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31/05/2007

Jeudi 31 mai 2007

            Avant-hier soir, entre ma voiture et mon appartement, j’ai dû porter deux fois la chienne Pélagie dans mes bras : d’abord pour qu’elle ne se blesse pas avec le verre de deux canettes qui avaient été jetées par terre ; ensuite pour qu’elle ne marche pas dans l’urine dont était inondé l’absurde escalier menant à la porte d’entrée de mon immeuble. Pourquoi donc cette porte ne se trouve-t-elle pas au bas de l’escalier ? Quand je fus enfin chez moi, les Canaries m’étaient devenues vraiment très désirables. Partir, enfin. Et avoir un Esteban sur qui déverser quotidiennement mon ressentiment ! Mais cette phrase de Jean-Paul Marcheschi n’arrête pas de me tourner dans la tête depuis que je l’ai lue dans Le Livre du sommeil : « Il n’est d’île que des morts ». (Et si c’était une citation que faisait Marcheschi, comment savoir, quand on ne sait rien, comme moi ?)

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24/05/2007

Mercredi 23 mai 2007

            Armando, mon petit Italien, a une amie chilienne installée comme lui au Mexique. Elle doit se marier en septembre avec un Français d’origine grecque portant le beau nom d’Hélias. Comme les deux amoureux se sont rencontrés grâce à lui, Armando sera témoin à leur mariage. On ne sait pas encore si la cérémonie aura lieu en Argentine, où vivent les parents de la Chilienne, ou bien à Paris. Mais si c’était à Paris, nous irions sûrement ensemble au mariage, Armando et moi. Et nous pourrions même passer tous les deux plusieurs jours dans cette ville, dans une maison que lui prêterait un autre ami à lui, si j’ai bien compris. Evidemment, il vaudrait mieux que nous ne nous soyons pas déjà installés aux Canaries, Esteban et moi, parce que si, à peine arrivé, je repars aussitôt avec un autre, même pour quelques jours seulement, il pourrait bien le prendre mal, sensible comme il est. Evidemment, il ne dirait rien, il m’encouragerait même sûrement à partir, mais me connaissant : c’est moi qui aurais mauvaise conscience ; ou plutôt, je me sentirais encore un peu plus petit de ne pas en avoir.

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23/05/2007

Hic est locus patriae

            On peut lire depuis peu, sur le blogue de Dominique Autié, un texte de moi, traitant essentiellement de bibliothèques, de fenêtres et de tableaux :

Hic est locus patriæ

 

