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26/06/2007

Lundi 25 juin 2007

            J’en sais un peu plus sur mon nouveau voisin, qui n’est peut-être pas l’ivrogne que je disais d’abord et dont il se peut que j’aie rêvé l’odeur de vinasse, induit en erreur par celle de cigarettes ‘‘Gitanes’’, que j’associe aux ballons de rouge. Hier, en faisant ma distribution de prospectus, rue Saint-Jean d’Août, j’ai été abordé par un de ces fous qui errent parfois en ville, soit qu’ils aient une permission de sortie de leur hôpital psychiatrique, soit qu’ils vivent toute l’année en liberté, dans l’un de ces appartements dits thérapeutiques, comme je crois bien qu’est devenu celui qui se trouve au-dessus du mien. Ce fou, qui était chauve, et dont le visage me semblait familier, voulait que je l’invite à faire une promenade en voiture… Je l’ai envoyé paître, évidemment. Mais cette nuit, qui donc ai-je retrouvé dans le judas de ma porte, où je dois avouer que j’ai souvent l’œil collé, non tant par voyeurisme, que parce que je tente, avec mes pauvres petits moyens, de comprendre le monde et les hommes, c’est-à-dire, pour commencer : comprendre ces espèces d’ombres ou de caricatures humaines qui, dans mon immeuble, gravissent, la nuit, l’escalier menant au palier du dessus ? C’était mon fou, qui montait rendre visite au voisin ! Voilà où j’avais déjà vu le chauve : dans mon judas ! Les fous n’ont pas d’horaires. Ils se font des visites de courtoisie à trois heures du matin. Tout s’explique. Si j’avais surpris mon voisin, il y a quelque temps, en train de faire une grimace à ma porte, en bougeant les lèvres d’une façon très obscène et comme pour dire quelque chose à mon œil invisible, mais sans émettre un seul son, comme au cinéma, c’est parce qu’il est fou. Les fous ont l’instinct des bêtes. Il avait senti que je le regardais, l’animal ! Si je n’avais pas pu, l’autre jour, le retenir, dans le couloir, peu après son installation, pour lui demander de faire moins de bruit, s’il m’avait fui comme un démon, c’est parce qu’il n’est sans doute pas capable de présence ! S’il fait tant de bruit en se déplaçant, c’est parce que son corps lui est étranger : c’est à peine s’il l’habite. Ses visiteurs que je prenais pour des demi clochards, à cause de leur étrange façon de s’accoutrer et de l’invraisemblance de leurs visages, ce sont des fous, eux aussi, que mon voisin reçoit chez lui, comme si c’était la plus normale des choses. C’est la folie de l’esprit et non celle de la rue qui leur a fait ces visages absurdes. Il est de plus en plus évident que je dois quitter cet immeuble tellement mal famé : du bruit et des odeurs, des gouines hommasses, dont une est cancéreuse, la pauvre, en béquille ou fauteuil roulant, selon sa forme, leur chienne complètement hystérique, et maintenant des fous ! Je ne veux pas vivre dans un tel monde. Je trouvais curieux que le propriétaire de l’appartement du dessus, qui avait eu beaucoup à se plaindre du précédent locataire, qui ne payait pas son loyer, l’ait encore loué à quelqu’un à qui l’on ne peut manifestement pas se fier. En réalité, cette crapule n’a rien trouvé de mieux, pour assurer ses arrières, que de louer l’endroit à quelque organisme ou association s’occupant de la réinsertion des demeurés et fous furieux ! Les grandes âmes ne le savent sans doute pas, mais les beaux sentiments en impliquent de laids : parce qu’il faut un lieu à des âmes en peines, les bonnes gens comme moi finissent par nourrir cette mauvaise pensée qu’elles doivent désormais vivre en enfer. Comme dit Montaigne : « Le profit de l’un est dommage de l’aultre » ; et encore : « que chacun se sonde au-dedans, il trouvera que nos souhaits intérieurs pour la plus part naissent et se nourrissent aux despens d’autruy. » (Essais, I, 22)

Commentaires

Il serait vraiment dommage que tu quittes un tel endroit pour te mettre au vert alors que cela te permet d'écrire de si beaux textes ! Ou de testicules, je ne sais plus .. tu vois moi aussi je contrefais très bien le fou, l'homme à la cervelle dérangée.


Dis au fait ça rapporte bien la distribution de prospectus ? Il faut que je paye mes impôts ... ces chiens du fisc ne sont pas capables d'établir un papier à mon nom mais tout à fait à même de me réclamer de l'argent à bon ou mauvais escient.

