus, n’ai aucun de ces coûteux équipements producteurs de bruits et d’images, je pratique l’aviron qui ne consomme aucune énergie non renouvelable, fais de la randonnée en montagne, ne vais jamais voir le médecin, voyage depuis quelques temps en classe touriste quand je prends l’avion ( sur un voyage de vingt mille kilomètres, ça en fait des économies), n’utilise pas de déodorant juste du savon de Marseille, ai renoncé au Darjeeling (première cueillette de printemps) pour ne boire que du Lipton en sachet (dernier balayage d’automne), mange à même la casserole ce qui économise de la vaisselle et donc du produit de vaisselle, n’ai pas de téléphone portable, ne paie pas de loyer car je suis propriétaire de ma maison (il n’y a ni taxes foncières ni taxes d’habitation et puisqu’on y est, un léger, très léger impôt sur les revenus non salariaux (1,5%)), à cela je puis ajouter que depuis un an, depuis que des opérations immobilières désastreuses en Patagonie m’ont totalement ruiné, c’est d’un drôle, je vous jure) j’ai trouvé (en cinq minutes) un travail tout à fait intéressant et ridiculement bien payé ce qui m’a évité d’avoir à vendre ma Rolex, dernier résidu d’un passé fastueux, et bien, malgré tout cela, mystérieusement, je dépense toujours plus que je ne gagne.
Pour Tinou : il existe une méthode tout aussi écologique et moins, comment dire, extrême que celle que tu préconises. C’est la méthode japonaise. Par ailleurs, je te signale que j’ai remis, sur mon blogue, quelques posts dont un sur les chats et que tu es priée de venir commenter, même si ce n’est que pour mettre ah, ou, à la rigueur, oh…
Ecrit par : don esteban | 08/07/2007
Et vos voyages de vingt mille kilomètres, ils consomment combien de litres de kérozène ?
Ecrit par : Didier Goux | 08/07/2007
Autrefois, Esteban traversait les océans sur son voilier, mais depuis quelques années, comme on l'aura compris, les temps sont durs, pour lui. il pourrait bien venir à la rame, mais... enfin, vous savez ce que c'est, à partir d'un certain âge, on aime bien avoir son petit confort !
Ecrit par : Olivier Bruley | 08/07/2007
Oui, je sais, mais je participe à un programme d'équipement des maisons en chauffage solaire au Burkina Faso...
Ecrit par : don esteban | 08/07/2007
Ah, bon : comme ça, ça va !
Ecrit par : Didier Goux | 08/07/2007
Et Olivier et moi on pisse au pied des pins des Landes pour lutter contre les incendies ...
Ecrit par : iPidiblue écolo un jour, écolo toujours | 09/07/2007
"Et pour les chiottes, vous utilisez les doigts ou vous gaspillez du papier ?"
Bravo, Tinou !
Ecrit par : Georges | 10/07/2007
Là où Tinou passe, le cuistre trépasse !
Ecrit par : Etienne | 10/07/2007
Dominique Autié, un cuistre ? Et si mes lecteurs (pas tous, évidemment) étaient plutôt des cons ?
Ecrit par : Olivier Bruley | 10/07/2007
Ah oui, je confirme, je suis un con, moi.
Ecrit par : Enzo M | 10/07/2007
Oui, c'est vrai, c'est une hypothèse intéressante. Moi, par exemple, (mais pas tous les mois, hein), je me classerais volontiers dans les "cons comme une bite". Sûrement pas dans les "cons comme la lune", non, ça, ça ne me va pas du tout. Peut-être aussi "con comme du PQ", ou encore "con comme de l'eau qui coule le long d'une jambe épilée", ça oui.
Ecrit par : Georges | 10/07/2007
Olivier, je viens de relire tous les commentaires au message ci-dessus, et il me semble que personne n'a traité votre ami toulousain de cuistre. En admettant même qu'il le soit (ce qui, après tout, est envisageable pour chacun d'entre vous - donc lui), je ne vois pas très bien pourquoi on devrait en induire que vos lecteurs (dont je fais partie...) devraient être des cons : soyez plus clair, moins elliptique...
Il y a peu de temps que j'ai débarqué dans la "blogosphère", peu de temps que je vous connais (vous vous en souvenez, je suppose), et il se trouve que je prends grand plaisir à vous lire - au-delà de ce que vous pouvez penser, sans doute.