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Mardi 22 mai 2007

            J’étais (ailleurs dans ce blogue) en train de rédiger un commentaire en réponse à Mme de Véhesse, et puis je me suis rendu compte que ce que je disais, à force de digressions sur Esteban, qui est d’ailleurs sans doute le seul sujet récurrent de ce journal, pouvait bien faire l’objet d’un billet à part entière. VS m’exhortait à dire « baiser avec une jeune fille » plutôt que « baiser une fille », me renvoyant au Journal de Travers, page 514, je cite : « (Ainsi l’imprudent ne peut-il veiller à chacun des arcanes du sens ; et Sarkis, hétéro convaincu, pas du tout antipédé, officiellement (le pauvre, sa vie serait un enfer !), emploie ‘‘baiser’’ au sens de jouer, déjouer, ‘‘avoir’’, ‘‘bien avoir’’, posséder, exploiter, etc. – révélant incidemment au passage l’idée la plus petite-bourgeoise et flicarde des rapports sexuels : tout à fait comme, pour un chauffeur de taxi, enculé demeure l’insulte suprême, ainsi qu’il en allait sans doute à Suburre au milieu des embarras de chars…) » (Ce qui me fait me rappeler que j’ai souvent écrit, dans ce journal, rapportant mes mésaventure suburbaines (ou suburaines, puisque aujourd’hui, Suburre, c’est la banlieue), que je recourais fréquemment à ce terme d’enculé, non certes parce que je trouve honteux qu’on se fasse enculer, mais précisément par que le mot passe pour l’insulte suprême, ce qui est bien commode (quoique dangereux) lorsqu’on veut, avec les moyens qu’on a, blesser un peu la canaille dont on est importuné (de nos jours, on dit les racailles, qu’on ne trouve hélas plus uniquement dans les banlieues depuis longtemps, puisque j’ai toujours la désagréable impression d’en voir partout où je passe !). Généralement, bien sûr, en proférant de tels mots, on ne blesse personne, si ce n’est soi, à moins de prendre aussitôt ses jambes à son cou. D’ailleurs on a tort d’insulter qui que ce soit, même la canaille, mais ce n’est pas mon sujet, auquel je reviens donc.) Si Mme de Véhesse m’invitait à préférer (l’expression) « baiser avec une jeune fille », c’était parce que j’avais écrit, dans mon billet du 28 avril dernier, que, me rendant un samedi matin, pour une raison qui n’a pas d’importance, dans l’entrepôt où je vais chercher, le vendredi après-midi, les prospectus que je dois distribuer la semaine suivante, j’avais trouvé le chef (l’usage étant, parmi les distributeurs de prospectus, de l’appeler ainsi) qui « venait manifestement de baiser une jeune fille qui n’était pas loin d’être jolie ». Bien sûr, VS a raison, c’était bien avec elle que tout cela s’était fait ! Mais ce que je n’avais pas dit, dans ma relation lapidaire du 28, c’est que je n’avais pu m’empêcher de trouver quelque chose d’infiniment petit à l’amour qu’éprouvait sans doute sincèrement cette pauvre fille pour son ‘‘chef’’ qui, non moins petit qu’elle, prétendait, pendant la nuit, l’honorer au fin fond de l’entrepôt sur lequel il règne le jour. Aussi, l’emploi de ‘‘baiser’’ dans son acception la plus petite-bourgeoise n’était-il pas si déplacé que cela, même si, en m’exprimant ainsi, c’était ma propre vision petite-bourgeoise des choses que je révélais… Mais petit-bourgeois, je suis très conscient de l’être bel et bien : chaque jour passé auprès d’Esteban (qui vit fort heureusement aux antipodes, ce qui me permet de ne le voir que fort peu dans l’année, grâce à quoi je n’ai pas trop à souffrir de ma douloureuse prise de conscience), chaque jour passé près de lui, disais-je, me fait me sentir un peu plus petit(-bourgeois), alors même qu’il a fait le choix de vivre de la façon la plus naturelle (au mauvais sens du terme) et relâchée qui se puisse concevoir, c’est-à-dire comme un sauvage, sur son voilier, d’abord, et maintenant sur une île des Marquises ! Eh bien, malgré le fait qu’il vive depuis vingt ans à moitié nu au milieu de brutes épaisses telles qu’on en trouve en Polynésie (très épaisses, donc), il lui reste ce je-ne-sais-quoi d’incroyablement policé dans sa façon de parler ou de se tenir, même quand il parle ou se tient mal. (Je profite de ce qu’Esteban, qui se trouve en ce moment sur une autre île de son archipel, ne puisse pas me lire jusqu’à la fin de la semaine pour en parler en bien). Renaud Camus évoque parfois des mots ou expressions qui sont ‘‘restés célèbres’’ dans sa famille, qui se les répétait souvent, d’années en années, comme le ‘‘je suis nourri’’ de je ne sais plus quel visiteur arrivé chez lui, lorsqu’il était enfant, pendant un repas que cet hôte imprévu n’avait pas souhaité partager, pour s’être déjà sustenté. Esteban m’a rapporté que son père avait une expression qui augmente beaucoup le prestige à mes yeux de cet homme que je n’ai jamais connu. Lorsque ce digne père noble (grand bourgeois, en l’occurrence), jugeait qu’une action, une parole, une manière d’être ou de faire étaient indignes ou mauvaises, il prononçait généralement ces mots définitifs : « ce n’est pas de bonne bourgeoisie ». J’ai beau chercher, je ne trouve rien chez Esteban qui pourrait, moralement, du moins, appeler ce jugement sans appel. S’il m’arrive de lui dire que ce qu’il fait n’est pas de bonne bourgeoisie, comme c’est par exemple le cas lorsqu’il répand la moitié de son repas sur ses lunettes, qui pendent ridiculement à son cou, ce n’est évidemment que pour plaisanter, même si un tel spectacle me désole vraiment. Quant à lui, il n’a rien à dire : il lui suffit d’être, pour que je sente qu’il n’y a rien chez moi qui soit de bonne bourgeoisie. Et nous nous entendons très bien, malgré nos différences. Mais cette bonne entente est uniquement de son fait. Moi, je suis beaucoup trop de mon temps, je veux dire : incapable de faire preuve comme lui de l’abnégation qu’il faut pour me supporter, disons, une heure, lorsque je me sens en terrain conquis.