Ecrit par : iPidiblue littératé | 26/06/2007

Comme les grands esprits se rencontrent ! Figurez-vous que mon prochain texte devrait être proche du testicule, justement, puisque je traiterai d'une partie de mon anatomie, que je vous laisserai découvrir le moment venu !

La distribution de prospectus est très mal payée. Il y a même eu des cas où des distributeurs ont fini par démissionner, parce que leur salaire de misère était à peine supérieur aux frais d'essence. Aussi incroyable que cela puisse paraître, c'est fort possible. Moi-même, au début, j'avais un secteur qui se trouvait à une trentaine de kilomètres de Mont-de-Marsan, sur une superficie assez étendue, et si je ne terminais pas dans la journée ma distribution, et qu'il me fallait donc refaire un trajet le lendemain, presque tout mon salaire disparaissait en essence. En réalité, je ne travaillais alors que pour acquérir le droit, en quelque sorte, d'avoir un meilleur secteur, que j'ai fini par obtenir. Il n'y a guère que dans le tiers monde qu'on trouve plus exploité qu'un distributeur de prospectus ! C'est d'ailleurs un travail ignoble, digne d'un intouchable : particulièrement nocent, bien sûr, et totalement inutile, tout ce qui est distribué partant directement de la boite aux lettres à la poubelle, en général... C'est un travail usant et que je ne fais que parce qu'il me permet de ne pas travailler, paradoxalement : je me contente d'un unique secteur, qui me rapporte juste ce qu'il faut pour me nourrir, ni plus ni moins. Comme je dis souvent, ma distribution est ma séance de sport hebdomadaire. Mais d'autres se tuent à la tâche, tous les jours de la semaine, qu'il pleuve ou qu'il vente, qu'il neige ou que ce soit la canicule. Il faut les voir : ils sont tous laids, hommes et femmes, on croirait des marins que le travail a usés avant l'âge. Je déconseille donc fortement ce métier. Mais pour beaucoup, c'est le dernier recours...

Ecrit par : Olivier Bruley | 26/06/2007

On nous répète, depuis qu'on a eu cette étrange et controversée chance de venir au monde, qu'il n'y a pas de sot métier. C'est entièrement faux : il n'y a pratiquement que cela, au contraire. En ce qui me concerne - et c'est probablement une faiblesse (ou une rouerie) -, j'ai choisi, à tant faire que d'être inutile et stérile, d'avoir un bon salaire.

Pour en faire quoi d'intelligent ? On peut lancer le débat...

Ecrit par : Didier Goux | 26/06/2007

Quoi les marins???????? Qu'est-ce qu'ils ont les marins??????????????

Ecrit par : don esteban | 26/06/2007

Je parle des vrais marins, Esteban, pas des marins d'eau douce !

Moi c'est pour avoir du temps que j'ai choisi ce métier, Didier. Mais pour en faire quoi d'intelligent, je me le demande bien !

Ecrit par : Olivier Bruley | 27/06/2007

HEIN!!!!!!!!!!!!! MARIN D'EAU DOUCE!!!!!!!!! MOI???????????????????
Je te rappelle quand même que j'ai plusieurs transats à mon actif ainsi qu'une transpacifique, le tout sur une bateau d'une douzaine de mètres avec lequel tu ne traverserais sans doute même pas l'estuaire de la Gironde. Et je ne parle pas des dix années que j'ai passées à commander un thonier dans le pacifique sud pendant que tu faisais des pâtés de sable au bord de la mer avec un petit chapeau en caoutchouc sur la tête! Mes navigations sont les seules choses de bien que j'ai faites dans ma vie et dont je tire une légitime fierté! Alors faut pas me chercher avec ça!

Ecrit par : don esteban furax | 27/06/2007

Tiens, revoilà notre marin !
Olivier, que tu es dur avec les autres. Dois-je te rappeler qu'il y a une part de folie en chacun de nous. Chez tes voisins, elle est visible donc à la limite pas dangereuse. Je crains beaucoup plus les gens qui ont une apparence lissée. Il est temps que tu déménages si la vue de la différence t'insupporte à ce point !! Moi, elle a plutôt tendance à me rassurer... Ce doit être dû à la déformation professionnelle. J'ai passé trop de temps avec des gamins que l'on montrait du doigt et que l'on disait " anormaux". J'ai fini par trouver que ce sont les autres qui sont anormaux.

Ecrit par : tinou | 27/06/2007

Tiens ! Il y a de la gîte dans le cockpit ...


Signé le capitaine Haddock

Ecrit par : iPidiblue mille millions de mille sabords ! | 27/06/2007

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