Il n'est pas impossible que votre ami Autié ait quelque qualité (je continue à le lire, depuis avant-hier...), et je retournerai chez lui, sans doute plus qu'il ne le pense.
Mais, enfin, quand on me piétine les orteils, j'ai un peu tendance à me secouer et à réagir (entre deux verres...). C'était pour rire : j'assume très bien ce rôle de beauf que votre ami, chasseur de croûtons de pain, m'a assigné...
Ecrit par : Didier Goux | 10/07/2007
Je me rends compte que cette histoire de PQ m'a vilainement détourné de mon but, qui était beaucoup plus noble.
Acheter un Marcheschi, vous y êtes contraints, sans doute, mais par qui, par quoi ? Peut-on savoir ?
Ecrit par : Georges | 10/07/2007
"En admettant même qu'il le soit (ce qui, après tout, est envisageable pour chacun d'entre vous - donc lui)" : Il fallait lire : chacun d'entre Nous, évidemment...
Ecrit par : Didier Goux | 10/07/2007
Cher Didier,
Il me semblait, à moi, que le cours de la discussion était tel que le "cuistre" d'Etienne visait bien Dominique Autié. En parlant à mon tour de "cons", ce qui n'est évidemment pas très agréable à entendre (mais il faut mettre cela sur le compte de ma mauvaise humeur), je voulais dire que, lorsqu'un laconique internaute vient bêtement réduire à un cuistre quelqu'un comme Dominique Autié, ce qui me paraît le plus vraisemblable, c'est que le laconique soit un con, plutôt que l'écrivain, éditeur et blogueur (je ne suis pas sûr qu'il le dirait dans cet ordre) un cuistre : j'estime l'avoir assez lu pour savoir qu'il ne l'est pas. Cela me semble tout aussi absurde qu'à un lecteur de Renaud Camus l'antisémitisme dont on a pu le soupçonner !
Ce n'était pas à vous que je pensais en parlant de cons ! Cela dit, je suis vraiment très triste de vous voir, sur votre propre blogue, poursuivre Autié de sarcasmes qu'il ne mérite pas du tout. Et les commentaires de vos lecteurs (dont certains prétendent ne pas avoir l'intention de le lire sous prétexte qu'il serait un cuistre, alors qu'il suffirait justement qu'ils le lisent, ne serait-ce qu'un peu, pour se rendre compte qu'il ne l'est pas) me laisse penser que je n'avais pas si mal choisi ce terme de cons. Je vous assure que vous n'êtes pas "sur la même longueur d'onde" Dominique Autié et vous. Une certaine lourdeur (qui fait d'ailleurs le charme paradoxal de votre blogue) vous retient sans doute trop sur le plancher des vaches, au ras des paquerettes, pour que vous puissiez bien apercevoir les considérations plus élevées d'Autié. Je ne vois pas d'autre explication !
Ecrit par : Olivier Bruley | 11/07/2007
Je reconnais que j'ai cédé à la facilité (c'est sans doute un effet de ma connerie, vous n'avez pas tort de le noter) en postant mon commentaire laconique. C'était une façon de saluer la réaction de Tinou dont j'avais particulièrement apprécié la réjouissante spontanéité. Il est bien évident que je ne visais pas directement M. Autié que je n'ai pas l'honneur de connaître.
Ecrit par : Etienne | 11/07/2007
N'en parlons plus, dans ce cas.
Ecrit par : Olivier Bruley | 11/07/2007
Olivier, je pense que votre "n'en parlons plus" est en effet la sagesse même. Je voulais juste préciser que mes "commentateurs" sont aussi libres que les vôtres, et que leurs propos n'engqagent qu'eux. Mais vous avez raison : passons donc à autre chose.
Ecrit par : Didier Goux | 11/07/2007
Je vous ai fait une réponse, chez moi, à votre dernier commentaire.
Ecrit par : Didier Goux | 11/07/2007
"Je vous assure que vous n'êtes pas "sur la même longueur d'onde" Dominique Autié et vous. Une certaine lourdeur (qui fait d'ailleurs le charme paradoxal de votre blogue) vous retient sans doute trop sur le plancher des vaches, au ras des paquerettes, pour que vous puissiez bien apercevoir les considérations plus élevées d'Autié. Je ne vois pas d'autre explication !"
C'est vrai que personne ne vise personne quoi on va dire.
Ecrit par : Georges | 11/07/2007
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