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16/05/2007

Mardi 15 mai 2007

            J’ai souri à un garçon qui me désirait sous ses beaux cheveux bouclés.

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14/05/2007

Dimanche 13 mai 2007

            Armando, qui envisagerait d’apprendre le portugais et de s’installer quelque temps au Brésil, me demandait l’autre jour pourquoi j’avais l’air si heureux sur une photo que je lui ai envoyée (où l’on me voit entièrement vêtu, cela va de soi, mais don Esteban, qui a l’esprit très mal tourné, appréciera sûrement cette précision). Pourquoi donc suis-je heureux ? Sans doute uniquement parce que je ne suis pas malheureux. Peut-être également parce que, pour une fois, je me suis trouvé une (bonne ?) raison de ne plus m’occuper du tout de mon avenir en le remettant entièrement entre les deux mains gauches d’Esteban, qui ne semble d’ailleurs pas encore l’avoir très bien saisi… Je suis heureux par indifférence ; et par inconscience.

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10/05/2007

Jeudi 10 mai 2007

            Parlons musique(tte (?)). J’étais en train de traînasser sur le site de pédés habituel quand, de liens en liens, j’ai fini par arriver sur une page où il était question d’un certain Sufjan Stevens, chanteur qui est peut-être déjà très connu (surtout des homos, puisqu’il est beau comme un hétéro), mais pas de moi, du moins pas jusqu’à tout récemment. C’est le genre d’artiste, comme on dit, qui sait tout faire, chanter au piano, à la guitare, au banjo, et même à la campagne (ce Widows in paradise est ma chanson préférée, pour l’instant, dont j’aime tout : le chapeau, le t-shirt et les baskets, preuve qu’il en faut peu pour me satisfaire). Sufjan Stevens a manifestement le sens du costume et, bien sûr, de la musique, comme le prouve, par exemple, le début de la coda, si l’on peut dire ainsi, de cette chanson, qui me semble très inattendu et dont les voix sont d’une grâce quasi divine. Hélas, l’enregistrement s’arrête brutalement, alors que l’orchestre semblait reparti pour jouer encore un bon petit moment. Mais j’adore, absolument, comme Il n’aime pas qu’on dise. (Je fais attention à ne pas prononcer Son nom, pour ne pas me retrouver sur le site de Ses lecteurs en train de parler de choses aussi futiles : car il existe des sortes de robots chargés de relever dans tout Internet, apparemment, chaque occurrence dudit nom, afin qu’un lien hypertextuel renvoie à l’article où il se trouve… C’est ainsi que don Esteban a eu l’un de ses billets ‘‘lié’’ sur le site en question, parce qu’il rapportait, le goujat, en Le nommant, ce que je lui avais dit dans une conversation des plus privées, c’est-à-dire qu’il était sans doute passé à côté de quelques belles occasions de s’adonner à la luxure, dans les années soixante-dix, puisque, dans le même temps, le Maître était en train d’accrocher à son tableau de chasse quelque chose comme 3000 trophées. Seulement, depuis, je ne suis plus du tout sûr de ce nombre, je ne sais plus seulement s’il est de cet ordre de grandeur, ni ne me rappelle où j’aurais bien pu le lire. Une confusion aurait d’ailleurs très bien pu se faire dans mon esprit avec les 2999 verges de Jean-Paul Marcheschi, qui furent portées à 11000 par la suite. Bref ! Avec mon inconséquence, je pourrais passer pour une espèce d’obsédé sexuel (celui qui ne retient d’une œuvre que le nombre d’amants de l’auteur (et d’ailleurs, s’agit-il du nombre d’amants ou  de celui des relations sexuelles ? Ce n’est pas exactement la même chose…), mais aussi pour un calomniateur, le nombre que j’ai avancé, je veux dire l’ordre de grandeur, pouvant très bien être complètement faux.)

