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16/06/2007

Vendredi 15 juin 2007

            Le corps sans vie d’un chaton gisait sur le parking du supermarché. Les voitures ralentissaient en passant devant le petit animal, comme pour lui rendre un dernier hommage. Je me demande si ce n’est pas lui que j’avais entendu, dimanche dernier, lors de ma distribution, qui miaulait de désespoir dans la haie d’une maison située non loin de là. Il n’est pas rare, il est peut-être même assez fréquent que je croise, lors de mes distributions de prospectus, des chats crevés qui semblent dormir, de loin, et qui, lorsque je passe devant eux, me regardent encore, de l’autre monde. Ce sont tous les lieux de ma petite vie qui sont jonchés de cadavres. Les routes où je passe en voiture sont bordées de chats et de chiens éventrés. Depuis les trottoirs que j’emprunte, j’aperçois souvent, sur la chaussée, des oiseaux ou des hérissons séchés, en deux dimensions, si parfaitement plats qu’on croirait des fossiles de goudron. Les oisillons du nid que ma mère a trouvé dans son jardin ont disparu, probablement dévorés par les deux matous de la maison. La chienne Pélagie se régale des escargots ou des mouches qu’elle attrape sur les vitres. Le fond de la piscine est jonché de toute sortes d’insectes noyés. Quand ma mère ne s’est pas réveillée assez tôt pour le sauver de la mort, comme il est arrivé plusieurs fois, c’est un hérisson qu’on retrouve dans le skimmer. Il y a quelques années, le chien des voisins, en tombant dans leur piscine, était mort sous leurs yeux. C’est sans doute le choc thermique qui l’avait tué. Une de mes grandes peurs est que Pélagie tombe à l’eau sans que je m’en aperçoive et qu’elle finisse par se noyer. Une fois dans l’eau, l’instinct pousse la bête à nager vers le bord le plus proche. A cause de la profondeur, elle ne trouve pas d’appui pour bondir hors du bassin. A force de se débattre, elle finirait par se noyer. C’est pourquoi je lui ai appris, l’an dernier, à nager jusqu’aux marches de l’escalier, en quelque endroit de la piscine que je l’immerge. Une fois sur l’escalier, elle ne sait toujours pas sortir seule, à cause du manque d’espace nécessaire à l’élan qu’il lui faudrait prendre pour franchir la dernière marche, trop haute, mais elle a pied et peut donc attendre qu’on vienne la délivrer. J’ai voulu vérifier, il y a quelques jours, que Pélagie avait retenu la leçon de l’année dernière. Non sans l’avoir d’abord longuement douchée, je l’ai donc mise dans l’eau à l’endroit du bassin le plus éloigné des escaliers, et c’est spontanément qu’elle a traversé toute la piscine jusques aux marches. Je me demande si elle aurait la présence d’esprit d’agir pareillement dans une piscine où elle n’aurait encore jamais nagé.

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