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05/05/2007

Samedi 5 mai 2007

            Le pire est toujours devant nous. Je regrette déjà l’heureux temps où mon jeune voisin pissait depuis ses fenêtres sur les vitres de ma véranda. Il y a deux jours que s’est installé dans l’appartement que mon petit pisseur occupait un vieil ivrogne à barbe et bonnet rouge, qui fait, en se déplaçant, autant de bruit qu’un troupeau d’éléphants à lui tout seul. Rien que cette nuit, les allées et venues entre son domicile et la rue de ce demi clochard, qui a probablement trouvé au-dessus de ma tête son premier toit depuis longtemps, ont dû me réveiller cinq ou six fois, car à son passage dans le couloir et l’escalier, au moindre de ses pas chez lui, c’est tout mon appartement qui tremble ! J’ai noté dans mon agenda qu’à une heure et demie du matin, mon poivrot rentrait de sa beuverie, pour repartir à deux heures moins vingt ; il était de retour à trois heures moins vingt-cinq et repartait à quatre, pour rentrer finalement à six heures et quart ; en faisant à chaque fois un bruit terrible. J’ai bien tenté de lui demander, cet après-midi, comme il repartait, d’amortir un peu ses pas, mais il n’a pas seulement daigné m’écouter parler. C’est à peine s’il s’est arrêté, laissant derrière lui une atroce odeur de vinasse et de tabac. Je n’ai pas trop insisté, on ne sait jamais, avec ces gens-là : le bruit et l’odeur peuvent vite devenir le bruit et la fureur ! J’ai l’intention de revendre cet appartement et d’en acheter un nouveau, au dernier étage d’un immeuble où les murs seront un peu plus épais que du papier à cigarettes. Mais j’attends de m’être installé aux Canaries, avec Esteban, mon sauveur, pour ne pas avoir à passer chez ma mère le temps qu’il y aura entre la vente de cet appartement et l’achat du nouveau. Seulement, je ne suis plus sûr d’avoir la force d’attendre jusque là. Si je ne peux plus dormir mes dix à douze heures par nuit, je vais me chiffonner, m’aigrir et me faner : à son retour, Esteban ne trouvera que les piquants habituels, sans le rose qui les couronnait, si bien qu’à la fin, il pourrait bien ne plus vouloir de moi. C’est dans ces moments-là qu’on voudrait être un chien : Pélagie dort toujours autant, elle, qu’il y ait du bruit ou non.

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03/05/2007

Mercredi 2 mai 2007

            Ce soir, je dînais chez ma mère, pour pouvoir regarder ensuite à la télévision le débat qu’il y avait entre le coq et l’autruche, les deux candidats à l’élection présidentielle. Il m’a semblé que l’esbroufe en remontrait à la baudruche. Je n’en reviens toujours pas qu’une femme aussi creuse, à la sincérité si mécanique, à de si fausses colères, ait su parvenir si loin dans la campagne. Cette femme, d’habitude si dénervée, semblait, par instants, se transformer en un véritable automate hystérique ! Je ne savais plus si je souffrais d’entendre sa voix de morte vive, ou si c’était de la compassion que j’avais pour elle, pour la souffrance que c’est apparemment d’être elle, c’est-à-dire de n’être pas. Devant une telle inanité, la vulgarité faite homme donnait aisément l’illusion d’être quelqu’un : le premier venu passerait pour un grand homme, même le plus petit, à côté d’elle. Faute de mieux, espérons donc que le peuple de France, comme il fut encore nommé, durant cette campagne, saura choisir, au lieu de la poule ayant des dents (et quel sourire !), ce méchant petit poulet aux hormones qui, au moins, daigne se prendre pour un coq. Basiléia, comme l’appelle un mien ami, n’est au fond, si j’ose ce dernier horrible jeu de mots, que le bacille du coq : l’essoufflement d’une France phtisique et crachant le sang. Car c’est bien de souffle, d’air, d’âme que manque la Royal, qui ne prononce pas un mot avec naturel, à qui la musicalité de notre langue semble parfaitement étrangère et dont pas une phrase n’est ni ne semble française.

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